Monde

« La défaite de la Grèce, la défaite de l’Europe »

Après l’accord entre la Grèce et ses créanciers

Témoignages.re / 15 juillet 2015

Le refus d’abandonner l’euro a été le point faible de la stratégie du gouvernement grec, estime notre confrère de « la Tribune ».

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Le gouvernement grec veut garder l’euro, il a dû faire des concessions.

Selon « la Tribune », « jamais, dans le jargon européen, le terme de « compromis » n’aura semblé si peu adapté. « L’accord » atteint au petit matin du 13 juillet entre la Grèce et le reste de la zone euro a désormais des allures de déroute pour le gouvernement grec. Une déroute qui a un sens pour le reste de l’avenir de la zone euro ».

Selon notre confrère, l’accord signé entre la Grèce et ses créanciers a permis à ces derniers d’en tirer avantage, car le gouvernement grec craignait de sortir de l’euro. « Dès lors, la position grecque était extrêmement fragile. En effet, pour un petit pays aussi affaibli et endetté que la Grèce, la seule force dans les négociations était la menace de la sortie de la zone euro. Menace que, sans doute, il fallait éviter de mettre en œuvre si c’était possible, mais qu’il fallait brandir assez sérieusement pour faire douter le camp d’en face. Dès lors que cette menace était levée, Athènes n’avait aucun moyen de pression ».

Quelle autre politique économique ?

Le gouvernement grec voulait obtenir la restructuration de la dette. Il n’a pas vraiment réussi et en échange Athènes doit concéder des abandons de souveraineté. Un fonds servira à recueillir l’argent gagné dans les privatisations, la moitié sera réservée aux banques, le quart aux créanciers et le quart pour des investissements en Grèce.
Pour « la Tribune », cet accord confirme ce qu’avait montré voici 2 ans la crise de Chypre : « on a appris que l’euro n’était pas qu’une monnaie, mais aussi une politique économique particulière, fondée sur l’austérité. Le Premier ministre grec avait fait le pari que l’on pouvait modifier la zone euro de l’intérieur et réaliser en son sein une autre politique économique. Preuve est désormais faite de l’impossibilité d’une telle ambition. Les créanciers ont clairement refusé une réorientation de la politique d’austérité budgétaire qui, pour un pays comme la Grèce, n’a réellement plus aucun sens aujourd’hui et l’empêche de se redresser ».

L’euro est un moyen de pression

La gouvernance économique existe bien, « qui veut la remettre en cause devient un adversaire de l’euro. La diabolisation de Syriza pendant six mois l’a prouvé. Ce parti n’a jamais voulu renverser l’ordre européen, le gouvernement grec a rapidement fait de larges concessions (que l’on songe à l’accord du 20 février). Mais sa demande d’une approche plus pragmatique dans le traitement du cas grec conduisait à une remise en cause de la vérité absolue de la logique “austéritaire” décrite plus haut. Il fallait donc frapper fort pour faire cesser à l’avenir toute velléité de remise en cause de l’ordre européen établi. Il y a dans cette Europe un air de « Sainte-Alliance » de 1815, révélé désormais au grand jour. Comment autrement expliquer cet acharnement face à Athènes ce week-end, cette volonté de « vengeance » ? Alexis Tsipras avait cédé sur presque tout, mais ce n’était pas assez, il fallait frapper les esprits par une humiliation supplémentaire ».

Conclusion : « l’euro devait être une monnaie qui rapprochait les peuples. Ce devait être la monnaie de tous les Européens. Or, cette crise a prouvé qu’il n’en est rien. On sait que, désormais, on peut priver certains habitants de la zone euro de l’accès à leur propre monnaie. Et que cette privation est un moyen de pression sur eux. Il sera donc bien difficile de dire encore « l’euro, notre monnaie » : l’euro est la monnaie de la BCE qui la distribue sur des critères qui ne prennent pas en compte le bien-être des populations, mais sur des critères financiers dissimulant mal des objectifs politiques ».


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