Monde

Pour Obama, nous sommes tous des suspects

Programme-logiciel PRISM

Témoignages.re / 10 juin 2013

Le contre-espionnage des USA peut maintenant fouiller les données des utilisateurs de Microsoft, Yahoo !, Google, Facebook, PalTalk, AOL, Skype, YouTube, Apple. C’est un nouveau recul pour les libertés.

Confessons-le : nous fûmes nombreux un temps à avoir les yeux de Chimène pour le candidat puis président Barack Obama.

Nous pensions qu’il apporterait un réel renouveau et que la scène politique mondiale s’en trouverait changée : fin de la guerre d’Irak, fin de la guerre en Afghanistan, fermeture de la prison illégale de Guantanamo, et j’en passe.

Les promesses et le charisme de ce jeune président furent tels que sitôt élu, le voilà récompensé du prix Nobel de la Paix … ce prix refusé à Nelson Mandela durant tout le temps de son emprisonnement et qui ne lui fut attribué que lorsque les jurés du Nobel durent s’incliner devant l’exemplarité, la pertinence et l’efficacité du combat mené un demi-siècle durant — dont 27 années d’une éprouvante captivité — par le père de la Nation Arc-en-ciel.

Très vite il nous fallut cependant déchanter.

Obama s’entoura aussitôt, à des postes-clés, de collaborateurs issus de l’équipe Bush-Cheney.

Les guerres continuent

Les guerres se poursuivirent. Elles n’ont toujours pas cessé. Lorsqu’ils sont retirés du terrain, les GI’s sont remplacés par des mercenaires souvent États-Uniens. Les services secrets et les unités de choc sont toujours made in USA. Les "bavures" — puisque c’est ainsi qu’on appelle désormais les attaques contre les populations civiles, on ne dit plus "dommages collatéraux" — se multiplient dans l’indifférence quasi totale des médias occidentaux, etc. Guantanamo est toujours en activité et la torture y serait toujours pratiquée.

Récemment, le scandale des "assassinats ciblés" au moyen de drones radiocommandés depuis un bureau aux USA, a été justifié par le prix Nobel de la Paix 2009. Je te déclare coupable puisque mes services secrets le disent (où sont les preuves ? Secret-défense !) donc je te tue . Une régression assumée vers les années Far-West sous couvert de "lutte contre le terrorisme ". Pas de procès, pas de jugement, seule prime la loi du plus fort. Si t’es coupable à mes yeux, t’es mort !

Au sein de cette armée dont Barack Obama est le commandant en chef, les viols se multiplient. Les victimes sont des femmes sous-officiers et parfois officiers de l’armée états-unienne. Et le commandant en chef, il regarde où ?

Lorsqu’il existe une telle passivité, une si grande indifférence au plus haut niveau de l’État US, on perçoit mieux, quand la troupe est lâchée contre les "cafards" d’Irak ou d’Afghanistan (c’est ainsi que les généraux humanistes US appellent leurs ennemis) les motivations de ceux que la presse occidentale nous présente comme des libérateurs dont les bombes, missiles, obus et tanks seraient, nous dit-on, chargés de démocratie.

Sociétés internet et opérateurs GSM

Sur le gâteau du pays de la Liberté manquait la cerise. La voici. C’est le programme-logiciel PRISM. 

Invention de journaliste en mal de sensationnel ? Pas du tout. Jeudi 6 juin 2013, le Washington Post et le Guardian  « ont révélé que la National Security Agency (NSA) allait puiser dans les serveurs de neuf sociétés internet (Microsoft, Yahoo !, Google, Facebook, PalTalk, AOL, Skype, YouTube, Apple) et en extrait aussi bien des courriels, des chats, des photos que des logins ou vidéoconférences. Un jour plus tôt, le Guardian dévoilait que la même NSA collectait des informations fournies quotidiennement par l’opérateur de téléphonie Verizon ».

Et cela leur est devenu tellement naturel que les communicants de la NSA ont reconnu — en usant des circonlocutions (ou langue de bois) d’usage — la réalité et l’ampleur de ces insupportables atteintes à la liberté.

Et comme si cela n’était encore assez gros, voici que s’avance notre Nobel de la Paix 2009 qui, reconnaissant cette violation des droits universels, nous déclare que la liberté n’est réservée qu’aux seuls États-Uniens et étrangers vivant sur le sol des USA (1). Le reste du monde n’a qu’un seul droit : se taire.

C’est gros, non ?

Les citoyens des États unis à l’abri ?

Aussi gros que le mensonge qu’il vient de proférer. En toute connaissance de cause, car Barack Obama est rompu au maniement de l’internet et des communications électroniques. Prétendre, comme il le fait, que seules sont violées les libertés des internautes du reste du monde à l’exception des États-Uniens et non-Américains résidant aux USA, est une puérile tentative d’enfumage. Pour accorder du crédit à la maladroite et cynique justification de Barack Obama, il faudrait supposer que les États-Uniens et les non-Américains résidant aux USA ne communiqueraient qu’entre eux. C’est impensable.

Obama ment donc et c’est la planète entière qui se trouve ainsi privée d’une liberté fondamentale pourtant garantie par les 1er et 4e amendements de la Constitution des États-Unis d’Amérique et par les articles 12 et 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. (cf. encadré).

Démasqués par les médias — il existe encore des journalistes vigilants qui font honneur à leur vocation — les dirigeants États-Uniens et le premier d’entre eux reconnaissent qu’à leurs yeux nous sommes tous des suspects.

Aimé Habib

(1) Barack Obama a affirmé que le programme de surveillance « ne s’appliquait pas aux citoyens américains, ni aux personnes qui vivent aux États-Unis ». (Reuters)

Constitution des États-Unis d’Amérique

1er amendement : 

« Le Congrès ne fera aucune loi pour conférer un statut institutionnel à une religion, (aucune loi) qui interdise le libre exercice d’une religion, (aucune loi) qui restreigne la liberté d’expression, ni la liberté de la presse, ni le droit des citoyens de se réunir pacifiquement et d’adresser à l’État des pétitions pour obtenir réparation de torts subis (sans risque de punition ou de représailles) ».

4e amendement :

« Le droit des citoyens d’être garantis dans leur personne, leur domicile, leurs papiers et effets, contre les perquisitions et saisies non motivées ne sera pas violé, et aucun mandat ne sera délivré, si ce n’est sur présomption sérieuse, corroborée par serment ou déclaration, ni sans que le mandat décrive particulièrement le lieu à perquisitionner et les personnes ou les choses à saisir ».
Déclaration universelle des droits de l’homme

Article 12

« Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ».

Article 19

« Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ».


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