Monde

« Penser davantage aux peuples qu’aux banques »

Le président de l’Islande au Forum économique mondial de Davos

Céline Tabou / 4 février 2013

En dépit d’un sursaut d’optimisme de la part des responsables économiques, politiques et associatifs, certains ont tapé du poing sur la table, comme le président islandais, Olafur Ragnar Grimsson. Dans son discours, le président a encouragé à « penser davantage aux peuples qu’aux banques », en prenant son pays pour exemple.

Cet appel n’est pas le premier lancé par le président islandais. Ce dernier avait plaidé pour la faillite des banques au lendemain de la création d’une supervision bancaire en décembre 2012. En laissant les banques faire faillite, le pays est parvenu à relancer son économique avec aujourd’hui un taux de chômage à la baisse et une croissance enviée par de nombreux Européens de la zone euro.

La réussite islandaise

En octobre 2008, trois grandes banques islandaises, Kaupthing, Glitnir et Landsbanki, faisaient faillite, entraînant l’une des plus sévères crises économiques de l’île de 320.000 habitants. Sur décision du Premier ministre d’alors, Geir Haarde, la nouvelle provoque une onde de choc, trois semaines seulement après la faillite de Lehman Brothers.

Six ans plus tard, l’économie islandaise est la plus solide d’Europe avec 2,5% de croissance en 2012, prévue par la Banque centrale d’Islande en décembre 2012. Le chômage était à 8% en 2010, celui-ci devrait chuter à 5% en 2013. De plus, le prêt du Fonds Monétaire International de 2,1 milliards d’euros a pu être remboursé en avance. Cet exploit n’aura été possible qu’avec la remise en cause du système bancaire islandais. En effet, contrairement à l’ensemble de ses homologues, Espagnols, Grecs et Italiens en tête, les Islandais ont choisi de ne « jamais essayé de sauver ses banques », comme l’a expliqué le ministre de l’Industrie, Steingrimur Sigfusson au quotidien allemand FAZ.

L’actuel président islandais, Olafur Ragnar Grimsson a expliqué qu’ « accepter de laisser les banques tomber en faillite fut l’acte le plus difficile qu’il m’ait été donné de prendre. Mais sans doute le meilleur. Il est l’une des raisons fondamentales de la forte reprise économique de notre pays au regard des autres pays européens. Il valait mieux laisser l’Islande s’autogérer que de laisser l’Union européenne parler en son nom. Le pays en recueille les fruits aujourd’hui ».

La dette des banques est restée celle des banques

La raison de la faillite des banques est que celles-ci possédaient des bilans cumulés dix fois supérieurs au PIB du pays. Les autorités islandaises ont mis les créanciers étrangers à contribution et il n’y a pas eu, comme en Espagne, de transfert du risque bancaire vers les finances publiques. La dette des banques est restée celle des banques et non pas des États, comme c’est le cas aujourd’hui.

Après avoir laissé ses banques sombrer, le gouvernement a dévalué sa couronne (monnaie) qui a atteint jusqu’à 70%. Dépendante de l’étranger, cette dévaluation de la monnaie a provoqué une inflation qui a frôlé les 18% en rythme annuel au cours de l’année 2009 pour atteindre récemment 4,3%. Pour répondre à ce problème, les salaires ont été rehaussés entre 2009 et 2010. La baisse de la monnaie nationale a permis à certains secteurs de l’économie nationale de profiter de la reprise de l’économie mondiale, comme la pêche et le tourisme. L’argent gagnant a été réinvesti dans l’économie nationale, qui a ainsi créé un cercle vertueux en relançant les investissements.

Une décision difficile, mais nécessaire

Lors du Forum économique mondial 2013 de Davos en Suisse, le président islandais, Olafur Ragnar Grimsson a précisé que « nous avons été assez sages de ne pas suivre les politiques traditionnelles qui ont prévalu normalement en Occident au cours des 30 dernières années. Nous avons introduit le contrôle des changes, nous avons laissé les banques faire faillite, nous avons soutenu les plus pauvres, nous n’avons pas adopté les mesures d’austérité comme ailleurs en Europe, et le résultat final, 4 ans plus tard, est que l’Islande a accompli des progrès et une relance très différente des autres pays européens qui ont souffert de la crise financière ».

Le chef de l’État a également souligné que suite à l’effondrement des banques, les banques islandaises, comme les banques britanniques ou les banques américaines, « sont devenues des entreprises de haute technologie, qui recrutent des ingénieurs, des mathématiciens et des informaticiens ». Après la faillite, Ragnar Grimsson a noté que « le secteur innovant de notre économie, le secteur informatique, le secteur des TI se sont mis à prospérer, et en fait, sur les trois dernières années, il a eu de bien meilleurs résultats que jamais auparavant dans son histoire ». Selon lui la leçon à tirer est « si vous voulez que votre économie soit compétitive dans le secteur innovant du 21e siècle, un secteur financier fort qui prend les talents de cet autre secteur, même un secteur financier qui marche bien, est en fait une mauvaise nouvelle ».

Céline Tabou

Les banques ne sont pas des « saintes-chapelles de l’économie moderne »

Le président islandais, Olafur Ragnar Grimsson a indiqué « pourquoi considère-t-on que les banques sont des saintes-chapelles de l’économie moderne, et pourquoi ne peuvent-elles pas faire faillite comme les compagnies aériennes ou les entreprises de télécommunication, si elles ont été gérées d’une façon irresponsable ? La théorie que vous devez payer pour sauver les banques est une théorie selon laquelle les banquiers peuvent jouir de leurs propres bénéfices et de leur succès, puis que les gens ordinaires payent pour leurs échecs au moyen des impôts et de l’austérité, et dans les démocraties éclairées, les gens ne l’accepteront pas sur le long terme ».


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