Monde

Les dirigeants européens en flagrant délit de déni de démocratie

Qui a peur de se soumettre au verdict du peuple grec souverain ?

Céline Tabou / 3 novembre 2011

Après l’annonce du référendum par le Premier ministre Georges Papandréou, lundi 31 octobre, les membres de la zone euro font pression mercredi sur le Premier ministre, pour qu’il soumette le plan de sauvetage de son pays au vote du Parlement grec avant le référendum controversé.

« On veut s’assurer que les engagements sont tenus par la Grèce, afin de débloquer la prochaine tranche des prêts internationaux déjà promis à Athènes », a affirmé une source gouvernementale européenne à l’Agence France Presse. La Grèce a besoin de ces fonds de l’UE et du Fonds monétaire international (FMI) pour échapper à la faillite dans les prochaines semaines.
Le dossier Grec est au centre de toutes les discussions, que ce soit à Bruxelles qu’à Cannes, lors du prochain Sommet du G20. En effet, MF Global Holdings, détenteur de 6,3 milliards d’acteurs de la dette souveraine européenne vient de faire faillite, il s’agit de la première société financière à avoir été affaiblie par la crise de la dette.

Le couple « Merkozy » fait pression

Le président français Nicolas Sarkozy, la chancelière allemande Angela Merkel, les principaux dirigeants européens et la patronne du FMI Christine Lagarde se sont entretenus avec Georges Papandréou, convoqué à Cannes, pour le G20.
« Cette annonce est lourde de conséquences et accentue encore la cacophonie et l’incertitude qui règnent depuis plusieurs mois. Surtout, cette annonce intervient à un moment où l’Europe a besoin d’unité et de crédibilité », a estimé Philippe Cohen, gérant chez Barclays Bourse au journal “Les Echos”. Ce dernier a ajouté que cette annonce « est purement politique, (...) mais les conséquences pourraient bien être économiques (risques d’accélération de la contagion de la crise grecque aux autres pays de la zone euro) ».
De son côté, le chef de l’État français a rappelé que le plan adopté, « à l’unanimité » est « la seule voie possible pour résoudre les problèmes de la dette grecque ». Nicolas Sarkozy a reconnu que « donner la parole au peuple est toujours légitime », tout en insistant sur le fait que « la solidarité ne saurait s’exercer sans que chacun consente aux efforts nécessaires ».

Le peuple aura donc le dernier mot

À l’instar des Islandais, les Grecques auront la possibilité d’être acteur de la vie politique et économique de leur pays. Le premier ministre grec a affirmé la tenue du référendum et souhaité que ses homologues du G20 « privilégient la démocratie par rapport aux appétits financiers ». Ils affirment en outre que ses pairs européens « ont été avisés » de ses plans et « respecteront et soutiendront » les efforts du pays.
Georges Papandréou assure que « le référendum sera un mandat clair et un message clair en Grèce et à l’extérieur concernant notre avenir européen et notre participation à l’euro ». Et d’affirmer que « personne ne pourra douter que l’avenir de la Grèce se trouve dans l’euro ».

Céline Tabou 

Les Chinois prudents avec la dette européenne

La Chine a appelé les Européens à garder le cap du plan de sauvetage. « Nous espérons que les Européens pourront honnêtement mettre en œuvre ce plan pour résoudre la crise », a déclaré mercredi 2 novembre, Hong Lei, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Hong Lei a ajouté que « la Chine soutient les efforts de l’Union européenne, de la zone euro et du Fonds monétaire international contre la crise de la dette et continuera à être un investisseur important sur le marché européen ».

De son côté, le gouverneur de la Banque centrale de Taïwan a qualifié le référendum de « bombe lancée sur les marchés ». Perng Fai-nan a ajouté à la radio BCC de Taipei que les « marchés financiers instables pourraient avoir un effet sur l’économie réelle. Nous espérons que l’Europe retrouvera sa stabilité. Si l’Europe est stable et si l’euro continue d’exister, cela profitera à tout le système financier mondial ».

MF Global dans la suite de Lehman-Brothers

La faillite du courtier américain, MF Global Holdings est, selon les médias américains, due à des erreurs de gestions. La société aurait selon l’autorité de tutelle omis de distinguer les comptes de la clientèle de ses propres comptes. Détenteur de plus de 6 milliards d’actifs de la dette européenne, la faillite de MF Global aura des répercussions sur les prochaines politiques financières de l’Union européenne. L’inquiétude règne sur les marchés avec les craintes sur le dossier grec et le risque de contagion, notamment en Italie.

Contrairement aux précédentes annonces, la faillite de MF Global a eu moins d’effet que l’annonce du référendum du gouvernement socialiste Georges Papandréou sur le plan d’effacement de la dette américaine décidé à Bruxelles. Selon certains traders interrogés par l’Agence France Presse à New York, l’inquiétude persiste sur « le fait de voir que trois ans après la faillite de Lehman, il reste des zones d’ombre dans le système financier fait un peu peur ». L’absence de réforme du système financier international a eu pour conséquence l’effondrement de la banque franco-belge, Dexia, et aujourd’hui MF Global. « C’est une énième démonstration qu’on ne sait pas où est le risque, on ne sait pas quel est le maillon faible. La crainte d’un effet domino commence à circuler sur les marchés », a indiqué le trader à l’AFP.


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