Monde

Naufrage d’un chalutier : 700 morts redoutés

La « pire hécatombe jamais vue en Méditerranée »

Témoignages.re / 20 avril 2015

Un chalutier, avec à son bord plus de 700 personnes, a chaviré à environ 110 km des côtes libyennes, seules 28 personnes ont été récupérées par un navire marchand. Pour Carlotta Sami, porte-parole du Haut-commissariat de l’Onu pour les réfugiés. Si ces chiffres sont confirmés, il s’agirait de la « pire hécatombe jamais vue en Méditerranée ».

Ce drame relance le débat sur l’action de l’Union européenne en Méditerranée, notamment après la mort de 300 migrants, en février, en mer dans le naufrage de trois bateaux également au large de la Libye.

Une tragédie de grande ampleur à venir

Situés à environ 200 km au sud de l’île italienne de Lampedusa, vingt-huit rescapés ont été secourus après le naufrage, a expliqué un responsable de la garde-côte italienne, Antonino Irato, à la chaîne télévisée RaiNews24. Des vedettes de la marine italienne et des navires marchands ont également repêché 24 corps.

D’après le témoignage d’un des rescapés, révélé par l’agence de presse, Reuters, « il y avait à bord au moins 700 personnes, si ce n’est davantage », a déclaré de son côté une porte-parole du Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), Carlotta Sami. « Nous craignons qu’il s’agisse d’une tragédie de grande ampleur », a-t-elle indiqué à la télévision italienne SkyTG24.

Selon les témoignages récoltés, le chalutier a chaviré lorsque les migrants se sont massés du même côté du bateau, à la vue d’un navire marchand. Dès lors l’alerte a été lancée vers minuit. Un bilan devrait être fournit dans les prochaines heures, confirmant qu’il s’agit du naufrage de migrant le plus meurtrier depuis le début de l’année. Près de 900 personnes ont perdu la vie en tentant la traversée vers l’Europe, dont 450 au cours de la semaine écoulée.

L’inaction de l’UE mise en cause

À l’annonce du drame, le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, a déploré la « tragédie (qui, ndlr) est en train de se dérouler en Méditerranée et si l’Union européenne et le monde continuent à fermer les yeux, ils seront jugés de la plus dure des manières, comme ils l’ont été par le passé quand ils ont fermé les yeux sur des génocides ».

Les secours tentent de récupérer les corps, « qui flottent à la surface », a-t-il ajouté. Pour le président du Conseil italien, Matteo Renzi, il y a un « massacre systématique en Méditerranée ». Ce dernier s’est demandé « comment pouvons-nous rester insensibles quand nous voyons mourir des populations entières à une époque où les moyens de communication modernes nous permettent de tout savoir ? ».

Une réunion “rapide” des ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères des Vingt-Huit devrait être organisée, pour renforcer le dispositif « Triton d’aide aux migrants ». Il s’agit d’un dispositif de contrôle des frontières européennes. Ce dernier remplace l’opération « Mare Nostrum », lancée en 2013 mais jugée trop coûteuse par la suite, et considérée comme très insuffisant par les organisations humanitaires et les autorités italiennes.

L’UE s’est dite « profondément affectée » par ce naufrage, ajoutant que « tant que les pays d’origine (des migrants) et les pays de transit ne prennent pas des mesures pour éviter ces traversées désespérées, des gens continueront à mettre leur vie en péril ». Raison pour laquelle, la Commission européenne a annoncé qu’une « grande partie de notre approche est de travailler avec les pays tiers ».

20 000 migrants concernés en 4 mois

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 20.000 migrants sont arrivés en 2015 dans le sud de l’Europe. Bien que le nombre soit moins important que celui des quatre premiers mois de 2014, le nombre de mort atteint des records.

Le flux de migrants provenant de Libye ne cesse de grossir, ce qui s’explique par le chaos actuellement dans le pays, poussant les passeurs à agir vite. Selon l’Agence France Presse, entre 500 et parfois 1000 personnes sont chaque jour récupérées par les garde-côtes italiens ou des navires marchands.

Le bilan 2015, établi par l’ONU, pour les décès et les personnes disparues en mer Méditerranée s’élève désormais à plus de 500, mais la tragédie qui vient de survenir devrait rapidement gonfler ce chiffre. Pour le HCR, « ces chiffres sont la preuve des ressources insuffisantes pour gérer les flux de population. Par ailleurs, sans des moyens appropriés pour la recherche, le sauvetage et les opérations de surveillance en mer, davantage encore trouveront la mort dans leur quête de sécurité en Europe ».


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