Monde

Les deux puissances mondiales gardent le cap

Chine et États-Unis

Céline Tabou / 9 novembre 2012

Hasard du calendrier, les États-Unis et la Chine élisent leur gouvernement. Le 7 novembre, Barack Obama a été réélu à la tête de la 1ère puissance économique mondiale et la Chine décide aujourd’hui de mettre en place Xi Jinping à sa tête.

Les deux premières puissances économiques mondiales sont rivales et alliées, mais elles devront à l’avenir apaiser leurs tensions, car interdépendantes l’une de l’autre. D’autant que la crise économique et financière internationale pèse sur les deux économies, dont la première, les États-Unis, déprime, et la seconde, la Chine, doit maintenir une croissance à 7% pour éviter toute révolte sociale.

USA et Chine : des défis majeurs

«  Le meilleur est à venir  », a affirmé le président réélu Barack Obama dans son discours de victoire. Ce dernier a présenté les objectifs législatifs de son deuxième mandat comme la réforme du code des impôts, la lutte contre le réchauffement climatique et la réforme les lois sur l’immigration. Autre défi, le « mur budgétaire » , qui l’opposera aux Républicains du Congrès, car sans accord d’ici au 31 décembre, des coupes budgétaires et des hausses d’impôt totalisant 600 milliards de dollars vont entrer automatiquement en vigueur. L’objectif sera de réduire le déficit public remettant en cause la reprise de l’économie américaine, ont expliqué certains économistes. Face à ces difficultés, Barack Obama a affirmé : «  Je crois que nous pouvons affronter l’avenir parce que nous ne sommes pas aussi divisés que nos querelles politiques le laissent imaginer. (...) Nous sommes et nous serons toujours les États-Unis d’Amérique » .

Le Président Hu Jintao a mis en avant, dans son discours d’ouverture du 18ème congrès du Parti communiste chinois, un nouveau modèle de développement économique centré sur le soutien à la consommation intérieure, un système monétaire revu avec de nouvelles mesures sur les taux d’intérêt et le taux de change du yuan afin qu’ils soient davantage fondés sur les marchés et promouvoir la convertibilité du yuan. Cette mise au point des objectifs économiques intervient au moment où la croissance chinoise ralentit depuis près de deux ans et devrait s’afficher à 7,7% sur l’ensemble de cette année, son plus bas niveau depuis 1999.

Parmi les sujets de tensions, la corruption endémique qui ravage la société chinoise est devenue depuis une dizaine d’années le cheval de bataille de Hu Jitao. Au moment du changement de gouvernance, «  La corruption peut provoquer l’effondrement du Parti et de l’État », et «  si nous échouons à traiter cette question correctement, elle pourra s’avérer fatale  », a lancé Hu Jintao.

D’après Fabienne Clérot, spécialiste de la Chine à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), Xi Jinping, possible prédécesseur de Hu Jintao, « va appliquer la ligne du parti ». «  Il y aura un changement d’image. Mais ce sera un changement dans la continuité », a-t-elle indiqué.

Le duel des puissances

Deux systèmes et puissances différentes, mais les deux pays, les États-Unis et la Chine, concentrant à eux deux près du quart de la population mondiale et près du tiers du PIB mondial, vont s’entendre à l’avenir. Les rivalités économiques et militaires devront tempérer au profit d’une diplomatie « douce » (concept de soft power), car les deux parties sont interdépendantes économiquement, mais également politiquement. La présence de l’un aura marqué l’omniprésence de l’autre dans toutes les décisions politiques, qu’elles soient internes ou internationales.

Au cours de la campagne présidentielle américaine, la Chine est restée le bouc-émissaire de tous les maux dont souffre l’Amérique, notamment sur les plans économiques et sociaux. En réponse aux nombreuses critiques formulées lors de cette campagne, Pékin a demandé aux « responsables politiques américains, quel que soit leur parti », qu’ils considèrent « le développement de la Chine de façon objective et rationnelle et d’agir davantage en faveur d’une confiance réciproque sino-américaine ».

Consciente de sa place sur la scène internationale, la Chine n’hésite plus à réagir, notamment à travers «  un engagement accru et justifié par sa puissance » et, « à l’occasion, une ingérence de plus en plus marquée » , a expliqué Barthélémy Courmont, rédacteur en chef de “Monde chinois, nouvelle Asie”. Ces deux élections ne modifieront donc pas la politique interne et externe des deux pays qui, malgré une interdépendance croissante, ont deux visions qui s’opposent.

Deux modèles, deux visions

D’un côté, une République populaire de Chine prônant un socialisme à la chinoise, centré au cours des dix prochaines années sur la consommation intérieure et plusieurs défis tels que la démographie et la corruption. De l’autre, les États-Unis, un pays au bord du gouffre financier, mais disposant d’assez de liquidités pour pouvoir continuer à lancer des plans de redressement dans tout le pays. La «  troisième guerre mondiale  », citée par les observateurs occidentaux, ne devrait pas s’entamer. Car l’un, les Etats-Unis, traverse un moment de déprime économique et restera une superpuissance inégalée, et l’autre, la Chine, est dopée par un miracle économique sans équivalent dans l’histoire par son ampleur et sa rapidité, le pays souhaite retrouver son statut de puissance régionale incontestée.

Les deux pays ont à cœur d’apaiser leurs relations, notamment en matière d’économie et de monnaie, mais aussi d’espace et de frictions militaires (Taïwan, Corée). «  Dans une nouvelle époque historique, je souhaite que nos relations bilatérales fondées sur une coopération constructive franchissent un nouveau stade » , a déclaré le Président Hu Jintao à l’annonce de la réélection de Barack Obama. Le président chinois a rappelé les quatre années du premier mandat du Président Obama et ajouté que «  grâce aux efforts communs des deux parties, les relations Chine-USA ont enregistré des progrès positifs » . Cette déclaration positive doit rassurer Barack Obama qui doit désormais composer avec un allié plus présent tant sur le continent américain, africain qu’européen.

Céline Tabou


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