Monde

Pourquoi le stress au travail ne doit pas être négligé

Organisation internationale du travail

Témoignages.re / 21 juillet 2012

Il y a quatre ans, la vague de suicide à France Télécom avait bouleversé la France. Alors qu’elle revient dans l’actualité, l’OIT met en garde contre la montée des maladies mentales liées au stress sur le lieu de travail.

La décision prise par un magistrat français de mettre en examen l’ancien dirigeant de France Télécom pour son rôle présumé dans la vague de suicides au sein du personnel a mis en évidence le problème du stress, un sujet dont on discute rarement mais qui a de fortes répercussions sur la santé des travailleurs.
En 2008 et 2009, les suicides à France Télécom ont coïncidé avec le déploiement de la crise financière mondiale et la restructuration de la société.
« Ce sera à la Justice française de se prononcer sur ce cas précis », déclare Seiji Machida, directeur du Programme pour la santé et la sécurité au travail (Safework) de l’OIT. « Cependant, ici à l’OIT, nous estimons que la crise est devenue une source de préoccupation pour la santé et la sécurité des travailleurs partout dans le monde ».
Selon l’expert de l’OIT, les travailleurs doivent gérer la peur de perdre leur emploi et le stress que cela génère. La réduction des ressources allouées à la sécurité et à la santé au travail pourrait encore aggraver les choses.
Environ 35 employés sont morts par suicide, plusieurs d’entre eux laissant des courriers dénonçant une pression au travail impossible à gérer. Un rapport de l’inspection du travail datant de 2010 indique que la société n’avait pas pris en compte les avis des médecins au sujet de l’impact des plans de restructuration sur la santé mentale des salariés.
Dans la plupart des pays industrialisés, le coût global des accidents du travail et des maladies professionnelles, y compris celles liées au stress, demeure très élevé. Par exemple, dans l’Union européenne, on l’estime entre 2,6 et 3,8 pour cent du produit intérieur brut (PIB).
Les études montrent aussi que le stress intervient dans 50 à 60 pour cent des journées de travail perdues, un coût énorme en termes de détresse humaine et de perte de performance économique.
Les organismes chargés de l’application des lois, les inspections du travail et les services de santé et sécurité au travail doivent aussi parfois opérer avec des ressources limitées. « Il pourrait en résulter une hausse brutale des accidents du travail, des lésions, décès et stress liés au travail », a mis en garde M. Machida.

La montée des pressions

Alors que, dans des cas extrêmes, le stress peut mener jusqu’au suicide, l’expert de l’OIT alerte sur une hausse généralisée des maladies mentales liées au stress sur le lieu de travail, en Europe et ailleurs.
Cette tendance découle de plusieurs facteurs : surcharge d’informations, intensification du travail et pression du temps, fortes exigences de mobilité et de flexibilité, obligation d’être toujours « en alerte » du fait de la technologie des téléphones portables, et dernière raison mais non des moindres, crainte de perdre son travail.
Selon l’OIT, la meilleure manière de s’attaquer à ces problèmes, c’est d’adopter une stratégie adaptée aux conditions particulières du lieu de travail en question. Les problèmes qui se posent dans une grande usine d’un pays industrialisé par exemple sont sans doute très différents de ceux qui surviennent dans une unité de production d’un pays en développement.
« Pour trouver des solutions aux problèmes de santé et de sécurité au travail, une étroite collaboration entre l’encadrement et les travailleurs est importante. La participation et l’implication des employés, de leurs représentants et des syndicats, sont également précieuses pour prévenir le stress au travail », conclut M. Machida.


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