Monde

Réconciliation chinoise, fraternité réunionnaise

Tribune Libre

Ary Yée Chong Tchi Kan / 13 novembre 2015

Il y a une semaine, le 7 novembre, Xi Jinping (Chine) et Ma Ying-jeou (Taïwan) se sont rencontrés. Les images de l’évènement ont fait la une de l’actualité mondiale, donc de La Réunion aussi. La poignée de main a eu lieu à Singapour, en « terrain neutre », et ils n’ont pas usé de leur titre officiel. Les 2 dirigeants ont voulu mettre l’accent sur la symbolique de l’Egalité et du Respect. Après 66 ans de rapport conflictuel entre les « 2 Chine », ce sont-là des gestes significatifs en direction de leur opinion publique. Cette démarche de réconciliation et de fraternité chinoise aura-t-elle pour conséquence le renforcement de la Fraternité Réunionnaise ?

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Xi Jinping (droite) et Ma Ying-jeou serrent la main lors de leur rencontre à l’Hôtel Shangri-La à Singapour le 7 novembre 2015. (photo : Xinhua/Lan Hongguang)

Xi est l’actuel Président de la République Populaire de Chine, fondée officiellement le 1er octobre 1949, après la victoire de Mao, leader du Parti Communiste Chinois et chef de l’Armée Populaire de Libération.

Ma est l’actuel Président de la République de Chine, fondée officiellement le 10 octobre 1912, dont l’un des fondateurs fut le Dr. Sun Yat-sun, dirigeant du Kuomintang qui, officiellement, avait déposé le dernier empereur, mettant fin à un pouvoir dynastique de plusieurs siècles. A sa mort, c’est Chang Kai-chek qui prit la suite.

De fait, le parti de Ma, le Kuomintang, a dirigé la Chine de 1912 jusqu’en 1949, année où il fut vaincu par le Parti de Mao, Chou En-laï, Deng Xiao-ping, etc. Son chef, Chang Kai-chek s’est alors réfugié sur l’île de Formose. Ce dernier a toujours considéré que le gouvernement légal, c’est la République de Chine qui n’a jamais signé de traité de capitulation. Il s’est replié à cet endroit dans l’espoir de reconquérir le territoire perdu quand les conditions seront meilleures.

De son côté, Mao avait également l’intention d’étendre son pouvoir sur tout le territoire chinois dont Formose, désignée comme une province chinoise. Sur le fond, les 2 partis avaient le même rêve de réunifier la Chine mais sous sa direction. Chacun ne voyait qu’une seule solution : l’option militaire. Chang Kai-check avait demandé à ses soldats, où qu’ils se trouvent, de ne pas rendre les armes. Il y en avait même à La Réunion.

Le grand changement est intervenu en 1978

Sous la conduite de Deng Xiao-ping, le PCC appela au rassemblement des Chinois en exaltant la grandeur de la Chine et la fierté chinoise. Le développement économique et l’ouverture servaient de vecteurs à l’affirmation de l’union nationale et patriotique. Pour lui, la division entre Chinois est un vestige qui devra trouver sa résolution dans une Chine moderne et prospère. Devant le succès des réformes sur le continent, l’appel du large conduisit Taïwan à considérer, en 1991, que le conflit était terminé.
Devant cette victoire idéologique et stratégique inouïe, Deng Xiao-ping reformula la question de Hong Kong, Macao et Formose. Pour faciliter leur intégration, il énonça le principe “Un pays, 2 systèmes”. Les Anglais ont rendu Hong Kong, à la Chine, en 1997, après un siècle d’occupation. Le Portugal restitua l’enclave de Macao, l’année suivante. La réintégration de Formose est plus compliquée car une nouvelle génération de responsables politiques prône l’indépendance de l’île et refuse les compromis souscrits par le Kuomintang et le PCC. Souvent ses dirigeants sont issus de la population autochtone qui n’a jamais oubliée les exactions des troupes de Chang Kai-chek lors de son installation.
Ainsi, le PCC et le Kuomintang, qui se sont tant affrontés, finissent par devenir des alliés.

Voilà pourquoi la poignée de main entre Xi et Ma a été minutieusement millimétrée et lissée à l’extrême : l’objectif est de séduire les unitaires, isoler l’adversaire commun, à Taïwan et dans le monde. Qualifiée d’historique, la poignée de main est le symbole de la réconciliation chinoise. Le geste est empreint de Fraternité et d’Egalité car il ne fait référence à aucun titre officiel. Le mouvement évolue vers d’autres espaces de réconciliation et de fraternisation.

En effet, deux jours après la poignée de main médiatique, un communiqué annonce une grande célébration du 150e anniversaire de Sun Yat-sun le 12 novembre 2016. C’est un condensé du combat engagé pour la fraternité chinoise. Sun est présenté comme un “grand héros national, patriote et pionnier de la révolution démocratique chinoise”. Les manifestations visent, entre autres, à “sauvegarder la paix à travers le détroit de Taïwan et promouvoir conjointement l’unification pacifique du pays.” L’essentiel est dit. Rendez-vous dans un an. N’oublions pas que le pouvoir continental partage déjà le 10 octobre qui est célébré à Taïwan comme la fête nationale, en référence à la première République. Ce récit national est un grand bonheur pour les travailleurs du continent qui cumulent ainsi 10 jours de congés annuels depuis le 1er octobre, fête nationale sur le continent.

Réconciliation chinoise, fraternité réunionnaise ?

Il est indéniable que la réconciliation chinoise dans le détroit de Formose a franchi une étape décisive. La démarche pacifique a un impact mondial. Quelle résonance à La Réunion où le Kuomintang avait ses propres députés ? Ces derniers siégeaient dans un parlement étranger avec la complicité de tous les gouvernements Français successifs. Les Réunionnais descendants de familles chinoises qui se sont divisés en suivant l’un ou l’autre camp doivent, plus que jamais, concentrer leurs énergies à construire la fraternité en Terre réunionnaise, unir la grande famille réunionnaise.

Ary Yée-Chong-Tchi-Kan, auteur de « Réconciliation et Fraternité », Ocean éditions, 2009


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