Monde

Pour le plus grand profit des banques

Crise en Grèce

Geoffroy Géraud-Legros / 24 juin 2011

Les dirigeants européens et le FMI rivalisent d’intransigeance pour imposer une austérité maximum à la Grèce. Et épargner les banques qui, impliquées dans la logique de crise, continuent à engranger des profits et refusent de prendre le moindre risque.

Malgré l’échec des pressions exercées par l’Europe pour obtenir la création d’un gouvernement de coalition, ou à défaut, un consensus large des parlementaires, l’Assemblée grecque (Vouli Ton Ellinon) a renouvelé mardi, avec 10 voix d’écart, la confiance au Premier ministre socialiste, Giorgios Papandréou. Prochaine étape du marathon politico-économique : le vote, mardi prochain, d’un nouveau plan de rigueur exigé tant par l’Eurozone que par la direction intérimaire du FMI.

« Arrêter les enfantillages »

Le FMI a pour sa part soumis le déblocage d’une aide en juillet à la certitude que l’Europe s’engagera auprès de la Grèce pour assurer le financement du pays. Cette question est à l’ordre du jour du sommet de crise engagé par les 27 la nuit dernière. Lundi, le directeur par intérim du FMI, John Lipsky, a vertement tancé les ministres, écartant comme des « enfantillages » tous propos relatifs au « reprofilage de la dette », rapportait le quotidien “Les Echos”. Une critique adressée à l’allemande Angela Merkel, qui insistait pour que les acteurs privés — c’est-à-dire, au premier chef, les banques — participent (de manière limitée) au nouveau « plan de sauvetage ». Une position farouchement combattue par Nicolas Sarkozy, appuyé par Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE). Ceux-ci sont partisans d’un vague « volontariat » et hostiles à toute réduction du volume de la dette grecque proprement dit. Dans l’après-midi d’hier, l’orientation prônée par Mme Merkel n’avait pour seuls soutiens que les Pays-Bas et la Finlande.

Les banques profitent de la crise, mais refusent le risque

Les banques sont pourtant les premières bénéficiaires de la crise grecque : celles-ci ont rempli leurs coffres de dette grecque, dont elles empochent toujours les revenus, grâce à des taux usuraires. De nombreux observateurs craignent qu’un défaut de paiement de la dette n’entraîne un effondrement en cascade des banques européennes. Dans cette hypothèse, les économies américaines et chinoises seraient-elles aussi affectées. De nombreux établissements bancaires possèdent de la dette souveraine grecque : les banques américaines en détiennent près de 2 milliards, les banques italiennes 2,5 milliards, les banques anglaises 3,5 milliards. Des chiffres qui montent à près de 20 milliards pour la France et près de 27 milliards pour l’Allemagne. Un défaut de la Grèce entraînerait une ultime dégradation de la note du pays à C ou à CA, soit au plus bas de la nomenclature, a averti l’agence Moody’s. L’instance de notation estime qu’une telle hypothèse rendrait nécessaire la recapitalisation, et affecterait les économies européennes.

Effet domino

L’insolvabilité grecque risquerait en effet d’interrompre les prêts entre les banques, et d’entraîner la chute des établissements les plus fragiles, provoquant de ce fait un effet domino dans la Péninsule ibérique, où le Portugal et l’Espagne sont eux aussi plongés en pleine crise de la dette. Le phénomène pourrait gagner l’Italie et l’Europe du Nord, dont la France. Un scénario qui peut évoquer celui de 2008… à cela près qu’il exclut un nouveau « sauvetage » des banques par les États, puisque ce sont justement ces derniers qui seront désormais réputés incapables de se financer. La pression exercée sur la Grèce pour qu’elle soumette son économie à une austérité maximale passe par la multiplication des déclarations catastrophistes : Jean-Claude Juncker évoque le spectre de l’effondrement de Lehman Brothers, John Lipsky parle de « crise systémique », et on ne compte plus les cris d’orfraie cataclysmiques des médias. Avec un peu de recul, il apparaît évident que la solution au problème grec ne se situe pas en Grèce.

Des banquiers fauteurs de crise

L’origine de la crise se trouve largement dans l’Euro lui-même, dont l’adoption a interdit au pays de dévaluer sa monnaie pour pallier la crise des déficits, comme l’avait fait la Suède, confrontée à une crise partiellement comparable dans les années 1990. De surcroît, personne ne peut imaginer que le pays règle sa dette astronomique ; les Européens ne pourront sortir de la crise sans réduire la dette elle-même, c’est-à-dire sans procéder à la « restructuration » toujours refusée pour des raisons idéologiques… et surtout, du fait du poids des banques. « Plus la restructuration est repoussée, plus la dette va dans les livres de comptes publics, plus les banques sont protégées », résumait le Prix Nobel d’économie, John Stiglitz. Pour cet économiste keynésien, l’opposition entre les partisans de la restructuration et ses adversaires distingue « ceux qui mettent en avant les intérêts des gens et ceux qui leur préfèrent les intérêts des banques ». Un blocage qui pourrait mener au pire… et rend plus audible et plus crédible des solutions de ruptures, telles que celles que porte l’Appel lancé par le grand compositeur et homme politique grec, Mikis Théodorakis.

Geoffroy Géraud-Legros


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