Monde

Le recours aux énergies renouvelables au cœur de la stratégie

Révolution énergétique à Cuba —3—

Témoignages.re / 21 août 2009

Cuba a développé plusieurs actions pour faire de chaque Cubain un acteur de la lutte contre le gaspillage d’énergie. À cela s’ajoute des mesures prises pour décentraliser la production d’energie et augmenter considérablement la part des énergies renouvelables dans la fabrication d’électricité comme le décrit cet article paru dans "Renewable Energy World Magazine". Ces mesures ont signifié la fin des coupures de courant à Cuba.

Malgré ces efforts, les économies se sont révélées insuffisantes, et en 2005 les coupures de courant étaient encore fréquentes. De plus, le réseau de distribution était très ancien et très inefficace. Le gouvernement cubain a compris qu’un des meilleurs moyens pour garantir une meilleure distribution de l’énergie était de décentraliser les centres de production. Cette organisation est moins vulnérable devant les catastrophes naturelles ou les incursions militaires qui pourraient toucher des zones entières de l’île. Elle permet aussi une diversification des sources d’énergie. Ce qui en retour facilite une éventuelle transition vers d’autres sources, produites localement et de manière durable.

Production décentralisée

En 2006, Cuba a installé à travers le pays 1.854 micro-centrales électriques à diesel, qui représentent plus de 3.000 MW d’énergie décentralisée dans 110 municipalités. Cette mesure a virtuellement éliminé les coupures de courant qui pourrissaient la vie quotidienne des Cubains jusqu’en 2004. En fait, dans les années 2004 et 2005, il a eu plus de 400 jours de coupures supérieures à 100 MW qui ont duré au moins une heure. En 2006, il y en a eu 3, en 2007 aucune. Ce taux est meilleur que celui de la plupart des pays industrialisés.
En plus de ces centrales, 4.000 unités de secours ont été installées dans les zones stratégiques telles que les hôpitaux, les zones de cultures, les écoles et autres sites clés pour l’économie cubaine. Ceci représente 500 MW de secours.
De plus, Cuba a entrepris la rénovation de son réseau de distribution. 120.000 postes ont été modernisés, plus d’un million de distributeurs, prés de 3.000 km de câblages, et 500.000 compteurs électriques.
Le résultat global a été qu’en 2005, le pays consommait 280 grammes de pétrole pour produire 1 kWh d’électricité. En 2007, le chiffre est tombé à 271 grammes. Cela peut paraître peu, mais représente des milliers de tonnes de pétrole. En 2006-2007, Cuba a économisé plus de 961.000 tonnes de pétrole grâce aux économies d’énergie.

180 micro-stations hydrauliques, 8.000 fermes photovoltaïques…

Le recours aux énergies renouvelables est une priorité depuis le début des années 90 et l’effort a redoublé ces deux dernières années. Actuellement, 100 stations éoliennes sont en cours d’installation dans 11 provinces et deux nouvelles fermes éoliennes ont été construites, ce qui représente une production de 7,23 MW pour tout le pays. Par ailleurs, la première centrale électrique solaire reliée au réseau est en cours de construction.
De plus, 180 micro-stations hydrauliques, qui produisent de l’énergie à partir des courants marins et des rivières, sont installées dans tout le pays, dont 31 sont connectés au réseau. Le nombre de stations solaires autonomes dans les zones rurales s’élève à plus de 8.000, et il existe un plan pour utiliser les panneaux solaires et autres technologies renouvelables pour fournir de l’électricité aux 100.000 foyers qui ne sont pas encore alimentés. Cette année, 300 stations de biogaz, qui recyclent les déchets animaliers pour fabriquer du combustible de cuisine, seront construites.

Création d’une "ARER cubaine" en 2007

Le sucre, principale exportation agricole du pays, sert aussi à produire de l’électricité. Dans les centrales sucrières du pays, la bagasse, qui est le résidu obtenu après le traitement du sucre, est brûlée et transformée en énergie pour alimenter la centrale et le réseau. Ces centrales de biomasses sucrières ont une capacité de production de 478,5 MW.
Cuba accompli aussi des progrès dans le domaine des biocarburants tels que l’éthanol. Alors que ce dernier est généralement fabriqué à partir de plantes alimentaires, comme le maïs, la position officielle envers les biocarburants est que « Cuba ne défend pas l’idée de convertir de la nourriture en carburant, alors que plus de 800 millions de personnes souffrent de faim ». Néanmoins, il existe quelques projets pilotes dans ce domaine. Le meilleur exemple est la culture du Jatropha Carcus qui produit une huile non comestible, et n’entre donc pas en concurrence avec la production alimentaire.
En 2007, un Groupe National fut crée avec pour objectif de soutenir et de promouvoir le développement accéléré des énergies renouvelables et des économies d’énergie. Les 14 commissions du groupe, qui couvrent tous types d’énergies renouvelables, ont été chargées par le gouvernement d’étudier les moyens pour améliorer l’implantation des énergies renouvelables dans le pays.

Partage de technologies

L’île a exporté sa Révolution Energétique vers d’autres pays, dans le cadre des l’ALBA (Alternative Bolivarienne pour les Amériques), un alliance alternative à la ZLEA (Zone de Libre-échange des Amériques). L’ALBA se concentre sur la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Par exemple, après que Cuba ait travaillé avec le Venezuela sur une campagne d’économies d’énergie, le Venezuela a annoncé une économie de 2.000 MW. Des scientifiques et techniciens cubains ont aussi fourni et installé plus de 1 MW de panneaux solaires au Venezuela, en Bolivie, au Honduras, à l’Afrique du Sud, au Mali et au Lesotho.
« Il faut une révolution énergétique globale », dit Mario Alberto Arrastia Avila, un expert en énergie chez Cubaenergia, un centre d’information sur l’énergie à Cuba. « Mais pour y parvenir, il faut aussi une révolution des consciences. Cuba s’est engagé dans sa propre voie vers un nouveau paradigme, en mettant en œuvre des concepts tels que la génération distribuée, le rendement, l’éducation, la solidarité énergétique, et la solarisation progressive du pays ».
Le reste du monde devrait suivre l’exemple de Cuba, car une véritable révolution énergétique nous permettrait d’affronter les graves problèmes écologiques qui nous menacent.


Les travailleurs sociaux cubains participent à la révolution énergétique.

Pour mettre en oeuvre leur plan ambitieux d’économies d’énergie, Cuba a fait appel à une petite armée de travailleurs sociaux. Formés en 2000, les travailleurs sociaux sont des jeunes qui sont chargés de contribuer à la justice sociale dans l’île dans différents domaines, comme le travail, l’éducation, la culture, les sports et l’environnement. En plus d’assister les personnes handicapées, les personnes âgées et les détenues, leur dernier travail a été de participer à la Révolution Energétique.
Depuis 2006, 13.000 travailleurs sociaux ont visité les maisons, les bureaux et les usines à travers le pays pour remplacer les ampoules, en apprenant aux gens comment utiliser leurs nouveaux appareils ménagers et pour diffuser de l’information sur les économies d’énergie. Les travailleurs sociaux ont aussi travaillé pour le Ministère de l’Agriculture pour aider à économiser de l’énergie lors des récoltes de sucre, et ils ont aussi travaillé à la réorganisation des transports en commun.
Les travailleurs sociaux fréquentent une école où on leur dispense des cours de politique, de communication sociale, de développement durable, avec l’objectif d’insuffler les valeurs et les convictions qui caractérisent un travailleur social. On leur apprend aussi à remplacer les ampoules et on leur explique la nécessité des économies d’énergie.
Dans le cadre de l’ALBA, les travailleurs sociaux se rendent dans d’autres pays pour aider à mettre en place des programmes d’économies d’énergie – comme en Haïti où ils ont visité 93.000 foyers et installé plus de 2 millions d’ampoules à faible consommation. Similaire au programme médical cubain, où plus de 20.000 médecins travaillent à l’étranger pour aider dans les crises sanitaires, les travailleurs sociaux voyagent à travers le monde pour aider dans les crises énergétiques. Fidel Castro, qui avait fondé ce programme, appelle les travailleurs sociaux les « médecins de l’âme ».


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