Monde

La Chine se détache de la dette américaine

Les États-Unis doivent plus de 1.000 milliards de dollars

Céline Tabou / 16 janvier 2013

D’ici quelques mois, la Chine se dotera d’une nouvelle équipe dirigeante, qui lancera une série de réformes. Mais pour l’heure, le fonds souverain chinois CIC a décidé de réduire sa proportion de bons du Trésor dans les actifs de l’institution.

Mardi 15 janvier, le président du fonds souverain chinois CIC, Lou Jiwei, a annoncé son intention de diminuer la proportion de bons du Trésor américain dans les actifs de la CIC. Face à la reprise économique, qui devrait relancer la hausse des taux d’intérêt américains, les Chinois veulent prendre leur distance.

En 2011, la Chine possédait 1.160 milliards de dollars de dette américaine, la crise économique et financière du pays a conduit les autorités chinoises à se montrer sceptique sur la réelle volonté des Etats-Unis à régler la question de sa dette abyssale tout en minimisant leurs déclarations. De plus, les réserves de change de la Chine s’élevaient fin 2012 à 3.310 milliards de dollars.

Réduire la dépendance

Lou Jiwei a expliqué, lors d’un forum financier à Hong Kong, qu’il comptait diminuer la proportion de bons du Trésor américains pas par peur de l’économie américaine, mais à cause de sa reprise économique. « Avec la reprise économique, la hausse des taux d’intérêt américains ne saurait tarder et ces obligations vont donc se déprécier en valeur », a indiqué ce dernier. « Donc notre approche est une politique d’achats limités. »

Créé en 2007, afin de diversifier les placements des réserves de change du pays, principalement en investissant dans des entreprises à l’étranger, le China Investment Corp (CIC) dispose de 480 milliards de dollars d’actifs et est chargé d’investir une partie des colossales réserves de changes du pays, a expliqué "Les Echos". « La méthode du CIC est d’acheter relativement peu de dettes américaines dans l’espoir d’allouer davantage de fonds à des actions et à d’autres actifs », a déclaré Lou Jiewei au quotidien "Shanghai Securities News".
En 2012, le CIC a perdu près de 4,3% du montant de ses investissements, soit la première perte du fonds depuis 2008. la déclaration de Lou Jiwei intervient quelques heures après l’annonce du gouvernement chinois de la mise en place d’une « nouvelle administration chargée d’allouer une partie des réserves de change à des entreprises chinoises sous forme de prêts destinés à financer leur expansion à l’étranger », a expliqué "Les Echos".

Une conjoncture économique en crise

Face aux incertitudes économiques dans le monde et notamment en Europe et au Japon, Lou Jiwei a expliqué que son fonds allait mettre l’accent sur des investissements plus stables, comme des infrastructures, de l’industrie ou de l’immobilier. La Chine s’inquiète de la conjoncture économique des Etats-Unis, d’autant que l’empire du Milieu est la plus grande réserve mondiale de devises, évaluée à 3.300 milliards de dollars, y compris des emprunts du Trésor américain. Bien que le marché américain soit un secteur important pour les exportations chinoises, les deux pays sont liés économiquement.

Pour Valérie Niquet, responsable du Pôle Asie à la fondation pour la recherche stratégique, « la Chine ne peut pas s’offrir le luxe de détruire l’économie américaine en retirant brutalement son argent des Etats-Unis : elle dépend des importations américaines et européennes, d’ailleurs, si sa croissance a autant ralenti cette année, c’est à cause de la fermeture progressive des marchés dans les pays développés, suite à la crise ».

Céline Tabou

2013, année de réforme politique et économique

La nouvelle équipe dirigeante devra faire face aux conséquences de la crise économique et financière internationale, qui n’avait pour l’heure pas atteint directement Pékin. En mars prochain, Xi Jinping et Li Keqiang seront officiellement nommés aux postes de président et de Premier ministre. L’année du serpent qui s’ouvre en Chine sera une période de bouleversements que les deux hommes devront menés afin de maintenir leur pays sur la voie de la croissance économique et de la stabilité sociale. Les sept empereurs représentent « une petite révolution dans un pays jusqu’alors étouffé par le formalisme de ses élites politiques », a noté "Les Echos".

Parmi les mesures lancées, une campagne anti-corruption devrait toucher l’ensemble des cadres de niveau intermédiaire, de nouvelles directives ont été édictées, stipulant que les officiels doivent « tout faire pour aller au plus près de leurs administrés, de se rendre dans les zones difficiles ». Les médias auront la tâche de « ne couvrir les déplacements des dirigeants qu’en fonction de l’intérêt réel de ces derniers pour le spectateur ou le lecteur ». Sur le plan économique, le changement de modèle économique avec l’intention de redynamiser la consommation intérieure, réduire l’inflation et trouver d’autres partenaires économiques et commerciaux qu’en Occident.

De plus, la société chinoise se modifie avec l’émergence de revendications et d’interrogations sur le système scolaire qui marginalise les enfants nés hors des grandes villes, les salariés des grandes sociétés occidentales ou encore le mouvement de défense, né sur Internet, d’un journal ayant subi la censure. Economie, politique et société, la Chine sera cette année en plein changement, un vrai test pour un nouveau modèle de société.


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