Monde

Les monnaies au cœur des débats

Préparation du G20

Témoignages.re / 23 octobre 2010

Depuis hier, les ministres des Finances des États membres du G20 sont réunis à Séoul en Corée du Sud pour préparer le prochain sommet de ces 20 pays qui se tiendra le mois prochain en Corée. Cette rencontre est appréciée de diverses manières selon les continents. Voici un regard croisé sur cet événement avec "le Quotidien du peuple" et une dépêche parue dans "le Nouvel Observateur".

Selon "le Quotidien du peuple" en Chine

Moment d’apaisement dans la guerre monétaire

"Le Quotidien du Peuple constate que les prochaines élections législatives aux États-Unis influencent les prises de position du gouvernement US à l’égard de son premier partenaire commercial. À un mois du G20, le gouvernement américain fait une pause dans ses demandes de réévaluation de la monnaie chinoise.

« Avec les élections de mi-mandat en ligne de mire, et une réunion des membres du G20 prévue pour le mois prochain, le gouvernement américain a fait une pause dans ses appels à une réévaluation immédiate de la monnaie chinoise, le Yuan ou Renminbi.
Le Secrétaire américain au Trésor Timothy Geithner a reporté la publication de son rapport semestriel sur les politiques internationales et monétaires internationales au Congrès, qui aurait pu ouvrir la voie au vote d’un texte législatif pouvant qualifier la Chine de manipulatrice de monnaie.
D’après les analystes, qualifier la Chine de manipulatrice de monnaie n’a pas de base légale, et ce sursis permet à Washington de participer au G-20 sans porter atteinte à ses chances de conclure quelques bonnes affaires commerciales là-bas.
Le G-20 est un groupe rassemblant les vingt plus grandes économies du monde. La Chine, qui fait partie de ce groupe, est le partenaire commercial N°1 des États-Unis.

Pas de manipulation

Le Trésor américain a décidé de reporter la publication du rapport jusqu’à la rencontre des leaders du G-20 les 11-12 novembre prochain à Séoul en Corée du Sud. Dans un communiqué publié le 15 octobre dernier, il a dit que M. Geithner “reconnaissait les actions entreprises par la Chine depuis le début du mois de septembre pour accélérer le rythme de la réévaluation de sa monnaie, tout en remarquant qu’il était important de poursuivre ce mouvement”.
“Je trouve très difficile de pouvoir arriver à la conclusion que la Chine est une manipulatrice de monnaie”, a dit Robert Howse, expert en droit commercial international et professeur de droit international à l’Université de New York.
S’exprimant la semaine dernière face à des journalistes à l’Université de New York, il a dit, “nous ne disposons-là d’aucun critère objectif et légalement reconnu, d’aucun critère internationalement reconnu pouvant constituer une manipulation”.
L’administration américaine, de son côté, dit que la Chine indexe le Yuan au Dollar US à un taux artificiellement bas, ce qui a pour conséquence que les États-Unis peuvent acheter des produits chinois à un prix plus bas, mais que les exportations de leurs propres produits sont relativement plus onéreuses.
Avec les élections de mi-mandat à l’horizon et un taux de chômage qui s’établit à près de 10%, les législateurs américains veulent que l’administration du Président Obama adopte une ligne dure à l’égard de la Chine, y compris des pénalités pour ce qu’ils estiment être une sous-évaluation du Yuan.
D’après les analystes, ils veulent voir un Yuan plus fort et un Dollar relativement faible, ce qui bénéficierait aux industriels américains et aux exportations américaines.
En fait, le Yuan chinois a pu être réévalué de 3% par rapport au Dollar depuis le mois de juin dernier, et encore de 1% par mois depuis septembre. Ainsi que le Trésor américain l’a dit, “si cela durait dans le temps, cela permettrait de corriger ce que le Fonds Monétaire International a conclu comme étant une monnaie significativement sous-évaluée”.
Mais le Professeur Howse, qui a parlé à Xinhua la veille du jour où le Trésor a décidé de reporter la publication du rapport, a fait remarquer qu’une monnaie sous-évaluée ne veut pas nécessairement dire “manipulation”.
Il a dit que tant l’Accord Général sur le Commerce et les Droits (plus connu sous le nom de GATT), qui sert de base au commerce multilatéral, que le Fonds Monétaire International, n’autorise pas la manipulation de monnaie pour obtenir un avantage concurrentiel dans le commerce. “Mais ni l’un ni l’autre ne donnent une définition de la manipulation de monnaie”, a-t-il dit.

Des tentatives de conciliation

“Je pense aussi qu’il y a des raisons légitimes qui n’ont pas nécessairement grand chose à voir avec le commerce, mais plutôt avec la stabilité des marchés financiers en Chine, et sa stratégie générale sur la façon de développer ses marchés financiers d’une manière qui ne pose pas de risques graves ou systémiques à la Chine pour contrôler sa monnaie comme elle le fait”, a dit le Professeur Howse.
“Dire tout simplement que nous allons maintenant laisser les cambistes et leurs jugements déterminer les destinées de notre système financier est un pas qu’il ne faut peut-être pas franchir”, a-t-il ajouté.
“Je pense que l’administration (américaine) est en train de jouer un jeu très compliqué”, a dit le Professeur Howse.
“D’un côté, ils savent qu’ils doivent calmer, d’une certaine manière, les gens du Congrès qui disent qu’il y a un gros problème. Et d’un autre côté, les experts du Trésor savent parfaitement bien que les Chinois ont des raisons, qui ne sont pas liées au commerce, qui font qu’ils ne veulent pas simplement laisser flotter le Renminbi”, a dit l’expert.
Le prochain sommet du G-20 devrait probablement fournir une manière d’éclairer ces problèmes. Ainsi que le communiqué du Trésor l’a dit, « le Trésor reportera la publication du rapport sur les politiques internationales et monétaires internationales afin de profiter de l’occasion fournie par ces importantes rencontres ».
Car après tout, il n’est de l’intérêt d’aucun des deux pays que les relations sino-américaines tournent à l’aigre avant un important sommet commercial, ont dit les experts ».


Selon le "Nouvel observateur" en France

Comment ralentir la croissance des pays émergents ?

Pour "le Nouvel Observateur", les discussions continuent à porter sur les demandes des Occidentaux appelant à la réévaluation des monnaies des pays émergents. Autre question à l’ordre du jour : limiter les excédents commerciaux. Les grands pays exportateurs comme la Chine ou l’Inde sont directement visés.

« Les ministres des Finances du Groupe des Vingt (G20) comptent élaborer ce week-end un plan d’action pour résorber les déséquilibres mondiaux, a déclaré le ministre canadien Jim Flaherty vendredi.
Les pays du G20 sont en phase quant à la direction que doivent prendre les changements qui s’imposent dans le domaine des changes, a encore dit le ministre canadien.
Jim Flaherty a par ailleurs apporté son soutien à une proposition soumise par le secrétaire au Trésor américain Timothy Geithner suivant laquelle les pays du G20 doivent réduire les déséquilibres de leurs comptes courants en deçà d’un pourcentage particulier du PIB.
"Les pays émergents du G20 dont la monnaie est sensiblement sous-évaluée et disposant de réserves adéquates doivent laisser le taux de change s’ajuster totalement dans le temps, à des niveaux cohérents avec les fondamentaux économiques", explique Timothy Geithner, dans une lettre dont Reuters a pris connaissance.
Les responsables des Finances du G20 ont entamé vendredi deux jours de réunion, avant que le sommet plénier du G20 proprement dit ne se tienne les 11 et 12 novembre à Séoul.
Les pays en développement et le Japon ne sont pas d’accord avec la proposition des États-Unis d’établir un seuil de 4% du PIB pour les excédents et déficits des comptes courants, proposition qui semble viser directement les excédents commerciaux chinois.

Une chance sur deux d’aboutir à un texte

La Chine, la Russie, l’Allemagne et l’Arabie saoudite ont toutes des excédents commerciaux qui dépassent ce seuil théorique, tandis que les États-Unis ont un déficit de l’ordre de 3% du PIB.
"La lettre du secrétaire Geithner est pertinente ; elle donne une direction possible, qui a été évoquée par les participants sur place et aussi auparavant", estime le ministre canadien.
Jim Flaherty a également dit que la Chine avait fait part, lors de rencontres bilatérales, de sa volonté de progresser vers une plus grande souplesse des taux de change.
"Personne ne veut d’une confrontation et personne ne veut s’en aller sans s’être mis d’accord sur un plan d’action", a-t-il affirmé.
Selon un responsable du G20 participant aux négociations, la probabilité qu’elles débouchent sur un accord fixant un objectif quantifié pour les excédents et déficits des comptes courants est de 50%.
"D’après ce que je crois comprendre, ceux opposés à cette idée disent que les chances sont faibles mais pour autant que je sache, les discussions sont abordées avec grand sérieux et je peux dire que c’est 50/50", a déclaré ce responsable.
Pour le ministre des Finances japonais Yoshihiko Noda, la cause est entendue toutefois. "Nous devons en parler, mais des objectifs chiffrés, c’est irréaliste", a-t-il dit.
D’autres responsables sont franchement pessimistes : au mieux, disent-ils, la réunion accouchera d’un communiqué recommandant d’éviter tout recours aux dévaluations compétitives.
"La mention qui dit d’éviter tout recours à une dévaluation compétitive, en tant qu’objectif pour les grandes puissances économiques, n’est pas nouvelle : elle est apparue dans une précédente réunion du G20 en Grande-Bretagne. Elle apparaîtra sans doute à nouveau dans le communiqué cette fois", a dit un négociateur du G20 à Reuters ».


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