Monde

Les États-Unis, principaux responsables d’un génocide planifié dans la bande de Gaza

Tribune libre

André Oraison / 13 août 2014

Voici une nouvelle « Libre opinion » du Professeur Oraison sur un sujet d’actualité.

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Le Professeur André Oraison.

On évoque de plus en plus souvent l’implication militaire des Nations unies dans le conflit israélo-palestinien. Certes, l’envoi de « gendarmes internationaux » dans la bande de Gaza est juridiquement possible pour faire cesser le massacre de ses habitants et la destruction de leurs maisons, en dépit même d’un probable veto des États-Unis au Conseil de sécurité de l’ONU. Il faut en effet savoir que si le Conseil de sécurité est paralysé par le veto de l’un des cinq membres permanents - Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie - qui s’oppose à l’envoi d’une « armée onusienne » contre un État déclaré agresseur, la situation n’est pas pour autant figée.

Si le Conseil de sécurité a « la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales » en vertu de l’article 24 de la Charte de San Francisco, il n’en a pas la responsabilité exclusive. Lorsqu’il est paralysé par le veto d’un membre permanent, l’Assemblée générale a, dans ce domaine, une responsabilité subsidiaire sur la base de l’article 12 de la Charte. Mais contrairement au Conseil de sécurité qui dispose d’un pouvoir décisionnel, l’Assemblée générale ne peut alors agir que par voie de recommandation. Encore faut-il que sa recommandation relative au maintien de la paix et de la sécurité internationales soit adoptée à la majorité qualifiée « des deux tiers des membres présents en votant » conformément à l’article 18 de la Charte. Une telle recommandation pourrait en effet permettre l’envoi non d’une « armée » des Nations unies mais d’une « force de police » - les fameux « casques bleus » - aux frontières d’Israël et de la Palestine afin de faire cesser les hostilités entre Israéliens et Gazaouis. Cette force de police serait alors constituée par des contingents militaires mis à la disposition de l’ONU par les États membres sur la base du volontariat.

Le rôle des grandes puissances

Cependant, il ne faut pas croire au matin des magiciens. Dans le contexte actuel, aucun pays africain, asiatique ou européen ne paraît suffisamment soucieux d’envoyer des troupes importantes au Proche-Orient afin de contribuer au rétablissement de la paix. Il ne convient pas pour autant de baisser les bras. Protester contre l’État d’Israël est sans doute nécessaire. Mais à notre humble avis, ce n’est pas suffisant. Dans la crise politique, religieuse et sociale qui perdure au Proche-Orient depuis la naissance de cet État en 1948, il faut également pointer du doigt les grandes Puissances occidentales qui mettent tout en œuvre pour garantir l’impunité d’Israël.

Concrètement, il faut nommer trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité : la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Mais si les deux premiers - « les ailerons du requin américain » - se contentent le plus souvent d’apporter une aide morale aux dirigeants israéliens, il en va autrement des États-Unis qui arment et financent ouvertement, massivement et en permanence l’État d’Israël depuis sa création, malgré les violations flagrantes et répétées du droit international par les gouvernements hébreux successifs au détriment de la communauté palestinienne.

Situation catastrophique

Les États-Unis doivent être considérés comme les principaux responsables de la situation catastrophique au plan sanitaire et social qui prévaut dans la bande de Gaza, un « mouchoir de poche » de 360 kilomètres carrés de superficie aujourd’hui érigé en camp de concentration pour près de deux millions de personnes à la suite d’un blocus terrestre, aérien et maritime de plus en plus implacable imposé par le Gouvernement de Benjamin Netanyahu. Dans ce contexte, les tirs de roquettes et de mortiers par les combattants palestiniens en direction du territoire israélien doivent être interprétés comme un appel au secours d’une population qui ne veut pas mourir, à l’instar des prisonniers du ghetto de Varsovie en 1943.

Ne nous trompons pas de cibles. C’est bien contre les États-Unis qu’il convient de mobiliser l’opinion publique internationale. Des sanctions à la fois économiques, financières, juridiques et politiques devraient même être envisagées contre le Gouvernement de Washington et son Président Barack Obama - un prix Nobel de la paix indifférent à l’égard du drame israélo-palestinien - afin d’inciter les autorités américaines à respecter l’esprit et les principes de la Charte des Nations unies en Palestine.

Droit inaliénable du peuple palestinien

Une forte et pérenne mobilisation de l’opinion publique internationale pourrait contraindre les États-Unis à exercer des pressions décisives (ils en ont les moyens financiers, juridiques, militaires et politiques) afin que leurs protégés - les responsables ou irresponsables de Jérusalem - lèvent dans un premier temps le blocus mortel de la bande de Gaza, réalisent ensuite qu’ils ne sont pas seuls au Proche-Orient et reconnaissent enfin aux Palestiniens de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie et de la bande de Gaza le droit de vivre dignement - aux côtés de l’État d’Israël dont l’existence ne saurait être contestée - dans un État arabe palestinien, souverain et démocratique avec Jérusalem-Est pour capitale et dans ses frontières internationales de 1967 officiellement reconnues par les Nations unies.

En dernière analyse, il n’est pas nécessaire d’être un bon croyant, ni a fortiori, un bon musulman pour défendre une juste cause, le droit international, les principes les plus élémentaires établis dans la Charte de San Francisco et tout particulièrement, dans le cas présent, le droit inaliénable et imprescriptible à l’autodétermination et à l’indépendance du peuple de la Palestine.

André Oraison, Professeur de droit international public


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