Monde

Meurtre des passagers du vol MH17 de la Malaysia Airlines : l’OTAN veut-elle empêcher la vérité d’éclater ?

Le premier rapport incapable de désigner l’arme du crime

Manuel Marchal / 10 septembre 2014

Le 17 juillet dernier, un avion de la Malaysia Airlines s’est écrasé dans l’Est de l’Ukraine. Aussitôt, le pouvoir de Kiev et ses alliés de l’OTAN ont accusé les Ukrainiens de l’Est d’avoir abattu l’avion tandis que ces derniers affirmaient que l’aviation ukrainienne avait tiré sur le Boeing. Ce 9 septembre, les Pays-Bas ont rendu publiques les premières conclusions d’un rapport préliminaires (avec 15 jours de retard). Elles disent que l’impact de plusieurs projectiles est la cause de la mort des 298 passagers. Cela ressemble à la thèse avancée par le New Straits Times le 7 août dernier. Le journal de référence malaysien affirmait qu’un avion ukrainien avait tiré un missile sur le Boeing 777 avant de donner le coup de grâce en tirant des rafales d’obus de 30 millimètres.

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A l’aéroport d’Amsterdam, un hommage aux 298 victimes du crash du vol MH17 de la Malaysia Airlines. (photo Roman Boed)

Près de deux mois après la tragédie qui a couté la vie à 298 personnes, une première enquête préliminaire a donné ce 9 septembre ses premières conclusions. Pour le rapport définitif, il faudra patienter au moins un an.
Très attendu, ce premier document confirme bien que l’avion ne s’est pas écrasé à la suite d’un incident mécanique. L’impact de multiples projectiles a provoqué la perte de l’aéronef qui s’est désintégré en vol. Mais pour le reste, le rapport ne désigne pas l’arme du crime, et encore moins celui qui a décidé de tuer 300 personnes.
Cette imprécision contraste avec l’empressement manifesté par l’OTAN à accuser les Ukrainiens de l’Est d’avoir tiré un missile sur l’avion de la Malaysia Airlines. Les Etats-Unis prétendaient avoir les preuves de l’implication des rebelles du Donbass. Manifestement, ces preuves semblent être du niveau de celles montrées par Colin Powell en 2003 à la tribune du Conseil de sécurité des Nations-Unies pour justifier l’invasion de l’Irak. Cette guerre visait en réalité à faire main basse sur le pétrole irakien. Washington avait monté de toutes pièces un dossier faisant croire que Bagdad disposait d’armes chimiques de destruction massive.
En Ukraine, le but de Washington est très clair. Il s’agit d’obliger les Ukrainiens à adhérer à l’OTAN afin que des soldats des armées occidentales puissent se déployer encore plus près du centre de la Russie. Sur la simple foi d’accusations lancées sans montrer publiquement les preuves, l’OTAN a pu amener l’Union européenne à appliquer injustement des sanctions économiques envers la Russie et tenter de pénaliser son peuple.

Enquête du New Straits Times

Cette précipitation a aussi eu pour effet d’éveiller la curiosité de journalistes malaisiens qui ont fait leur devoir en menant une enquête poussée, totalement ignorée de la presse occidentale. Et pour cause : le New Straits Times a interrogé la responsabilité du régime de Kiev. L’accusation est à prendre au sérieux car le New Straits Times n’est pas n’importe qui. Fondé en 1845, ses 170 années d’existence lui donnent une crédibilité. C’est un journal de référence.
Et selon son édition du 7 août dernier, c’est un Sukhoi Su-25 de l’armée de l’air ukrainienne qui a lancé un missile avant de donner le coup de grâce en tirant des rafales d’obus de 30 millimètres sur les pilotes du vol MH17. Le rapport préliminaire néerlandais ne remet pas en cause cette explication, en parlant de plusieurs projectiles.

Les Américains sont secs

Pour Ray Mc Govern, ancien agent de la CIA, les conclusions floues du rapport ne sont pas étonnantes. « On a l’impression que l’Ukraine, la Malaisie et les Pays-Bas se sont entendus pour passer sous silence les preuves à leur disposition », a-t-il dit sur une chaine de télévision russe avant de préciser : « Pourquoi tout le monde garde le silence ? Je soupçonne que les USA et la Russie savent parfaitement ce qui s’est produit. Quant à Porochenko et ses conseillers – peut-être que oui, peut-être que non. J’ignore dans quelle mesure ils ont été informés sur ce que faisaient des systèmes antiaériens et des avions Su-25 dans la zone du crash ». Il confronte aussi les déclarations de Washington à son expérience des services secrets : « Les photos montrées, si elles sont réellement utilisées à titre de preuve, témoignent de la position délicate dans laquelle sont les agents du renseignement. Elles ne prouvent rien (…) Pourquoi les Etats-Unis ne peuvent-ils pas prendre certaines photos satellite, flouter certaines images s’ils veulent vraiment protéger certains paramètres, puis les rendre publiques ? A mon avis, cela indique qu’ils n’ont rien de mieux que ces photos »
Manifestement, ce rapport préliminaire est loin de conforter les thèses de l’OTAN reprises en boucle par les médias occidentaux et aussi à La Réunion. Mais l’OTAN a-t-elle intérêt à ce que le monde connaisse la vérité ?


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