Monde

La marche vers la fin de l’apartheid

Nombreuses années de lutte

Témoignages.re / 18 juillet 2013

L’inégalité entre citoyens d’un même pays était inscrite dans la loi en Afrique du Sud, c’était l’apartheid. Retour sur la lutte qui a permis de l’abolir.

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En Afrique du Sud, des lieux étaient interdits à des Sud-Africains à cause de leur couleur de peau.

Avant l’apartheid, déjà des mesures ségrégatives.

Les lois ségrégatives sont mises en place au fur et à mesure depuis 1913, à une date où le pays était encore sous domination anglaise. Ainsi le land act qui réserve aux Blancs 87% du territoire contre 13% pour les Noirs et les autres catégories raciales.

La loi Hertzog de 1927 interdit les rapports sexuels hors mariage entre Blancs et Noirs. L’année suivante, ce sont les mariages mixtes qui sont prohibés.

A partir de 1930, pour parer aux mauvaises relations entre fermiers blancs et les noirs, une loi prévoit de parquer ces derniers dans des réserves surpeuplées, et dépourvues de toutes commodités.

Les Noirs et les métisses sont interdits de vote.

L’institutionnalisation de l’apartheid à compter de 1948.

A compter de 1948 commence vraiment l’apartheid. Des lois sont prises à cet effet que ce soit pour le petit apartheid instituant l’inégalité et la ségrégation au détriment des Noirs dans leurs relations avec les Blancs. Que ce soit le grand apartheid qui institue des bantoustans, sortes d’États ayant vocation à l’indépendance dont les citoyens n’ont aucun droit en dehors de leur bantoustan. Ainsi, entre 1976 et 1981, on érige les premiers bantoustans : le Transkei, Le Bophutatswana, Le Vanda, et le Ciskei.

Les lois ségrégatives se multiplient :

- Le native act n°67 de 1952 stipule que les Noirs de plus de seize ans ne peuvent circuler sans leur pass book comprenant leur certificat d’identité et leur origine tribale.

- Le Bantou labour act de 1953 interdit aux Africains de faire grève et de se syndiquer. L’année suivante, cette interdiction est étendue aux métis et aux Indiens.

- En 1956, les syndicats mixtes sont interdits.

Il faut ajouter à cela les mesures classiques et humiliantes comme les bancs pour Blancs et les bancs pour les Noirs, les guichets pour les uns et pour les autres, les wagons de trains, les places de bus, etc. Les centres-ville sont interdits aux Noirs qui sont parqués dans de vastes bidonvilles comme Soweto, souvent sans eau, sans électricité et moyens de transport fiables.

La répression et la résistance

Pour maintenir un tel régime, car les Blancs sont très minoritaires et les Noirs représentent l’écrasante majorité, les gouvernements de l’apartheid s’appuient sur une police redoutable et bien organisée. La torture y est pratiquée de façon courante, et la justice appliquée de façon sommaire et expéditive.

Cette force bien organisée lui permet de renforcer sa politique de répression. C’est en 1960, l’interdiction des mouvements opposés à l’apartheid. Pour protester contre l’obligation de se munir en permanence de son passeport, une manifestation est organisée qui débouche sur la répression sanglante ; une branche clandestine de l’ANC créée en 1961 engage la lutte armée. Mandela est est arrêté en 1962 et condamné à une peine de prison à perpétuité.

Entre-temps, l’Union sud-africaine s’est retirée du Commonwealth qui avait condamné l’apartheid, et la République d’Afrique du Sud a été proclamée le 31 mai 1961.

À partir de 1975, le mouvement SWAPO développe son action pour obtenir l’indépendance de la Namibie. Enfin, en 1976, de violentes émeutes éclatent à Soweto et dans d’autres townships , qui provoquent la mort de 400 personnes.

Une fin inéluctable de l’apartheid.

Les instances internationales décident de boycotter l’Afrique du Sud, et bien que le boycott soit imparfaitement appliqué, les coups portés à l’économie du pays ne sont pas négligeables. Les Blancs libéraux finissent par souhaiter la fin de l’apartheid et la résistance s’amplifie avec des coups portés à la police, ainsi qu’aux Noirs collaborant avec les gouvernements de l’apartheid. Le régime ne peut plus tenir bien longtemps et la fin de l’apartheid apparaît comme inéluctable.

Sous l’effet d’une très active opposition intérieure et des pressions de la communauté internationale, les gouvernements qui se succèdent sous la présidence de Pieter Willem Botha P (1978-1989) légalisent les syndicats noirs en 1979, autorisent les partis politiques multiraciaux en 1985, suppriment les quotas appliqués par les industries afin de limiter le nombre de travailleurs noirs ainsi que la loi interdisant les mariages mixtes.

Ces mesures, cependant, ne parviennent pas à contenir les mouvements de protestation des Noirs contre le régime. Pour mettre fin aux violences envers les policiers et les Noirs qui coopèrent avec les Blancs, ainsi qu’entre membres de groupes politiques ou ethnolinguistiques rivaux — essentiellement zoulous —, le gouvernement impose l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire entre septembre 1984 et juin 1986. Le Président Botha reconnaît néanmoins que le concept d’apartheid est dépassé.

L’année 1985 est marquée par de graves émeutes dans les townships (notamment à Crossroads, en mars 1985). Peu après (janvier 1986), Botha est amené à annoncer la fin de l’apartheid pour apaiser les esprits. La même année disparaissent les laissez-passer réglementant les mouvements d’immigration vers les villes.

Willem De kKlerk succède à Botha.

En 1989, Botha démissionne de la présidence et cède la place à De Klerk qui fait libérer Mandela (février 1990), légalise l’ANC et fait abolir l’apartheid par le Parlement (juin 1991). Dans l’intervalle, le 21 mars 1990, a été proclamée l’indépendance de la Namibie, dirigée par la SWAPO. Malgré les affrontements violents entre l’ANC et les Zoulous de l’Inkatha, animés par le chef zoulou Buthelesi et la résistance des milieux blancs extrémistes, une nouvelle Constitution est adoptée en décembre 1993. Pour assurer la transition, on y propose la formation d’un gouvernement d’union nationale regroupant les représentants des principaux partis.

Mandela accède à la présidence de La République.

Les premières élections multiraciales et démocratiques d’avril 1994, auxquelles l’Inkatha, après avoir longtemps hésité, accepte finalement de participer, assurent la victoire de l’ANC, avec 60% des suffrages, sur 27 partis en lice. Le parti national de Frederik De Klerk est la deuxième force du pays (20%), ralliant non seulement la majorité des Blancs mais aussi celle des lndiens et des métis. Buthelezi garde le contrôle du Natal, fief des zoulous.

Le 9 mai, les 400 députés du nouveau Parlement portent Mandela à la présidence de la République, Thabo M’Beki et F. De Klerk devenant vice-présidents. L’apartheid est alors définitivement enterré officiellement. Car les plaies sociales et raciales sont profondes et il faudra du temps pour les cicatriser.

On notera quand même que l’Afrique du Sud a mis en place grâce à l’intelligence de deux leaders d’exception, Mandela et De Klerk, un mode de libération d’un genre nouveau et les bains de sang annoncés un peu partout ne se sont heureusement pas produits. L’économie n’a pas eu à souffrir de cette libération d’un genre nouveau. Les deux leaders se sont vus récompensés par le Prix Nobel de la Paix, un Prix mérité celui-là. Hasard des choses, Mandela a été admis à l’hôpital, et alors qu’il s’y trouvait déjà, De Klerk lui aussi a été hospitalisé. Le premier est âgé de 95 ans et le second de 79, deux vies bien remplies au service de leur pays et de l’humanité.

Georges Gauvin


Kanalreunion.com