Monde

Quelles conséquences pour le TGV espagnol ?

Au moins 77 morts en Espagne dans un accident de train

Témoignages.re / 26 juillet 2013

Trois jours de deuil national sont décrétés en Espagne à la suite du déraillement d’un TGV entre Madrid et la Galice survenu mercredi. Ce drame a fait au moins 77 morts et de nombreux blessés. C’est une des plus grandes catastrophes pour ce type de train. Quelles seront les conséquences pour un moyen de transport qui est aussi une source de devises pour l’Espagne ?

Durement touchée par la crise, l’Espagne applique un plan d’austérité dans tous les domaines. Les restrictions touchent notamment les transports et même les TGV. En quelques années, l’Espagne a réussi à dépasser la France en kilomètres de lignes à grande vitesse. Elle possède désormais le deuxième réseau du monde derrière la Chine.

Mais pour les constructeurs de ligne et de matériels ferroviaires, le marché domestique est bouché pour cause d’austérité. Cela obligé à rechercher une compensation dans les exportations. Les Espagnols sont donc devenus des concurrents de trois autres pays du monde développés : le Japon, l’Allemagne, la Corée du Sud et la France.

En 2011, l’Arabie Saoudite décide du groupement qui construira un TGV entre La Mecque et Médine. Le marché inclut 450 kilomètres de ligne à grande vitesse, la fourniture des rames et l’entretien de l’infrastructure pendant 12 ans.

La France est sur les rangs. Le Premier ministre de l’époque, François Fillon, part en voyage en Arabie Saoudite pour soutenir le compétiteur français, un groupement comportant une société saoudienne, la SNCF et Alstom. Les Espagnols sont aussi sur les rangs, avec un consortium composé entre autres d’une société saoudienne, de RENFE, la compagnie ferroviaire espagnole, et Talgo, constructeur de trains. Plus de 8 milliards de dollars sont en jeu.

À la surprise des Français, ce sont les Espagnols qui raflent le marché. C’est un coup de tonnerre dans ce marché très élitiste.

Cette victoire commerciale a considérablement crédibilisé le TGV espagnol à l’export.

Dans deux mois, un autre chantier sera attribué. Il s’agit de celui du premier TGV d’Amérique latine, situé au Brésil. Cette fois, le montant du marché est de près de 13 milliards d’euros.

À deux mois de cette décision, quel sera l’impact de cette catastrophe ?

M.M.

Qui construira le TGV du Brésil ?

Trois jours avant le déraillement meurtrier, une dépêche de l’AFP a décrit les projets d’exportation du TGV espagnol. Il est sur les rangs pour l’attribution d’un marché de 12 milliards d’euros au Brésil, soit le double du "TGV du désert".

Encouragée par son contrat du "TGV du désert" en Arabie Saoudite, l’Espagne met le cap sur l’étranger, espérant y vendre ses trains à grande vitesse : une stratégie motivée par sa situation économique, mais dont les bénéfices restent incertains.

Prochain objectif, le Brésil, où la ligne Rio-Sao Paulo-Campinas, la première à grande vitesse d’Amérique du Sud, sera attribuée en septembre pour un budget estimé à 16,4 milliards de dollars (12,7 milliards d’euros). L’Espagne y présente un consortium de 11 entreprises publiques et privées (dont trois groupes étrangers). (…)

La quatrième économie de la zone euro a un autre atout dans sa manche : son réseau national de "alta velocidad espanola" (AVE) de 3.100 kilomètres est le deuxième au monde derrière la Chine.

"En développant son propre réseau, on gagne aussi la connaissance" dans ce domaine, rappelle Alejandro Lago, professeur de logistique à l’IESE Business School, et "au final, le monde de la grande vitesse est un monde où la connaissance et les ressources se concentrent sur 3-4 pays", avec comme principaux concurrents la France, l’Allemagne et le Japon.
TGV du désert : les Espagnols dépassent la SNCF et Alstom

Fin 2011, un consortium espagnol avait raflé un grand chantier sous le nez des Français d’Alstom et de la SNCF. Pour construire le TGV entre La Mecque et Médine, l’Arabie Saoudite a choisi le savoir-faire espagnol plutôt que le projet français.

Les autorités saoudiennes ont signé un accord avec un consortium espagnol pour la construction d’un train de grande vitesse Djeddah-La Mecque-Médine d’un montant de 8,22 milliards de dollars pour la construction de la ligne à grande vitesse, la fourniture des rames et la maintenance pendant 12 ans.

Deux entreprises publiques espagnoles, la compagnie ferroviaire Renfe et l’opérateur du réseau de chemins de fer Adif, mènent ce consortium, qui inclut le groupe de BTP OHL, le fabricant de trains Talgo et la société technologique Indra.

"La (nouvelle) ligne de 450 kilomètres de longueur servira à plus de 160.000 pèlerins par jour", soit plus de 60 millions de voyageurs potentiels par an, a souligné Madrid.

Pouvant atteindre une vitesse de 320 kilomètres heure, le tronçon TGV reliera La Mecque et Médine en moins de 2h30.

Le consortium construira notamment les voies ferrées et fournira 35 rames de trains (avec une option d’achat sur 23 supplémentaires), dont il assurera le fonctionnement et la maintenance pendant 12 ans.

"Pour Talgo, ce contrat est une commande de 1,6 milliard d’euros, qui pourrait atteindre 2,4 milliards si les options sont exécutées", a précisé l’entreprise qui construira les rames.

La rumeur d’une victoire espagnole avait circulé avec insistance fin juillet, mais la SRO avait affirmé que les négociations n’étaient pas bouclées, tandis que les autorités françaises se voulaient confiantes.

La compétition a été rude entre l’Espagne et la France, dont les groupes SNCF et Alstom s’étaient alliés avec le Saoudien Al Rajhi. En février 2011, le Premier ministre français François Fillon avait abordé ce sujet lors de son déplacement en Arabie saoudite.


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