Monde

Les Rohingyas massacrés en Birmanie

Affrontements inter-religieux

Céline Tabou / 9 août 2012

Minorité musulmane implantée dans l’ouest de la Birmanie, les Rohingyas sont depuis plusieurs mois au centre d’affrontements communautaires sanglants. Dans un rapport publié le 1er août, l’ONG, Human Rights Watch (HRW) a dénoncé le laisser-faire des autorités et les atrocités subies par les Rohingyas.

La Birmanie compte près de 800.000 Rohingyas, qui ne sont pas reconnus officiellement comme une des ethnies du pays. Ces derniers parlent un dialecte bengali et vivent depuis des siècles dans cette région située à la frontière du Bengladesh. Présents depuis la période de l’Empire britannique des Indes, dont la Birmanie faisait partie jusqu’en 1935, les autorités birmanes les considèrent d’"immigrants illégaux".
Cette ethnie est considérée par l’ONU comme la plus menacée du monde. Les Rohingyas sont dépourvus de tous leurs droits, car depuis 1982, une loi les a rendus apatrides et ils ne sont pas reconnus parmi les 130 ethnies répertoriées en Birmanie. De fait, leurs déplacements sont limités et ils font face à des difficultés pour se marier, pour envoyer leurs enfants à l’école ou à l’université, a expliqué “Le Monde“.

Une montée de la violence

Début juin, une rumeur sur le viol d’une jeune bouddhiste Arakhanaise s’est répandue dans la région. Cette rumeur a conduit à l’attaque par un groupe de villageois bouddhistes d’un bus, qui a fait 10 morts de religion musulmane. Cinq jours après l’attaque du bus le 3 juin, des Rohingyas ont déclenché une émeute contre les bouddhistes dans la ville de Maungdaw. Cet affrontement a entraîné un cycle de violences et de représailles, qui s’est propagé jusqu’à la capitale de l’État, Sittwe, où les forces de l’ordre auraient réussi à ramener le calme.
Selon un bilan fourni par le ministère des Affaires étrangères, 77 personnes sont mortes et 109 ont été blessées durant les violences. Les autorités font également état de 5.000 habitations détruites par le feu. Le ministre des Affaires frontalières, Thein Htay, a indiqué que 858 personnes avaient été arrêtées pour leur participation aux violences, dont cinq membres du Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) et un employé du Programme alimentaire mondial (PAM).
Pour Brad Adams, directeur pour l’Asie de Human Rights Watch, « les forces de sécurité birmanes n’ont pas réussi à protéger les Arakan [Rakhine] et les Rohingya les uns des autres et ont ensuite concentré la répression contre les Rohingya ». D’après le directeur Asie de l’ONG, « le gouvernement affirme qu’il veut mettre fin aux querelles ethniques et aux violences, mais les récents événements dans l’État d’Arakan démontrent que la persécution et la discrimination couvertes par l’État existent encore ».

La complicité du gouvernement

D’après Human Rights Watch, les policiers et paramilitaires Birmans se sont livrés à des exactions contre les musulmans, mais ils n’ont, au mieux, « rien fait pour protéger » la population. Les forces de l’ordre birmanes ont tué, violé et procédé à des arrestations massives de musulmans Rohingya après les affrontements, a affirmé l’organisation Human Rights Watch dans son rapport.
De plus, la répression organisée par les autorités birmanes, après cette semaine d’affrontements violents de juin, a principalement concerné les musulmans Rohingyas. Le rapport, rédigé à partir d’une soixantaine d’entretiens avec des membres des communautés Rakhine et Rohingya, explique qu’en six semaines, « le Myanmar (nom de la Birmanie-NDLR) a non seulement allongé la litanie des violations des droits humains infligées aux Rohingyas, mais a aussi fait volte-face s’agissant de l’incarcération politique », a indiqué, Benjamin Zawacki, chercheur sur le Myanmar à Amnesty International. Ce dernier a indiqué sur le site de l’organisation que depuis le début des « attaques ciblées et les atteintes aux droits humains infligées par les forces de sécurité aux Rohingyas et à d’autres musulmans se multiplient », a déclaré Amnesty International jeudi 19 juillet. D’autant plus que les organisations humanitaires dénoncent l’attitude du gouvernement qui « limite l’accès des organismes humanitaires à la communauté Rohingya », alors que « beaucoup sont toujours déplacés et manquent cruellement d’aide alimentaire, d’un abri et de soins médicaux ».

Silence des Nations Unies

Brad Adams a estimé que « l’amélioration de l’image de la Birmanie depuis le processus en cours de démocratisation et l’autodissolution de la junte militaire en 2011 constituent paradoxalement un obstacle à la mobilisation internationale », car « si les atrocités qui ont eu lieu en Arakhan s’étaient produites avant le processus de réformes entrepris par le gouvernement, la réaction internationale aurait été prompte et vigoureuse ».
Ce dernier accuse le silence de la communauté internationale face aux atrocités subies par les Rohingyas : « Mais la communauté internationale semble aveuglée par un éclairage romantique du grand changement qui serait en train d’advenir en Birmanie et l’on signe de nouveaux accords commerciaux et lève des sanctions alors même que les exactions continuent ».
De son côté, l’envoyé spécial des Nations unies, Tomas Ojea Quintana, a affirmé que ces émeutes représentaient un « défi » pour le gouvernement, lors de sa visite à Arakhan, le 31 juillet. Face aux accusations, le président birman, Thein Sein, a déclaré lors des affrontements que son gouvernement n’était responsable que des Rohingyas de la troisième génération dont les familles sont arrivées avant l’indépendance en 1948 et qu’il ne pouvait pas accepter ceux « entrés illégalement » en Birmanie, a relaté “Le Monde”.
Le haut commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme Navi Pillay a déclaré le 30 juillet, dans un communiqué, « nous avons reçu un flot d’informations de source indépendante faisant état de réactions discriminatoires et arbitraires des forces de sécurité, et même de leur implication dans le déclenchement et le déroulement des affrontements ». Pour l’heure, le haut commissariat a appelé le gouvernement birman à « empêcher et punir les actes de violence », et précisé qu’une enquête indépendante serait lancée sur les violences.


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