Monde

Ouverture du G20 entre crise syrienne et tempête financière

Sommet sous présidence russe

Céline Tabou / 6 septembre 2013

Les chefs d’État ou de gouvernement des 20 puissances mondiales sont réunis depuis jeudi 5 septembre à Saint-Pétersbourg en Russie pour un sommet tendu en raison du dossier syrien et de la crise financière des pays émergents.

Au-delà des questions économiques et financières, l’éventuelle intervention militaire en Syrie devait être sur toutes les lèvres, notamment lors du dîner d’hier soir. "Certains participants m’ont demandé de donner le temps et la possibilité de discuter d’autres sujets très urgents de politique internationale, en particulier la situation autour de la Syrie. Je suggère de le faire pendant le dîner", a déclaré Vladimir Poutine.

Le dossier syrien sur la table

Quelques heures avant, le président Barack Obama avait déclaré que les leaders mondiaux réunis devraient " admettre que l’utilisation d’armes chimiques ( le 21 août, ndlr) en Syrie n’est pas seulement une tragédie mais aussi une violation du droit international qui doit être réglée ", a relevé l’Agence France Presse. De son côté, François Hollande a expliqué que "ce G20 est dominé par ce qui se passe au niveau international et donc par la crise syrienne ", il y attend donc des " avancées politiques " sur le dossier.

Mais les Occidentaux devront faire face à la Russie et la Chine, qui a expliqué que "La situation actuelle montre que la solution politique est la seule voie" possible pour résoudre la crise, a déclaré jeudi un porte-parole de la délégation chinoise. De son côté, les Russes ont envoyé trois de leurs navires dans le détroit turc du Bosphore pour se rendre près des côtes syriennes. Face à la montée des tensions et aux déclarations vindicatives des deux camps, l’ONU a réitéré sa réticence à une intervention en Syrie par la France et les États-Unis.

Lakhdar Brahimi, envoyé spécial de l’institution internationale et de la Ligue arabe, viendra en soutien au secrétaire général, Ban Ki-moon, afin de convaincre les leaders mondiaux de faire avancer la conférence internationale pour la Syrie, dite Genève-2. " Nous devons pousser encore plus fort pour la Conférence internationale sur la Syrie (...) Une solution politique est le seul moyen d’éviter un bain de sang ", a insisté Ban Ki-moon dans un communiqué. Fait exceptionnel, le pape François a écrit une lettre au président russe, en tant que président du G20, pour une solution de paix en Syrie. Une issue envisagée par la chancelière allemande, Angela Merkel, qui a annoncé que "cette guerre doit prendre fin et cela ne se fera que politiquement (...) l’Allemagne ne s’associera en aucun cas à une action militaire".

Priorité : la croissance

Au-delà de la crise syrienne, la priorité a été donnée à la croissance, au moment même où " l’économie mondiale se trouve de nouveau dans une zone à risque ", a indiqué le président russe, en marge du sommet. Les pays émergents, tels que l’Inde, le Brésil et la Turquie ont vu leur devise chuter brutalement après le changement de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine. En effet, la banque centrale des États-Unis injecte depuis des années dans le système financier des liquidités utilisées dans des pays émergents, afin de maintenir des taux d’intérêt à très bas niveau et soutenir l’activité économique.

"Cet argent disponible à moindre frais s’est en grande partie orienté vers les marchés émergents, où les taux d’intérêt plus élevés et la croissance plus rapide promettaient des rendements juteux", a expliqué l’AFP. Mais la relance économique des États-Unis a conduit à une nouvelle politique de la FED, entraînant la fuite des investisseurs vers la première économie mondiale.

Pour Chris Weafer, de la société de conseil Macro Advisory, cette crise divise "car les effets négatifs sont déjà clairement visibles sur les monnaies des pays émergents". Les pays concernés devraient demander à la Fed de réduire son soutien à l’économie "en prenant en compte les dégâts collatéraux autant que ses seuls intérêts nationaux". Cette crise est "une ombre portée" sur le sommet, si elle s’amplifie, " il faudra une discussion sur la réalité de la fin de la politique monétaire accommodante des États-Unis ", a expliqué une source diplomatique à l’AFP.

De son côté, Washington a indiqué que si la banque centrale américaine change de politique, "c’est que la première économie mondiale repart, ce qui constitue en soi une bonne nouvelle pour la planète". Une position qui pourrait être le sujet de tension, notamment auprès des Chinois qui avaient acheté des millions de bons du Trésor en soutien à l’économie américaine. D’ailleurs, les pays émergents avaient fait preuve de confiance et de soutien lors de la crise débutée aux États-Unis en 2008.

Céline Tabou


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