Monde

« La difficulté de l’action humanitaire face au déclin de l’aide financière »

Entretien avec la Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires, Mme Catherine Bragg

Témoignages.re / 21 août 2009

Comment maintenir l’élan sur le terrain pendant les crises humanitaires lorsque les projecteurs des médias se sont déplacés ? C’est un des problèmes majeurs auquel est confrontée l’Organisation des Nations Unies. Les caméras passent d’une chose à une autre, de la transmission d’images fortes de populations affamées, en train de mourir et sans domicile à la nouvelle crise du jour. Et l’attention des donateurs s’envole avec eux. Pendant ce temps, les populations continuent d’être affamées, de mourir et de se trouver sans toit.

« C’est un problème sans solution », confie la Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires, Catherine Bragg, lors d’un entretien avec le Centre d’actualités de l’ONU à l’occasion de la Journée internationale de l’aide humanitaire célébrée le 19 août.

L’un des instruments qui sont utilisés par l’ONU pour faire face aux « oubliés » ou aux « crises sous financées » est le Fonds central d’intervention d’urgence. Un tiers du total annuel des 450 millions de dollars du Fonds est engagé dans les situations d’urgence où des vies sont en jeu. Toutefois, « le montant n’est pas suffisant de toute évidence pour faire face à la taille du problème », souligne Mme Bragg.

Une dizaine de pays a, depuis le début de l’année, bénéficié du financement du CERF, notamment des pays comme l’Algérie, où les réfugiés du Sahara occidental en conflit avec le Maroc vivent dans les camps de Tindouf depuis des décennies, ou encore des pays comme Djibouti et la Guinée affectés par la sécheresse et qui souffrent d’une importante pénurie alimentaire.

Dans la plupart des cas les subventions sont relativement faibles, avec 1,5 million de dollars pour l’Algérie ou 2 millions de dollars pour le Burkina Faso. Dans d’autres cas, ces subventions sont plus conséquentes et un pays peut recevoir plus. Cela a notamment été le cas pour la République populaire démocratique de Corée (RPDC) ou le Zimbabwe, les deux étant touchés par une grave crise alimentaire, qui ont reçu respectivement 19 et 20 millions de dollars.

Mme Bragg a avancé cinq raisons qui expliquent le « sous financement » des crises. « Les gens prêtent plus attention aux grosses crises » et oublient les pays comme l’Algérie ou la Guinée. Par ailleurs, les donateurs craignent que les agences humanitaires ne soient pas en mesure de fournir l’aide aux bénéficiaires, notamment en raison des conditions de sécurité comme en Somalie ou en raison des contraintes gouvernementales comme en RPDC. « Les donateurs veulent être en mesure de dire à leurs électeurs et aux contribuables que l’argent est parvenu aux bénéficiaires », a ajouté Mme Bragg.

La troisième raison survient quand l’aide vient s’emmêler dans les questions politiques, comme en Corée du Nord et au Zimbabwe. Dans le quatrième cas, le caractère urgent est retombé comme ce fut le cas au Kenya, lors des violences postélectorales, après Noël 2007 et en 2008, « l’attention se détache progressivement, bien qu’il y ait encore des besoins », a poursuivi Mme Bragg. Enfin, il y a les cas où la pauvreté quotidienne masque les conditions exacerbées causées par les désastres naturels ou les conflits, comme au Niger ou en Haïti.

Lors de sa récente visite en République centrafricaine, Mme Bragg a pu observer qu’un million de personnes, soit un quart de la population totale, avaient besoin d’aide, 125.000 personnes vivent dans la brousse, sans accès à l’eau, aux tentes, aux services médicaux ou à l’éducation. Selon Mme Bragg, les besoins sont plus faibles que ceux du Darfour voisin, où 4 millions de personnes ont besoin d’aide, au Congo, ou même au Soudan. Lors de sa visite, Mme Bragg a tenté d’attirer l’attention des gens sur ce qui se passe en République centrafricaine en leur rappelant qu’il n’y a pas que les pays où la situation est la plus désespérée et dont on parle le plus qui ont des besoins.


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