Monde

Le Pakistan allié des Talibans Afghans ?

Les relations américano-afghane

Céline Tabou / 27 juillet 2010

Le quotidien américain "The New York Times" a révélé que des documents « laissent entendre que le Pakistan, officiellement un allié des États-Unis, permet à des membres de son service de renseignement de traiter directement avec les Talibans » lors de « sessions de stratégie secrète ».

Cette révélation met Washington en mauvaise posture, alors que le gouvernement de Barack Obama a alloué une aide financière de plus de 1 milliard de dollars au Pakistan pour lutter contre les Talibans.
Le quotidien britannique “The Guardian” et l’hebdomadaire “Der Spiegel” ont également reçu ces documents de la part de Wikileaks, un site spécialisé dans la publication anonyme de documents confidentiels.
“Le Monde” révèle qu’un responsable américain, sous couvert de l’anonymat, aurait expliqué qu’il n’était pas « surprenant qu’il y ait des inquiétudes concernant l’ISI » (services de renseignement pakistanais). Et que ce serait pour cette raison notamment « que le président a ordonné un réexamen de la politique [menée en Afghanistan] et un changement de stratégie ».
Dans un communiqué, Husain Haqqani, ambassadeur du Pakistan aux Etats-Unis, a jugé « irresponsable » la publication dimanche 25 juillet de documents confidentiels sur la guerre en Afghanistan. Il a également confirmé que son pays était engagé dans la lutte contre les insurgés islamistes. Ce dernier a également affirmé que les documents diffusés par le site Wikileaks contenaient des informations inexactes, et qu’elles « ne reflètent pas la réalité sur le terrain ».

« Les États-Unis, l’Afghanistan et le Pakistan sont des partenaires stratégiques »

Husain Haqqani a indiqué que « les États-Unis, l’Afghanistan et le Pakistan sont des partenaires stratégiques et tentent ensemble de battre militairement et politiquement Al-Qaïda et ses alliés talibans ».
Depuis le début de la guerre, il y a neuf ans, la chasse aux Talibans est restée, sept ans après l’invasion de l’Afghanistan, une des activités principales du Pentagone sur le terrain. Lors de son élection, Barack Obama avait assuré que des efforts militaires américains allaient être lancés en Afghanistan.
De son côté, la Maison Blanche condamne ces « informations confidentielles par des personnes et des organisations qui pourraient mettre en péril la vie d’Américains et de [leurs] alliés, et menacer [la] sécurité nationale », selon le communiqué du conseiller à la Sécurité nationale, le général James Jones. Ce dernier assure que « ces fuites irresponsables n’auront pas de conséquence sur notre engagement en cours, visant à renforcer notre alliance avec l’Afghanistan et le Pakistan ; pour battre nos ennemis communs ; et soutenir les aspirations des Afghans et des Pakistanais ».

Céline Tabou


L’armée américaine dans l’embarras

Parmi les documents publiés par le site Wikileaks, 91.731 rapports confidentiels de l’armée américaine sur l’Afghanistan. Ces dossiers montrent « une guerre paralysée par le manque de compétences et de loyauté des autorités et forces de sécurité afghanes, et par une armée pakistanaise qui paraît au mieux peu coopérative, au pire travaillant en sous-main avec les insurgés contre lesquels la coalition se bat », indique le “New York Times”.
D’après ces documents, l’administration Bush aurait chargé des unités spéciales américaines de capturer plus d’une soixantaine de leaders talibans, morts ou vifs. Barack Obama a mit fin à ces unités, et rapidement modifié la stratégie alliée en décembre 2009, en envoyant notamment des renforts militaires.
En plus de dépeindre une situation qui s’enlisse, ces rapports révèlent une influence grandissante de l’Iran en Afghanistan, un soutien de Téhéran aux insurgés islamistes et une corruption à grande échelle, qui empêche toute lutte contre la rébellion.
La publication de ces rapports va porter un coup à l’administration d’Obama, qui tente de trouver une sortie de guerre. Mais ce qui aura le plus marqué la précédente adminitration, celle de George Bush, est le montant des dépenses de guerre. Celles-ci s’élèveraient à 300 milliards de dollars, mais ironie, les Talibans semblent être plus forts qu’en 2001.


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