Monde

L’Ukraine déchirée

Référendum dimanche en Crimée

Céline Tabou / 11 mars 2014

Dimanche 16 mars aura lieu le référendum sur le statut de la Crimée, soit elle se rattache à la Russie, soit elle reste en Ukraine, en élargissant son autonomie. Pour le président russe, Vladimir Poutine, la Crimée a le droit d’être rattachée à la Russie, mais il n’exclut pas une « solution diplomatique » à la crise ukrainienne.

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Manifestation en Crimée. (photo Andrew Butko)

De son côté, le nouveau gouvernement d’Ukraine veut accélérer son rapprochement avec l’Union Européenne. En effet, les volontés séparatistes ne cessent de gagner du terrain dans l’Est du pays, zone frontière avec la Russie. Cependant, la diplomatique occidentale reste mitigée face aux agissements des forces russes.

11 milliards d’aides européennes

Le ministre ukrainien des affaires étrangères par intérim Andriï Dechtchitsa a déclaré le 9 mars à la télévision qu’un accord d’association entre son pays et l’Union européenne, devrait être signé le 17 ou 21 mars, au lendemain du référendum en Crimée. En suspend depuis cinq ans, le volet politique de cet accord prévoit une aide européenne destiné au développement social, à la protection sociale, à l’égalité des droits, à l’éducation, à la jeunesse et/ou à la coopération culturelle.

Cet accord avait été refusé par l’ancien président Viktor Ianoukovitch en novembre, déclenchant le mouvement de protestation entrainant sa chute du pouvoir. L’accord met en avant le modèle européen, et inscrit selon l’Agence France Presse, « les valeurs de l’UE en principes, comme la démocratie, l’Etat de droit ou le développement durable, et comporte des dispositions sur la mobilité ».

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a officiellement relancé le processus le 6 mars, en annonçant à la presse la signature de l’accord avant l’élection présidentielle, prévue le 25 mai. Pour sa part, le président français François Hollande a ajouté que l’accord était « prêt à être mis en œuvre tout de suite ».

Le plan global d’aide mit en avant par José Manuel Barroso, président de la Commission Européenne, s’articule autour d’une aide financière d’onze milliards d’euros, pour les deux prochaines années, afin d’éviter la faillite au pays. Cependant, en « contrepartie de cet argent l’Ukraine s’engage à des réformes, qu’elle mette en place un gouvernement inclusif, que le gouvernement soit prêt à faire le meilleur usage de cet argent. Et j’espère que l’Ukraine signera un accord avec le FMI », a indiqué le président de la Commission européenne.

Une diplomatie impuissante

Les 54 observateurs internationaux dépêchés par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) n’ont pas pu entrer en Crimée, pour la 3ème fois, à cause des menaces d’hommes armés. Normalement, l’objectif de cette mission, soutenue par Barack Obama, est de prôner le dialogue pour réduire les tensions, mais les partisans de Moscou dénoncent des observateurs au service des américains.

Souhaitant une « solution diplomatique », le président russe Vladimir Poutine s’est entretenu avec la chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre britannique David Cameron, estimant que les autorités prorusses de Crimée étaient « légitimes ». Défendant le droit de la Crimée à être rattachée à la Russie, le gouvernement russe aurait prévu « un gros budget, environ 40 milliards de roubles », pour soutenir le développement de la Crimée, selon une source parlementaire de l’AFP.

La situation est imbroglio diplomatique, si bien qu’Angela Markel a répété à Vladimir Poutine que le référendum était « illégal ». Une position partagée par le président Barack Obama les premiers ministres britannique et italien, David Cameron et Matteo Renzi, et le président français, François Hollande. Tous ont réaffirmé, par la voie d’un communiqué de presse publié par Washington, leur « grave préoccupation devant la violation claire du droit international par la Russie ». La solution prônée pour l’heure par l’Occident reste les sanctions « qui affecteraient sensiblement les relations entre la communauté internationale et la Russie, ce qui n’est dans l’intérêt de personne », selon l’Elysée.

En réponse à ces menaces de sanction, le ministère russe de la défense a laissé entendre une suspension des inspections étrangères de son arsenal d’armes stratégiques, y compris les missiles nucléaires, en réponse aux « menaces » venant des Etats-Unis et de l’OTAN.

 Céline Tabou  

Vers un rattachement de l’est du pays à la Russie ?


Des rassemblements de pro et anti Moscou ont eu lieu, le 9 mars, jour anniversaire du poète et symbole de l’indépendance ukrainienne Taras Chevtchenko. Dans tout le pays et notamment en Crimée, où des heurts ont éclaté, les partisans de Kiev s’étaient réunis devant des statues de Chevtchenko, et les pro-russe, devant des statues de Lénine.

Dans la région de Crimée, plusieurs centaines de personnes ont affiché leur soutien à Kiev dans les rues de Simferopol et à Sébastopol. Dans cette dernière ville, des hommes armés de matraques et de fouets ont attaqué le service d’ordre qui protégeait le rassemblement des pro-Kiev.

De plus en plus de vielles de l’Est de l’Ukraine se mobilisent pour demander un rattachement à la Russie, comme Donetsk, où les manifestants veulent le rattachement de la province du Donbass à la Russie. Cent-cinquante kilomètres plus à l’est, à Lougansk, les manifestants pro-russes ont demandé au gouverneur de démissionner, selon les médias locaux.

Bien loin de quitter le pays, les forces russes s’intensifient en Crimée, avec l’entrée d’une soixantaine de camions militaires russes par voie terrestre et maritime, selon les gardes-frontières ukrainiens. Le général Mykola Kovil, haut responsable des gardes-frontières, a récemment indiqué à la presse que près de 30.000 soldats se trouvaient désormais en Crimée.


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