Monde

La presse sénégalaise célèbre la ’révolution burkinabé’

Le changement de pouvoir vu du Sénégal

Témoignages.re / 2 novembre 2014

Comme le monde entier, la presse sénégalaise avait les yeux tournés vers Ouagadougou au Burkina Faso, le jeudi 30 octobre. Les journaux du lendemain ont, presque tous, fait leurs ‘’Unes’’ sur les manifestations qui ont poussé Blaise Compaoré à la démission. L’intérêt est d’autant plus grand dans les médias sénégalais que ce qui s’est passé au pays des « hommes intègres » ressemblait à quelques exceptions près à ce que les Sénégalais ont vécu en juin 2011. Plusieurs confrères ont d’ailleurs vite fait de comparer les deux cas.

Alors que Blaise Compaoré jetait ses dernières armes dans la bataille pour sauver son pouvoir, dans un commentaire prémonitoire de son édition de vendredi, le directeur de publication de ‘’Le Quotidien’’ finissait par cette phrase : « (…) même s’il veut bloquer toutes les horloges de son palais, minuit finira par sonner pour lui ».

Le journal est revenu sur quelques actes forts des 27 ans de règne de Blaise Compaoré. « Alassane Ouattara et Guillaume Soro n’ont jamais caché que c’est grâce à Compaoré qu’ils ont pu faire tomber Laurent Gbagbo », indique le quotidien. On lit dans les colonnes de ‘’Le Quotidien’’ que l’ancien homme fort de Ouaga était un élément déstabilisateur dans la sous-région pour avoir soutenu les sanglantes rebellions de Charles Taylor au Liberia et de Fodé Sankoh en Sierra Leone.
Dans son article qu’il a intitulé, « Minuit moins cinq pour Compaoré », le confrère avait parié sur la fin du régime, ce qui s’est finalement produit dans la journée. Mais avant même qu’il ne tombe, nombre de parutions sénégalaises avaient titré vendredi matin sur la fin du pouvoir Compaoré.

‘’Le POPulaire’’ qui a fait un rapprochement avec le soulèvement populaire des Sénégalais a affiché en ‘’Une’’, « Après le 23 juin du Sénégal, le Burkina a son 30 octobre ». Le quotidien déduit de cette situation que le syndrome Wade a frappé Blaise Compaoré. « C’est fou que le pouvoir peut rendre aveugle, sourd et… parce que dans cette Afrique ultramoderne, voir tout ce qui s’est passé en matière d’exigence de démocratie, oublier le printemps maghrébin, croire que la mousson qui a emporté Wade au Sénégal était un rêve, cela traduit véritablement une soif insatiable du pouvoir », analyse le chroniqueur de ‘’Le POP’’ pour qui, « après près de 30 ans de pouvoir sans partage ne pas être repu de régner, c’est qu’il y a d’autres logiques derrière le mandat de trop ». Quelle logique alors ? ‘‘Le POP’’ pense qu’il voulait se maintenir à la tête du Burkina pour assurer ses arrières et nettoyer certaines choses.

« Le mandat de trop », selon ‘’Le Soleil’’, c’est bien cela qui a emporté Compaoré. Dans un commentaire qu’il a intitulé, « le salaire de l’obstination », le confrère écrit que « le cas du Burkina, inspiré lui-même du 23 juin 2011 sénégalais, va sûrement faire école, et il ne serait pas étonnant de voir d’autres pays dont les présidents sont non seulement indéboulonnables mais aussi n’apportent aucun progrès à leur peuple, faire les frais de la colère de la rue.
Il existe bien une vie après le pouvoir. Faute de ne l’avoir pas compris, Compaoré l’a perdu, estime le chroniqueur qui imagine que dans ces conditions, c’est l’ombre de Thomas Sankara qui plane sur le Burkina.

Quant à ‘’l’As’’, il revient sur ce qu’il qualifie de « fin de règne pour un putschiste qui se donnait les airs d’un démocrate ». Ici, la parution note une saisissante ironie du sort. « Porté au pouvoir un jeudi du mois d’octobre, c’est un jeudi du même mois, que Compaoré a vu son pouvoir lui échapper », relève le journaliste. Dans son article, il soutient que celui qui est maintenant l’ancien président du Burkina Faso, n’a récolté que ce qu’il a semé. « Quand tu sèmes la haine, tu récoltes la kalachnikov (…).
Celui qui règne par les armes périra par les armes », chantait Alpha Blondy en 1986, nous rappelle ‘’L’As’’ qui constate que Compaoré a été tout simplement emporté par son entêtement.

Un autre commentaire tout aussi à charge contre le président déchu est à lire dans les colonnes de ‘’Enquête’’. « Il se croyait venu au monde pour diriger son peuple toute sa vie durant », introduit le confrère.
Le journal fait aussi à son niveau, une comparaison avec le cas sénégalais en indiquant que, « comme un certain Abdoulaye Wade en juin 2011, il avait lui aussi sa chambre d’enregistrement à l’Assemblée nationale prête à lui étancher sa soif de pouvoir. Mais fort heureusement, à l’image du peuple sénégalais le 23 juin 2011, les Burkinabé ont décidé d’inscrire dans le marbre la date du 30 octobre 2014. En voilà des dates qui méritent d’être retenues pour l’histoire ».
Plusieurs questions turlupinent ‘’Enquête’’ quant à cette volonté inexplicable de certains présidents africains de mourir au pouvoir. « Pourquoi se considèrent-ils comme les messies de leurs peuples ? D’où vient cette conception du pouvoir considéré comme un bien personnel et que l’on abandonne que par la violence ? », s’interroge la parution qui ajoute que la réponse à ces questions permettra de barrer la route à Faure Gnassigbé, Joseph Kabila et autres maniaques du pouvoir… pour le grand plaisir des peuples ».

Le journal ‘’Libération’’, apparemment dans le secret des dieux, a annoncé que le Chef d’Etat sénégalais avait pourtant déconseillé à son homologue burkinabé sa volonté de modifier l’article 37 de la constitution qui lui permettrait de se maintenir au pouvoir.
« Libération a appris de sources diplomatiques très sûres, lit-on, que le Président Macky Sall et son homologue burkinabé ont eu une conversation téléphonique avant-hier, c’est-à-dire, 24 heures avant que ne siège l’Assemblée nationale. Mais d’après ‘’Libération’’, Blaise Compaoré a répondu au chef d’Etat sénégalais par : « Je suis encore majoritaire, les députés vont voter le texte sans problème ».


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