Monde

Le sauvetage des banques financé par une taxe sur l’épargne

Chypre : un dangereux précédent

Témoignages.re / 19 mars 2013

Pour obtenir le versement d’un prêt de 10 milliards d’euros, le gouvernement de Chypre a accepté de faire payer les épargnants. Une taxe doit s’appliquer sur les dépôts. La loi devait être votée hier, le débat est repoussé à aujourd’hui au Parlement à cause des protestations. Les sommes destinées à financer cette taxe ont déjà été gelées sur les comptes des épargnants. Le gouvernement de Chypre inaugure-t-il un dangereux précédent qui pourrait inspirer d’autres pouvoirs en manque de liquidités ?

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L’Union européenne (UE) instaure un impôt sur le patrimoine… des Chypriotes modestes. Tous les comptes en banque des résidents à Chypre devraient être taxés. À 6,75% pour les dépôts inférieurs à 100.000 euros. À 9,9% au-delà. Ces mesures, si elles sont validées lundi 18 mars par le Parlement, pourraient être la conséquence de l’accord trouvé dans la nuit de vendredi à samedi entre les ministres de l’Économie de la zone euro (Eurogroupe), en coordination avec le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne.

Elles sont la contrepartie exigée par les Européens pour que Chypre obtienne 10 milliards d’euros de prêt. Bien moins que les 17 milliards d’euros attendus par Nicosie. Ce prélèvement sur les comptes bancaires devrait rapporter 5,8 milliards d’euros : autant de moins à verser pour les fonds de secours européens.

Par ailleurs, un prélèvement à la source sur les intérêts sera réalisé. Selon le ministre des Finances, Michalis Sarris, les taxes sur le capital et les intérêts des dépôts seraient compensées par la distribution d’actions… Alors que le système bancaire chypriote, vérolé, doit être restructuré.

Car, c’est de ce dernier que vient le problème. Ses avoirs pèsent huit fois le PIB de Chypre. Les banques de l’île possédaient nombre de titres de dette grecque. Or une partie de cette dette a été annulée. Nicosie est victime de cet effacement. La dépréciation des bons du Trésor hellène représente 4,5 milliards d’euros pour les banques chypriotes, aujourd’hui en crise et qui se retournent maintenant vers l’État. S’il laisse une banque faire faillite, celui-ci aura à garantir les dépôts à hauteur de 100.000 euros pour respecter les directives européennes. Cela pousserait le pays à une quasi-faillite. 

« J’ai travaillé des années pour mettre cet argent de côté et maintenant, je le perds parce que les Néerlandais et les Allemands en ont décidé ainsi. Cela ne touche pas les Russes », se plaignait Andy Georgiou, samedi. 37% des sommes déposées à Chypre le sont par des non-résidents, notamment russes.

« C’est du vol ! » confiait à l’AFP, Kyriakos, un trentenaire, samedi, qui, comme des dizaines d’autres Chypriotes, retirait de l’argent de son compte. Le Parlement doit voter l’accord avant l’ouverture des banques, mardi. Sinon, leurs coffres vont se vider.

(Source "l’Humanité")

Solution inédite, quelles répercussions ?

« La décision de faire appel, non aux créanciers et actionnaires, mais aux déposants des banques chypriotes pour sauver l’île en faillite, crée un précédent. La solution, inédite, pourrait, estime CM-CIC Securities « encourager les déposants des autres pays en difficulté à faire de même, par mesure de précaution ». Le courtier désigne la cible la plus évidente : « Les regards risquent de se tourner particulièrement vers l’Espagne où le système bancaire est encore loin d’être sorti d’affaire ». 
CM-CIC Securities, instruit de l’exemple du sauvetage de la Grèce, estime que les Européens ont joué avec le feu, « en adoptant une solution inédite dont ils ne maîtrisent absolument pas les répercussions potentielles ». Le courtier ne croit pas une seconde que Chypre sera l’exception : « Les Européens veulent considérer cette solution unique et réservée à Chypre, mais le discours était le même pour la Grèce avec les conséquences que nous connaissons » ».

(Source Le Revenu) 

 
L’Espagne emprunte à 5%

Les effets de la taxe sur l’épargne à Chypre se font sentir sur les pays les plus vulnérables de la zone euro. Ils ont vu leur taux d’intérêt grimper.

Les taux d’emprunt des pays fragiles en zone euro se sont tendus lundi sur le marché obligataire, celui de l’Espagne repassant brièvement au-dessus de 5%, pénalisés par la décision de l’Europe de taxer les dépôts bancaires dans le cadre du sauvetage de Chypre.
A 18h00 (17h00 GMT), le taux à 10 ans de l’Espagne grimpait à 4,962% (contre 4,920% vendredi à la clôture) sur le marché secondaire, où s’échange la dette déjà émise, selon les données de Bloomberg. Il a brièvement dépassé le seuil des 5% en séance, pour la première fois depuis le 7 mars.

Le taux à 10 ans du Portugal montait à 6,044% (contre 5,956%), tout comme celui de la Grèce à 11,272% (contre 10,816%).


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