Monde

La guerre civile en Libye point de départ de la déstabilisation du Mali

Rébellion touareg dans le Nord, coup d’État dans la capitale

Témoignages.re / 5 avril 2012

Comment expliquer qu’en si peu de temps, un État comme le Mali soit au bord de l’explosion ? Une analyse parue dans le quotidien algérien "la Liberté" apporte un éclairage intéressant, en voici des extraits.

Le lien entre la Libye et la situation au Mali a été établi par la junte qui a déposé Amadou Toumani Touré, qu’elle accuse d’avoir laissé la rébellion targuie du Nord prendre ses aises jusqu’à en découdre avec l’armée régulière et s’emparer de territoires. La rébellion des Touaregs est revenue sur les accords de paix conclus dans les années 1990 — sous le parrainage de l’Algérie — lorsque ses supplétifs de la légion étrangère de Kadhafi sont rentrés chez eux, celui-ci vaincu par la coalition occidentale est assassiné par le CNT libyen. L’Algérie avait alerté à l’époque sur la circulation des armes dans la région. Les Touaregs ne sont pas rentrés chez eux bredouilles : ils s’étaient copieusement servis dans les arsenaux de Kadhafi.
Le MNLA (rebelles touareg-NDLR) se sentant revigoré a tourné le dos à la conciliation avec Bamako pour revendiquer un État sur toute la région des Azawad, dont Kidal serait la capitale.
Voilà pourquoi l’instabilité qui s’est installée au Mali est considérée comme un accident collatéral de la crise libyenne post-Kadhafi. La même cause a produit la nouvelle situation qui frappe la Tunisie : l’instabilité libyenne a encouragé les salafistes tunisiens dans leur passage aux actes. Donc, tout a commencé en Libye où depuis plus d’un mois les combats entre tribus rivales sont montés en cadence. Ils faisaient rage samedi à Sebha, dans le sud, avec plus de 147 morts et 395 blessés en six jours !

Plus d’État en Libye

Pour faire court, cinq mois après la fin des opérations de l’OTAN, les milices rebelles refusent de faire allégeance au CNT (Conseil national de transition), officiellement reconnu comme le pouvoir de la Libye post-Kadhafi par la communauté internationale. Ce CNT doit, en principe, poursuivre sa mission jusqu’à l’élection d’une assemblée constituante en juin prochain, mais son autorité n’est pas établie en Libye. Le pays est déchiré par des rivalités régionales et tribales alimentées par des milices surarmées qui s’adonnent à des activités mafieuses : l’ONU a enregistré des rapts, des liquidations et des tortures. Rien que pour la capitale, trois groupes se disputent son contrôle dont celui de l’islamiste Belhadj, un ancien de l’Afghanistan lié à Al-Qaïda. Et aucun de ces seigneurs de guerre ne veut rendre ses armes et encore moins se fondre dans la nouvelle armée nationale du CNT. Celui-ci n’est pas également accrédité par les notables tribaux qui réclament une Libye fédérale, divisée en trois grandes régions : la Tripolitaine, le Fezzan et la Cyrénaïque, laquelle a décrété son autonomie il y a trois semaines. Cette région abrite 80% des gisements d’hydrocarbures. Évidemment, les tribus sans pétrole ne sont pas d’accord, comme les Toubous et les Berbères.
D’où les affrontements malgré l’envoi par le CNT de forces militaires pour tenter d’imposer une trêve.

Un nouvel Irak ?
Cette crainte de voir la Libye subir une évolution à l’irakienne est valable pour le Mali où les rebelles touareg sont entrés samedi dans la ville de Gao, place forte du Nord des troupes d’une junte désormais prise en tenailles par la sédition touareg et les menaces d’embargo, voire d’intervention, des pays voisins qui exigent un retour à l’ordre constitutionnel.
Les voisins du Mali sont inquiets et se demandent, à l’unisson avec la CEDEAO, comment préserver l’intégrité territoriale de ce pays ? En attendant, depuis que des militaires mutinés ont pris le pouvoir, les rebelles multiplient les attaques et ils gagnent du terrain.

200.000 personnes déplacées depuis le mois de janvier

Le Haut Commissariat aux Nations Unies pour les réfugiés (HCR) s’est déclaré "profondément préoccupé" par la dégradation de la situation politique et sécuritaire au Mali, où des milliers de personnes continuent à fuir leurs maisons en raison des combats entre les forces gouvernementales et les rebelles touaregs dans le nord du pays.

La reprise des combats dans le nord du Mali a déplacé plus de 200.000 personnes depuis le mois de janvier, la majorité ayant fui dans les pays voisins et 93.000 étant probablement déplacés à l’intérieur du pays.
"Le nord du pays devient de plus en plus dangereux du fait de la prolifération des groupes armés dans la région", a déclaré la porte-parole du HCR, Melissa Fleming, dans un communiqué.
Selon elle, la majorité de ces réfugiés sont Touaregs, mais également des Peuls, des Arabes et des Bambaras.
Elle a expliqué que les réfugiés qui affluent dans les pays voisins rapportent la présence de milices armées et d’unités de garde locales mises en place par les communautés locales pour se défendre.
"La plupart ont déclaré au personnel du HCR qu’ils ont fui parce qu’ils craignaient les attaques de bandits armés et l’intensification des combats dans le nord, tandis que les autres ont déclaré être partis car ils ne trouvaient plus de nourriture dans leurs villages", a indiqué Mme Fleming. "D’autres ont dit à nos équipes qu’ils avaient décidé de quitter le Mali quand les espoirs d’une paix négociée entre le gouvernement et les rebelles touaregs dans le nord se sont évanouis après le coup d’État", a ajouté la porte-parole.
Elle a indiqué que l’agence renforçait son assistance aux réfugiés maliens à travers la région du Sahel qui est confrontée à des pénuries graves d’eau et de vivres.
"Les combattants touaregs ont pris plusieurs grandes villes dans le nord la semaine dernière, empêchant le HCR et les autres agences d’aide d’accéder à ceux qui ont besoin d’une assistance. "Le HCR invite toutes les parties à s’abstenir de toute action qui pourrait mettre les populations en fuite en danger ou entraver leurs déplacements vers des zones plus sûres", a indiqué le porte-parole du HCR.



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  • Antoine Glaser qui intervient sur de nombreuses télés fr. ces jours-çi avance que l’Algérie n’a rien fait contre les touaregs venant de Libye qui auraient même traversé l’Algérie au vu des autorités. Qui a des infos ? Il me semble que le Niger a aussi servi de point de passage. Avec l’assentiment des autorités de ce pays ?
    je trouve que c’est grave ce qu’avance A. Glaser. Complot contre le Mali ? Quid du Niger et même de l’Algérie qui a aussi une grande communauté touareg qui risque de poser pb.
    Après sa mort, Khddafi aura réussi ce qu’il n’a pas pu faire de son vivant : lancer le début de la création d’ un grand état touareg.

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