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L’Inde met en échec l’ultralibéralisme à l’OMC

La nouvelle méthode : Narendra Modi -1-

Témoignages.re / 21 octobre 2014

Depuis sa prise de fonction en mai, le Premier ministre indien, Narendra Modi, est le sujet de toutes les attentions. Depuis sa nomination, il parvient à imposer ses exigences et à s’allier ses voisins asiatiques.

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Narendra Modi (au centre de la photo).

Lors de sa victoire, l’un des dirigeants du Bharatiya Janata Party (BJP, parti nationaliste) avait déclaré depuis le siège du parti à New Delhi : « c’est le début du changement, la révolution d’un peuple et le début d’une nouvelle ère ».

Servir les intérêts de son pays

En juillet 2014, à l’occasion de la Conférence ministérielle de Bali, Narendra Modi a torpillé la conclusion d’un Accord de facilitation des échanges (TFA) destiné à réduire les barrières douanières. Ce dernier a exigé des progrès plus rapides concernant l’exemption de ses réserves alimentaires et de possibles sanctions de la part de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En effet pour l’OMC, la constitution de réserves alimentaires subventionnées pour les pauvres est considérée comme une infraction en vertu de leurs règlements.
Narendra Modi marque sa différence et surtout sa volonté de ne pas être victime du système économique et politique mondial. Face à ce refus, les critiques venant des Américains se sont faites acerbes. Pour le secrétaire d’Etat, John Kerry, « le refus de signer l’accord de facilitation du commerce envoie un signal troublant et nuit à l’image même que le Premier ministre Modi tente de donner de l’Inde ».

De son côté, le Premier ministre indien a rencontré quelque mois plus tard, le président américain, Barack Obama, à qui il a assuré qu’un accord serait “bientôt” trouvé afin de sortir de cette impasse. Toutefois, Narendra Modi a affirmé que « l’Inde soutient la facilitation des échanges. Cependant, j’entends également que nous soyons capables de trouver une solution qui prenne en compte nos inquiétudes en matière de sécurité alimentaire ».

Ainsi le Premier ministre impose au monde ses priorités et sa volonté de défendre les intérêts de son peuple au détriment des logiques commerciales internationales. Cette position ferme se fera de nouveau sentir lors du 6ème sommet des BRICS (Afrique du Sud, Brésil, Chine, Inde et Russie) au Brésil, où il a privilégié ses relations avec les pays de l’Asie du Sud-Est et marqué ses distances avec l’allié américain.

Revoir la politique extérieure

Le sommet des BRICS est le premier pour le Premier ministre indien Narendra Modi, mais aussi l’occasion pour lui de rompre avec la politique de ses prédécesseurs, surtout dans le domaine de la politique étrangère. Raison pour laquelle, il avait invité à sa cérémonie d’investiture à New Delhi, le 26 mai dernier, les chefs d’Etat et de gouvernements de la sous-région de l’Asie du Sud.
Les huit pays membres de l’Association sud-asiatique (SAARC) + Pakistan, ont participé à la cérémonie, qui a été saluée par les observateurs comme un « coup de maître ».

Narendra Modi est parvenu à s’affirmer comme le nouveau leader régional, reprenant même le dialogue avec son frère ennemi pakistanais. Au cours du sommet des émergents, il conforte la volonté politique traditionnelle de l’Inde d’un monde multipolaire.

Le Premier ministre indien a exhorté ses partenaires, lors de son allocution devant les dirigeants des pays émergents, à parler d’une « voix unie et claire pour un monde pacifique, stable et équilibré ». Au cours de ce sommet, les BRICS ont créé un fonds de réserve commun et d’une banque de développement, basée à Shanghaï et dirigée par un Indien.

Le but est de trouver une alternative au FMI et à la Banque Mondiale. Raison pour laquelle, la banque de développement sera dotée d’un capital de départ de 50 milliards de dollars qui serait par la suite porté à 100 milliards de dollars pour financer des projets d’infrastructure. De son côté, le fonds disposera d’une réserve de 100 milliards de dollars, et il pourrait être mobilisé pour aider les pays en difficulté.

Le moment était donc venu pour les grands émergents, qui représentent à eux cinq 40 % de la population de la planète et un cinquième du PIB mondial, d’unir leur puissance nouvelle.

(à suivre)


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