Monde

Manuel Valls en Chine : levée les doutes des Chinois

Visite du Premier ministre

Céline Tabou / 3 février 2015

La visite de trois jours du Premier ministre, Manuel Valls, aura été plus symbolique qu’économique. Aucun accord n’a été signé, mais la situation s’est apaisée entre les deux pays, qui ont célébré en 2014, 50 années de coopération sino-française.

La visite de Manuel Valls n’aura pas été très commentée à Pékin. D’abord parce qu’il ne s’agissait pas du président François Hollande, venu en Chine en 2013, ensuite il n’y avait pas de gros contrats à la clé et enfin, parce que les visites de Premier ministre se succèdent depuis 50 ans.
Malgré cela, certains médias chinois ont surtout mis l’accent sur les déclarations du Premier ministre français et sa volonté de changer les rapports bilatéraux, pour un rééquilibrage des échanges économiques et la levée des restrictions qui freinent les investissements chinois en France.

Trop d’incertitudes sur l’économie française

Depuis plusieurs années, les Chinois pestent contre les restrictions françaises et s’inquiètent de l’instabilité économique du pays depuis le début de la crise de la dette souveraine en Europe en 2010. Pékin avait d’ailleurs annoncé à plusieurs reprises son soutien à la France depuis le début de la crise, avec toutefois quelques avertissements sur les conditions d’accueil et les difficultés des sociétés chinoises en France.
D’ailleurs, à la veille de la visite d’Etat de François Hollande en Chine, en 2013, les Chinois mettaient en exergue des échanges commerciaux “tièdes” entre Paris et Pékin. Zhao Jinjun, ancien ambassadeur de Chine en France et président de l’Institut des hautes études diplomatiques, avait expliqué dans une tribune du Quotidien du Peuple que malgré l’augmentation du volume des échanges, il y a « un problème évident de déséquilibre entre les puissances économiques globales des deux pays ».
Un déséquilibre également évoqué par Manuel Valls : « Le rééquilibrage par le haut des échanges économiques entre la France et la Chine est une priorité. Et cela passe avant tout par un meilleur accès au marché chinois pour nos exportations ». Ce dernier a tenu à rassurer les dirigeants et investisseurs chinois, en assurant qu’il y a « trop d’obstacles (qui, NDLR) continuent de freiner nos échanges ».
Raison pour lesquelles, lui et son homologue chinois, Li Keqiang, ont décidé de « travailler à la levée de ces entraves », notamment dans le domaine agroalimentaire. « La clé sera, avant tout, la confiance, c’est-à-dire une égalité de traitement entre toutes les entreprises, y compris françaises. Ce rééquilibrage est désormais rendu possible », a-t-il assuré.

L’économie verte, nouveau défi commun

Lors de sa rencontre avec Manuel Valls, le président chinois, Xi Jinping, a tenu à apporter son soutien – à quelques mois de la Conférence des Nations Unies sur le Climat de Paris – aux « efforts de la France pour organiser la conférence des Nations unies sur le changement climatique cette année ». Le président chinois a mis l’accent sur la collaboration bilatérale visant à « sauvegarder les résultats de la Seconde Guerre mondiale et l’ordre pacifique d’après-guerre », et à « établir un nouveau type de relations internationales caractérisées par la coopération gagnant-gagnant ».
Le 30 juin, la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, et Zhou Shengxian, Ministre de l’environnement chinois, ont signé un plan d’action commun pour la protection de l’environnement, dans le cadre de cette conférence internationale. Ce plan prévoit le renforcement du soutien de la France au développement du droit de l’environnement en Chine et le transfert de l’expérience et du savoir-faire français dans divers domaines tels que la qualité de l’air, de l’eau et des sols, la protection des milieux aquatiques, la bonne gestion des produits chimiques, la labellisation environnementale entre autre.
En réel VRP, Manuel Valls a évoqué l’importance de la coopération sino-française, cependant le pays s’est fait devancer par les Etats-Unis, sur la question des changements climatiques. En effet, les Etats-Unis ont signé avec Pékin un accord en la matière, qualifié d’ “historique” par le président américain, Barack Obama.
Ce « pas de géant pour l’humanité » pour l’Agence internationale pour l’énergie (AIE) est désormais une épine dans le pied français, car « pour préparer la conférence, tous les pays devaient apporter leurs contributions nationales, avec des objectifs chiffrés au printemps 2015, les Etats-Unis et la Chine les ont devancés », a expliqué au site L’Opinion, Simon Quemin, chercheur à la chaire Economie du Climat.
La visite de Manuel Valls aura été l’occasion pour le gouvernement de rassurer les Chinois : « Oui, la France est ouverte aux entreprises chinoises. Oui, vos investissements – nous savons tous que la Chine a des capacités financières tout à fait considérables – sont les bienvenus ». Ce dernier a également tenu a assuré aux acteurs économiques de la fiabilité économique de son pays : « la France est un pays attractif, un pays pro-entreprises, un pays pro-business, qui avance et se réforme ».


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