Monde

La révolte plutôt que l’indignation

Plan d’austérité en Grèce

Témoignages.re / 30 juin 2011

Face à une austérité à l’injustice assumée, la révolte gagne les manifestants.

Des dizaines de blessés et d’arrestations, des barricades, des jets de pierres et de lacrymogènes, des départs de feu et les charges alternées de la police antiémeutes et de manifestants : ces scènes d’émeutes en plein centre d’Athènes ont marqué les 48 heures de grève générale lancée à l’appel des trois principaux syndicats du pays.

« Peuple, ils sont en train de te voler ton sang »

Les manifestants ont occupé les sites symboliques de la capitale. Outre le Parthénon, paré des banderoles du syndicat PAME, les citoyens ont pris possession du stade Kalimarmaro, ou de lieux qui incarnent l’ingérence étrangère, dont l’hôtel Hilton de la capitale. Comme à l’accoutumée, le plus grand rassemblement se tenait sur la place Syntagma, face au Parlement lui-même, où convergeait par milliers une foule scandant des mots d’ordre dirigés contre le FMI, l’Eurozone et le gouvernement, et reprenant en chœur un air désormais connu dans toute la péninsule : « Léa Poléma, Sou Pinoune to Aima - Peuple, soulève-toi/Ils sont en train de te voler ton sang ».

Une injustice assumée

A l’intérieur du bâtiment, les débats se poursuivent depuis trois jours, prenant un tour particulièrement cynique par les interventions du nouveau titulaire du “super-ministère” de l’Économie et des Finances, M. Evangelos Venizelos. Pour ce dernier, le pays traverse une crise « sans précédent ». La Grèce est dans une position « humiliante », affirme-t-il, parlant d’une « crise systémique », qui « va au-delà de la crise financière, et face à laquelle l’Europe n’a pas créé les outils institutionnels » qui permettraient d’y répondre. La tentative de règlement doit néanmoins, selon le gouvernement, mettre essentiellement à contribution les revenus moyens et les plus faibles. Des mesures que le Premier ministre Georgios Papandréou (PASOK-socialiste) présente pour sa part comme « indispensables et douloureuses comme toute désinfection », assurant que c’est la mort dans l’âme, mais « pour le futur de la Grèce », que son gouvernement recourt une nouvelle fois à l’austérité. Là où le chef du gouvernement donne dans le langage médical et le vocable sacrificiel, M. Venizelos affiche plus clairement la couleur. Lundi dernier, il déclarait devant l’Assemblée que le programme de « stabilisation » était « assurément en grande partie injuste »… mais que les classes populaires devraient bien l’accepter.

Ruine annoncée des classes populaires et moyennes

Une injustice assumée qui pourrait conduire les pauvres et les classes moyennes à une ruine définitive : en plus d’une extension du champ de l’impôt aux foyers dont le revenu s’élève à 8.000 euros par mois, le programme de rigueur instaure une série d’impôts dits de « solidarité », touchant principalement le traitement des fonctionnaires, dont la rémunération a pourtant déjà baissé de près de 20% en une seule année. Les riches, eux, ne seront guère mis en cause par les taxes symboliques, au montant peu élevé, que le plan prévoit d’imposer aux propriétaires de yachts, de villas et de piscines.
Pas question, non plus, de saisir les avoirs placés par cette strate de pouvoir que les Grecs nomment la « ploutocratie », qui aurait transféré plus de 300 milliards de dollars dans des banques étrangères… un montant qui constitue près du triple de l’aide consentie à la Grèce l’année dernière, payée si cher par la population.
Face à la rigueur, des citoyens, jeunes pour la plupart, en viennent à riposter physiquement à la violence économique et sociale d’un gouvernement dont la légitimité est remise en question. Un durcissement du mouvement pointe, qui pourrait aller bien au-delà du pacifisme et de l’individualisme revendiqués et finalement peu porteur de fruits des « indignés ». Raison pour laquelle, sans doute, les médias n’en parlent guère que comme de la « casse », alors que les mouvements de la péninsule ibérique avaient toute leur attention… et toute leur sympathie.

 Geoffroy Géraud-Legros 


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