Monde

Le FMI peut-il avoir un directeur qui n’est pas un économiste ?

La candidature de Christine Lagarde fait sourire les experts

Témoignages.re / 28 juin 2011

Une autre organisation internationale doit nommer un nouveau directeur, le FMI. Ce choix ne se fera pas lors de la réunion publique d’une Assemblée générale comme pour la FAO, mais dans le cadre feutré d’un Conseil d’administration. En France, certains médias ne cessent de placer Christine Lagarde favorite. Sur le blog de Christian Chavagneux, rédacteur en chef adjoint d’"Alternative économique", un éclairage sur la candidature de la ministre UMP à la Direction du Fonds monétaire international.

« Le Fonds monétaire international (FMI) est une institution remplie d’économistes, toujours prêts à reprendre la dernière mode en recherche et à justifier n’importe quel type de politique publique. Pour vraiment diriger l’institution et lui insuffler une direction précise, son Directeur général a intérêt à disposer d’une forte légitimité intellectuelle en matière économique. Est-ce le cas de notre ministre des Finances ?
Pour Martin Woolf, l’éditorialiste économique vedette du “Financial Times, la réponse est clairement non : « elle n’est pas une candidate parfaite, car ses connaissances en économie sont limitées ». Ce qui signifie soit que l’économiste en chef du FMI va pouvoir lui raconter n’importe quoi, soit que les Américains vont nommer au poste de N°2 de l’institution une pointure en économie qui sera le véritable patron intellectuel tandis que la Directrice générale ira couper des rubans et faire de beaux discours un peu partout dans le monde.
C’est ce qui s’est passé avec Horst Kölher et Rodrigo de Rato, les deux prédécesseurs de DSK, qui n’ont d’ailleurs pas fait de vieux os et démissionné, volontairement, avant la fin de leur mandat tant ils s’ennuyaient.
On a eu un exemple des raisonnements macroéconomiques de notre ministre des Finances au journal de 20h de France 2 du 25 mai dernier (vers la 40ème minute). Madame Lagarde y était invitée pour justifier le bien-fondé de sa candidature au FMI, mais une dernière question sur la baisse du chômage a permis d’en savoir plus sur sa façon de concevoir l’économie. Après s’être réjouie de la baisse du chômage et avoir souligné que l’OCDE venait de relever sa prévision de croissance à 2,2% pour cette année, elle a lié les deux évènements en déclarant : « il n’y pas de mystère : la croissance augmente, l’activité repart, l’emploi aussi et le chômage baisse ». On reconnaît bien là la mécanique typique des libéraux du 19ème siècle : l’offre repart et, créant sa propre demande, l’activité suit, créant de l’emploi et faisant baisser le chômage.
Conclusion politique : faites tout pour aider les entreprises et le bonheur économique suivra. Pas la peine d’essayer de soutenir la demande en allant doucement dans la réduction des déficits budgétaires (de la rigueur, vite !), en redistribuant des riches vers les pauvres (la récente réforme fiscale avantage les riches) ou en aidant les chômeurs (la ministre a oublié de nous dire que le nombre de chômeurs en catégories D et E, ceux en formation ou en emplois aidés, avait encore baissé de 5.500 en un mois, en contradiction avec les beaux discours du gouvernement).
Mme Lagarde n’est pas forcément nulle en économie, c’est juste une idéologue ».


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