Monde

Mexique : une entreprise publique et le syndicat des électriciens liquidés en une nuit

En pleine crise, l’armée et la police mettent 44.000 travailleurs au chômage

Témoignages.re / 29 mars 2010

Dans la soirée du samedi 10 octobre 2009, des milliers de soldats et policiers fédéraux, profitant du fait que leur présence dans les rues est familière depuis la militarisation de la lutte anti-drogue, envahissent subrepticement une cinquantaine d’installations de la compagnie nationale d’électricité, Luz y Fuerza del Centro (LFC), qui approvisionne plus de six millions de personnes dans le centre du pays. Ci-après de larges extraits d’un article d’André Maltais, publié sur le site de Mondialisation.ca

Les militaires forcent les travailleurs présents à quitter les lieux et attendent que le président mexicain Felipe Calderon émette un décret liquidant purement et simplement l’entreprise publique et son syndicat, le Syndicat mexicain des électriciens (SME).
Du jour au lendemain, 44.000 travailleurs et leur famille de même que 22.000 retraités se retrouvent à la rue alors que disparaît l’un des syndicats indépendants les plus forts et combatifs du pays.
Une semaine auparavant, le gouvernement avait refusé de reconnaître l’élection de Martin Esparza à la tête d’un syndicat qui, depuis 95 ans, s’est toujours opposé aux privatisations et à l’érosion des droits des travailleurs.

Le gouvernement et ses amis des médias privés justifient un acte aussi maladroitement barbare, qui viole plus de vingt articles de la Constitution mexicaine et plusieurs conventions internationales en matière de droits syndicaux, par « l’inefficacité » de la compagnie.
Celle-ci, dit Calderon qui, pendant la campagne électorale de 2006, s’autoproclamait le « président de l’emploi », coûte davantage à l’État qu’elle ne lui rapporte parce qu’elle emploie trop de personnel et que les salaires de ce dernier sont trop élevés.

Médias et gouvernement ont en même temps lancé une campagne de salissage contre les travailleurs de l’entreprise, les accusant d’être des privilégiés responsables de la piètre qualité du service aux consommateurs : sur-tarifications, bureaucratie complexe, pannes répétées, etc.
Mais plusieurs études montrent que l’inefficacité de l’entreprise LFC a une toute autre origine.

Un million d’emplois supprimés en un an

Ainsi, le gouvernement a cessé de capitaliser l’entreprise depuis les grèves des années 1980, justement dans le but que cette dernière fonctionne mal et qu’on ait ensuite une bonne raison de la privatiser.

Le président du SME, Martin Esparza, explique aussi que l’un des grands enjeux de ce vol public est le réseau de 1.000 kilomètres de câbles à fibres optiques que la compagnie se préparait à exploiter pour offrir aux consommateurs un service combiné électricité-téléphone-câble qui menaçait les intérêts lucratifs du secteur privé dans ce domaine.

L’entreprise liquidée est maintenant fusionnée avec la Commission fédérale de l’électricité, l’autre compagnie nationale qui fournit des services au reste du pays. Les syndicats soupçonnent que la nouvelle entité, ainsi consolidée et surtout débarrassée de son syndicat, sera bientôt privatisée.

Pour Laura Carlsen, Directrice du portail internet Programme pour les Amériques, le gouvernement veut faire payer aux travailleurs les effets d’une calamiteuse crise économique provoquée par la trop grande dépendance du pays envers l’économie états-unienne.

En 2009 seulement, le pays a perdu plus d’un million d’emplois.
Le quotidien “La Jornada” révèle que 76.000 faillites d’entreprises sont survenues au cours des six derniers mois seulement !

Situation explosive

La réponse du gouvernement est pathétique. Il a annoncé des coupures dans ce qui reste des programmes sociaux et des fonds destinés aux municipalités, a créé de nouveaux impôts à la consommation, s’est attaqué aux travailleurs syndiqués et continue de clamer sa foi inébranlable dans le modèle du libre-échange.
Il a aussi accompagné la hausse des prix des aliments, presque tous importés des États-Unis, par celle des prix de l’essence et de l’électricité.

Le mécontentement social croît de jour en jour, au Mexique, nous dit Manuel Perez-Rocha, membre du Conseil exécutif du Réseau mexicain d’action contre le libre-échange (RMALC, en espagnol), et pourrait bien éclater en cette année du bicentenaire de l’Indépendance et du centenaire de la Révolution mexicaine.

Alors que le Président Barack Obama a abandonné sa promesse électorale de renégocier l’ALÉNA, un tribunal de ce dernier vient d’obliger l’État mexicain à payer un dédommagement obscène de 77,3 millions de dollars à la multinationale Cargill pour avoir interdit l’entrée de sirop de maïs qui menaçait l’industrie sucrière locale.
Pendant ce temps, les États-Unis subventionnent généreusement leur propre industrie sucrière.

Invité par des organisations civiles, le président bolivien, Évo Morales, de passage à Cancun, lors du récent Sommet des pays d’Amérique latine et des Caraïbes (22, 23 et 24 février), a fait un malheur en appelant la Gauche mexicaine à s’unir et à « faire sa révolution ».


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