Monde

« Pendant les Jeux, l’Europe s’enfonce »

Londres 2012 dans un pays en pleine récession

Témoignages.re / 9 août 2012

Dans l’éditorial de “l’Humanité dimanche” paru la semaine dernière, Patrick Le Hyaric revient sur le contexte particulier dans lequel se déroulent les Jeux olympiques.

Alors que partout sur la planète, la grande communauté des femmes et des hommes partage les efforts et les exploits des athlètes des Jeux olympiques, la crise continue de faire ses ravages. Certes, ces Jeux olympiques font encore rêver, partager de beaux moments et font parler “d’autre chose” dans cette atmosphère angoissante, comme on dit. Encore que... Autant cette universelle rencontre sportive peut porter le dialogue, l’effort, le dépassement de soi et la compétition avec l’autre dans la fraternité, autant on est forcé de constater que l’esprit de Pierre de Coubertin quitte peu à peu les Jeux olympiques. Là aussi, la pression de l’argent est à l’œuvre. L’argent qui détourne des valeurs humaines et sportives. L’argent qui marchandise les activités humaines dans le cadre d’un capitalisme débridé. L’argent, celui que les grandes chaînes de télévision ont investi dans l’achat des retransmissions. Celui des firmes transnationales qui s’affichent sur les maillots des sportifs en sueur et imposent leurs coupures publicitaires qui polluent la relation des exploits des champions. L’argent qui parfois les “dope” parce qu’on se doit de ne pas perdre quand on porte les noms de ces grands groupes, gravés sur le survêtement et la serviette.

Et puis, il y a la débauche d’argent pour leur organisation :

30 milliards d’euros. L’énormité de la somme choque quand partout s’impose une austérité mortifère qui maintient au chômage des millions d’individus, prive de moyens hôpitaux, écoles, crèches et alors que dans le monde, tant d’enfants qui n’iront ni à l’école, ni ne feront jamais de sport ne reçoivent pas les rations alimentaires nécessaires à leur survie. Et malheureusement, la flambée de spéculation sur les céréales depuis quelques jours ne va rien arranger. Au bout de la chaîne des spéculateurs, ce sont des enfants supplémentaires qui vont connaître la faim. Cette douloureuse réalité entre en contradiction avec ce qui fait le succès des Jeux olympiques auprès des peuples de la planète qui se passionnent et vibrent pour des compétitions pacifiques où chacune, chacun cherche à se surpasser. Qu’il y a loin du rêve encore vivace de l’olympisme synonyme de pacifisme et le dictateur Al Assad qui, chaque jour, blesse, mutile, tue le peuple syrien à Damas ou à Alep dans l’impunité la plus totale. Qu’il y a loin avec une Europe où, depuis quelques jours, les attaques contre des États comme l’Espagne ou l’Italie ont déjà imposé un violent train de mesures d’austérité à leurs populations ! Ceci a lieu moins d’un mois après le dernier Sommet européen qui a confirmé le fameux traité d’austérité budgétaire et adopté un prétendu pacte de croissance non contraignant. La finance se contrefout des Sommets européens et demande encore plus de sang et de larmes. Les agences de notation ont lancé des alertes contre l’Allemagne. Et le comble est atteint puisque le fonds de secours européen lui-même a été dégradé par la maudite agence Moody’s. C’est la preuve qu’au cours de cet été, la crise s’amplifie en Europe. Les solutions mises en œuvre jusque-là mènent à l’impasse. Il est urgent qu’un débat s’instaure sur la possibilité pour la Banque centrale européenne de racheter tout ou partie de certaines dettes et de prêter directement aux États au lieu d’alimenter les circuits financiers comme elle ne cesse de le faire.

Dans le même temps, il faut sortir des plans d’austérité qui se succèdent en menant l’Europe à la catastrophe.

L’un des moyens de provoquer un débat sur une réorientation de la construction européenne et de se donner la possibilité de “renégocier” le traité européen est d’organiser un référendum. Une telle initiative du gouvernement et du président de la République aurait un écho considérable dans toute l’Europe où l’angoisse et l’inquiétude gagnent, comme en témoigne une récente enquête dans laquelle 63% des Européens disent avoir peur de basculer dans la précarité. Près de la moitié d’entre eux considère que l’Europe telle qu’elle existe ne les protège plus.

C’est un service à rendre à tous les peuples que de rouvrir ce débat pour leur permettre de choisir une autre voie pour l’Europe.

Celle de faire du progrès social et écologique une priorité, en plaçant au cœur de la réorientation de la construction européenne les valeurs de solidarité, de fraternité et de paix que prône l’olympisme. Si les forces progressistes ne le font pas, les institutions européennes non élues projettent un plan machiavélique dont le traité signé par M. Sarkozy et Mme Merkel n’est que la transition pour une fuite en avant dans une intégration financière bancaire et budgétaire autoritaire ultralibérale au nom de l’action contre la crise.

C’est ce qui avait été projeté fin juin.

C’est ce que confirme un conseiller du Président Barroso, autorisé, comme par hasard, à publier une tribune chez nos confrères du “Monde” daté du 28 juillet. Celui-ci prévient que les citoyens « redoutent probablement certaines des conséquences, mais ils pourraient être prêts à les accepter à condition d’avoir enfin la perspective d’un avenir maîtrisé ». Quel avenir « maîtrisé » ? Celui fait d’insécurité de vie, de précarité, d’austérité à perpétuité ? Bref, la Commission européenne s’apprête à proposer encore « plus de souffrances et de larmes », en cherchant les moyens de les faire accepter aux peuples. Nous ne l’accepterons pas ! Parce que c’est injuste. Et aussi parce que c’est inefficace.

Pour obtenir un débat permettant de changer l’Europe,

nous appelons à signer et à faire signer la pétition pour obtenir un référendum sur le nouveau traité européen. C’est une question de démocratie.


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