Monde

Le G20 en Chine et ses perspectives

Ary Yée Chong Tchi Kan / 19 août 2016

Ce qui est passionnant dans une course, c’est la sortie du dernier virage car généralement celui qui est en tête prend une sérieuse option sur le podium d’arrivée, sauf accident. Je prends cette image pour rappeler que l’économie chinoise a dépassé celle de la France, en 2004, de l’Angleterre, en 2005, de l’Allemagne, en 2007 et du Japon, en 2008. Lancée en pleine course, elle bute sur la crise du sur-endettement de 2008 et toute une cascade de problèmes imprévus. La tentation de rafistoler le système par des mécanismes budgétaires et financiers en pensant relancer la course (à la croissance mondiale) s’est soldée par un résultat très mitigé et des tensions sociales extrêmes. Et, malgré une allure réduite (croissance frôlant 7 %), la Chine pourrait passer la ligne d’arrivée entre 2020-2025, devant les Etats-Unis. Chrono en main, il reste 5 à 10 ans.

JPEG - 39.5 ko

I - Le contexte est favorable pour un consensus

Malgré des différends, la Chine et l’Inde travailleront ensemble au succès du G20 (Chine) et du sommet des BRICS (en Inde), 2 évènements majeurs qui se tiennent après le sommet de l’OCS (juin 2016, Tachkent) qui comprend la Russie. Ailleurs, les évènements phares sont le Brexit (Europe), la présidentielle (Etats-Unis) et la guerre (Moyen Orient, Afrique). L’Asie s’engage dans la ligne droite en pôle position, avec la Chine en tête du peloton.

La question du moment est : la Chine va-t-elle réussir à dégager une plate-forme de rassemblement des dirigeants politiques les plus influents de la planète  ?

En effet, tout le monde a en tête l’échec du G20, en France, en 2011, sous la présidence de Sarkozy. J’avais alors signé un article “la France pourra-t-telle se rattraper ?”, en anticipant la présidentielle de 2012. J’avais conclu en soulignant qu’une alternance sans alternative, ce serait la reproduction de l’échec. Aujourd’hui, des groupes de touristes se font détrousser en plein jour, à Paris, et des manifestations traditionnelles sont annulées. La crise de confiance a atteint le moral et écorne l’image du pays de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. A force d’avoir une vision sélective et nombriliste des problèmes mondiaux, les dirigeants français n’ont plus de projet ni pour les peuples du monde encore moins pour la France, elle-même.

L’édition chinoise du G20 se tient les 4 et 5 septembre, et elle sera présidée par le Président XI Jinping. La veille, il prononcera un discours lors du forum des affaires et s’entretiendra avec ses homologues des BRICS. Le thème retenu « Vers une économie mondiale innovatrice, revigorée, interconnectée et inclusive » donne l’orientation des débats et fixe les résultats attendus. Les diplomates et les experts travaillent déjà sur les documents à adopter, avant que ne rentrent en scène les chefs d’Etat.

L’urgence est de sortir l’économie mondiale de la croissance faible et inégale, surtout que la crise qui a démarré aux Etats-Unis en 2008 n’est toujours pas résorbée. Différents intervenants pensent que c’est possible en liant encore plus les économies et en faisant partager tout le monde. Les mots “interconnectée et inclusive” expriment ces ambitions. Pour cela, il est fait appel aux forces de l’innovation, les banques de développement durable et les projets d’infrastructures. La Chine montre le chemin par l’exemple. Ses projets de “routes de la soie et ceinture”, la Banque des Infrastructures et le numérique sont connus.

Mais pour la première fois, l’Agenda de l’ONU 2030 pour le développement durable sera pris en compte. Un rapport spécial sera présenté sur le “financement vert”. Cette nouveauté est le fruit de la présidence Chinoise. La croissance verte est une tentative de répondre aux défis du développement durable et aux conséquences du changement climatique.

A la veille du sommet, tout montre qu’un consensus est réalisé. Il appartient maintenant aux dirigeants de montrer concrètement ce qu’ils font pour eux et ce qu’ils veulent partager avec les autres. L’agence d’information Xinhua rapporte l’optimisme d’une participante : “Seule une approche holistique peut nous permettre de résoudre les problèmes fondamentaux de l’économie mondiale. Le G20 n’a toujours traité que de problèmes spécifiques ».

II - Derrière l’urgence économique, le calendrier politique.

La crise économique qui dure a révélé l’absence d’une véritable gouvernance mondiale à l’ère de la globalisation. Le vieux système unilatéral sous direction de l’Occident et des Etats-Unis a volé en éclat avec la crise du surendettement des riches, l’émergence de nouvelles puissances ainsi que la prise de conscience de nouveaux enjeux. Personne n’est capable d’avancer une décision et la faire adopter.

Le G20 pourrait jouer ce rôle d’un centre de coordination fonctionnant sur la recherche de consensus et non sous la férule d’une puissance quelconque. Plusieurs raisons militent en ce sens. La globalisation de l’économie et des échanges fait que les pays riches ne peuvent plus continuer à progresser sans les pays émergents et en développement, encore moins à leur détriment. D’après le FMI, ces derniers concentrent 85 % de la population mondiale et créent 60 % du PIB. Depuis la crise de 2008, ils contribuent pour 80 % de la croissance mondiale. A elle seule la part de la Chine se monte à 35 %.

Le G20 n’a ni secrétariat, ni structure administrative chargée de suivre l’application des décisions prises. L’édition 2016 fera de la Chine une référence, voire un modèle sur certains aspects, et lui donnera un rôle accru dans la conduite des affaires du monde. Les pays en développement seront également gagnants car depuis longtemps, ils demandent plus de place dans les décisions mondiales qui impactent leur réussite. C’est peut-être pour cela que le pays hôte a invité de nombreux autres pays à cette rencontre. C’est une première et c’est bien calculé au moment où le Yuan va intégrer, en octobre, le panier des devises DTS (droits de tirages spéciaux). L’internationalisation de la monnaie chinoise va pousser au partage les devises qui se sont enrichies sur le dos des pays pauvres.

Enfin, la Chine a son propre calendrier interne. Dans 3 ans, le 1er octobre 2009, la Chine fêtera le 70e anniversaire de l’avènement de la République Populaire. Deux ans après, ce sera le centenaire de la création du Parti Communiste Chinois. Quand on a vu l’ampleur des festivités du 95e anniversaire le 1er juillet dernier, on peut imaginer la suite, surtout si les objectifs du tournant idéologique adoptés au Congrès de 1978 sont atteints.

Après avoir hissé leur pays au 2e rang du monde économique capitaliste triomphant, à la veille de monter sur la première marche du podium, jamais un parti communiste n’a été confronté à une telle responsabilité historique de déterminer une plateforme de rassemblement pour entraîner le monde entier.

Ary

NB. Si cet article vous a intéressé et vous souhaitez échanger avec l’auteur, vous pouvez le contacter à travers Témoignages.


Kanalreunion.com