Monde

L’investissement dans la jeunesse est la clé du développement durable

À trois ans de l’échéance 2015 des Objectifs du Millénaire pour le Développement

Témoignages.re / 30 mai 2013

Un rapport d’évaluation des progrès accomplis par l’Afrique dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement vient d’être publié. Ce document estime que dans la période de croissance démographique que connaît l’Afrique, l’énergie doit se concentrer sur la valorisation de la jeunesse. Confrontée aussi à la même hausse rapide de sa population, La Réunion est très en retard sur ce point, car plus de la moitié des jeunes sont au chômage. C’est pourquoi il est nécessaire de débattre d’un autre modèle de société pour que les jeunes puissent avoir la place qu’ils méritent.

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Voici les Objectifs du Millénaire pour le Développement, et leur stade d’avancement en Afrique.

À l’approche de 2015, l’année butoir pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), désormais distante de moins de trois ans, les praticiens du développement, et notamment les institutions des Nations unies (ONU), ont engagé des consultations pour définir les contours d’un agenda de développement au-delà de 2015.

Le rapport "Évaluation des progrès accomplis en Afrique dans la réalisation des Objectifs du Millénaire" est une synthèse de ces consultations. Il avance que les taux élevés de croissance démographique en Afrique exercent des pressions grandissantes sur la fourniture de services publics vitaux, entravant les avancées potentielles. « L’Afrique doit inverser cette dynamique, afin d’exploiter le “dividende démographique” susceptible de donner un nouvel élan à la croissance, de propulser l’innovation et d’offrir au continent un net avantage concurrentiel » , écrivent les auteurs du rapport, « pour ce faire, il incombe aux pays africains d’investir dans ce qu’ils ont de plus précieux, à savoir leurs ressources humaines, et tout particulièrement leur population croissante de jeunes, afin de faire en sorte que ces derniers deviennent des citoyens productifs, innovants et engagés, qui pourront contribuer à l’accélération des avancées en direction des OMD et à la réalisation du développement humain durable » .

Les avancées de l’Afrique dans la réalisation des OMD s’accélèrent. Le continent continue de progresser régulièrement vers la plupart des objectifs fixés. Et bien qu’il n’atteindra probablement pas toutes les cibles d’ici 2015, le rythme des progrès enregistrés au titre de différents indicateurs (taux de scolarisation dans les écoles primaires, parité entre filles et garçons dans l’enseignement primaire, proportion de sièges parlementaires occupés par des femmes, prévalence du VIH/Sida et pourcentage des femmes salariées dans le secteur non agricole) est en hausse. De fait, dans certains cas, l’Afrique a dépassé des régions comme l’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine et les Caraïbes ou l’Asie de l’Ouest. « Cette évolution est remarquable et mérite d’être saluée, mais le continent devrait résister aux velléités d’autosatisfaction et se garder de faire preuve de complaisance à cet égard », indique les auteurs du document.

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Sauf dans 4 pays, dont Madagascar, la très grande pauvreté a diminué dans les pays de notre région.

Le rapport souligne que «  l’agenda post-2015 doit être transformateur, inclusif et durable, fondé sur les principes d’égalité et consolidé par l’engagement de fourniture de services sociaux de qualité », concluent l’Union africaine, la Banque africaine de développement, la Commission économique pour l’Afrique et le Programme des Nations unies pour le développement.

Voici le point sur le stade d’avancement de ces Objectifs (voir encadrés) .

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Pour espérer atteindre les Objectifs du Développement fixés par les Nations unies et signés par la France, il est nécessaire de faire respecter le droit des jeunes à un travail. C’est loin d’être le cas à La Réunion.
« La pauvreté ne baisse que lentement »

Le taux de pauvreté et le nombre absolu des pauvres en Afrique ont diminué entre 1990 et 2008. Hors Afrique du Nord, le taux de pauvreté en Afrique est tombé de 56,5 pour cent à 47,5 pour cent, à la faveur de la croissance économique de la décennie écoulée et de la diminution de la proportion des travailleurs vivant en dessous du seuil de pauvreté (1,25 dollar USD par jour). Toutefois, les emplois décents sont rares en Afrique et la plupart des opportunités de travail se trouvent dans le secteur informel, qui se caractérise généralement par de maigres salaires, une faible productivité et de piètres conditions de travail. L’emploi vulnérable représente 70 pour cent des augmentations d’emploi, et les femmes y sont largement surreprésentées.
« La hausse des prix des denrées alimentaires contrarie les efforts visant à réduire la malnutrition »

La proportion des enfants de moins de 5 ans qui sont insuffisamment nourris en Afrique (hors Afrique du Nord) n’a reculé que marginalement entre 1990 et 2009, malgré la réduction du taux de la pauvreté intervenue durant cette période. Cette baisse modérée est notamment imputable à l’escalade continue des prix des denrées alimentaires, qui a inévitablement entraîné des conséquences négatives, surtout au niveau des budgets alloués aux produits alimentaires des groupes à faible revenu, touchant principalement les filles et les populations rurales.
« Déployer davantage d’efforts pour empêcher d’abandonner l’école »

Le nombre d’écoliers a augmenté dans l’enseignement primaire, mais il faut déployer davantage d’efforts pour les empêcher d’abandonner l’école. Le taux net de scolarisation primaire dans la plupart des pays africains a enregistré une augmentation remarquable, dépassant 90 pour cent dans bon nombre d’entre eux. Cependant, les taux d’achèvement n’ont guère progressé et stagnent à 33 pour cent dans certains pays. Comme on pouvait le prévoir, les taux d’abandon scolaire sont plus élevés chez les filles que chez les garçons. L’absentéisme des enseignants, l’âge tardif de l’entrée des enfants dans le cycle de l’enseignement primaire, le mauvais état de santé et de nutrition des écoliers, les contraintes financières, la distance pour gagner l’école et la détérioration des infrastructures scolaires comptent parmi les facteurs responsables de la dégradation de la qualité de l’enseignement et la diminution des taux d’achèvement.
« La parité des genres et l’autonomisation des femmes : un verre à moitié plein »

Les pays africains ont nettement progressé dans la promotion de la parité des genres au sein de l’enseignement primaire, mais pas suffisamment au niveau de l’enseignement secondaire et tertiaire où les filles n’ont pas encore la possibilité de développer pleinement leurs capacités intellectuelles. Bien que la parité entre les genres soit observée au niveau des emplois rémunérés non agricoles dans le secteur des services (où les femmes sont plus nombreuses que les hommes), c’est l’inverse qui est constaté dans les emplois industriels mieux rémunérés, qui présentent des disparités importantes entre les hommes et les femmes, d’autant que les salaires varient selon les secteurs, les compétences et les occupations. Sur le plan politique, l’Afrique doit dépasser le simple stade d’encourager la participation des femmes au Parlement en leur offrant l’opportunité de contribuer plus activement au débat sur le développement et ses résultats.
« Les indicateurs de santé sont à la traîne »

Les performances relatives aux indicateurs de santé, en particulier les taux de mortalité infantile, maternelle et celle des enfants de moins de 5 ans sont en progression, mais pas à un rythme qui permettrait d’atteindre les objectifs fixés. En revanche, la couverture d’immunisation contre la rougeole s’est étendue rapidement et il ne reste plus que deux pays où celle-ci est inférieure à 50 pour cent.
« L’accès aux contraceptifs a réduit le taux de mortalité maternelle »

Les avancées sur ce plan proviennent en grande partie d’une diminution de la fécondité à la faveur d’un accès accru aux contraceptifs. Pourtant, près d’une Africaine sur quatre souhaitant espacer ou différer son prochain accouchement n’accède pas comme elle le souhaiterait à des contraceptifs, n’a pas la faculté de les utiliser, ou ne reçoit pas le type de contraceptif dont elle a besoin.
« Des coupes budgétaires menacent les progrès sur le front du VIH/Sida »

Il semble que l’Afrique ait commencé à gagner sa bataille contre le VIH/Sida. Ceci est confirmé par une baisse de la prévalence (notamment parmi les femmes), une chute nette du taux d’incidence régional, c’est-à-dire du nombre de nouvelles infections à l’échelon de la région, ainsi qu’une réduction du nombre de décès liés au Sida et une baisse de la transmission mère-enfant du VIH/Sida. Les changements de comportement et l’accès accru aux thérapies antirétrovirales (TAR) ont permis d’inverser l’évolution du VIH/Sida en Afrique. Maintenir l’accès aux thérapies antirétrovirales (TAR) pourrait toutefois causer des problèmes pour les pays les plus touchés par cette maladie en raison de l’incertitude des financements futurs de la lutte contre le VIH/Sida. En effet, l’annulation annoncée du onzième cycle de financement du Fonds mondial pour lutter contre le VIH/Sida, le paludisme et la tuberculose (le Fonds mondial) pourrait amener d’autres fonds de financement vertical à réduire leurs contributions, ce qui risque de réduire à néant les avancées enregistrées au titre de l’Objectif 6.
« La mortalité due au paludisme est en baisse »

Les taux de mortalité liés au paludisme en Afrique ont baissé de plus d’un tiers depuis 2000 grâce à des mesures accrues de prévention et de contrôle.

Cependant, les régimes de traitement les plus efficaces, à savoir les polythérapies à base d’artémisinine, ne représentent toujours qu’une fraction des traitements antipaludiques administrés.
« Les défis environnementaux restent nombreux »

Les insuffisances en matière d’assainissement, l’accès limité à des sources d’eau potable améliorées et la diminution du couvert forestier comptent parmi les défis environnementaux les plus pressants du continent, que le changement climatique risque d’exacerber. Mais sur un plan plus positif, les émissions de dioxyde de carbone (CO2) se sont stabilisées dans la plupart des pays africains, dont la plupart ont par ailleurs diminué leur consommation de substances appauvrissant la couche d’ozone (SAO). En outre, vingt-sept pays ont signalé une augmentation de la proportion de leurs aires terrestres et marines protégées.
« Diversifier les sources d’assistance »

L’Aide publique au développement (APD) joue un rôle important dans le développement de l’Afrique, mais les responsables politiques du continent sont vivement encouragés à diversifier les sources de financement du développement afin d’optimiser le volume de leurs ressources et de minimiser leur exposition aux chocs de financement extérieur. En outre, la promotion de l’accès des produits africains aux marchés mondiaux devrait offrir des perspectives de croissance permettant aux pays concernés de moins dépendre de l’aide. Les échanges commerciaux joueront un rôle vital dans le développement de l’Afrique, et l’essor continu des engagements au titre de l’Aide pour le commerce (AfT), qui augmente à un rythme plus rapide que l’APD, mérite d’être salué. Il reste toutefois que la concentration de l’Aide pour le commerce sur un petit nombre de pays est préoccupante et doit être corrigée sans retard.


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