Monde

« Se donner un nouvel espace dominé par l’Europe, c’est un peu aller à contre courant de l’Histoire »

Un économiste prédit l’échec de l’Union pour la Méditerranée

Témoignages.re / 4 août 2009

Pour tenter de faire face à la montée des grands pays émergents tels que la Chine, l’Inde ou le Brésil, l’Union Européenne a proposé de lancer une Union pour la Méditerranée. Selon le secrétaire général du Forum social africain, cette initiative ne marchera pas car elle est trop déséquilibrée au profit de l’Europe.

L’Union pour la Méditerranée créée par l’Union Européenne (UE), et qui englobe des pays d’Afrique du Nord et du Proche-Orient, n’a pas un grand avenir, a estimé jeudi à Dakar l’économiste et secrétaire général du Forum social africain, Tawfick Ben Abdallah.
« Je suis sceptique quant à l’avenir de cette organisation à cause du poids trop élevé de l’Europe », a-t-il déclaré le 30 juillet dernier en marge du forum sur le rôle et la place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale qui a mis fin au symposium de trois jours sur les États-Unis d’Afrique.
M. Abdallah a soutenu que la création de cette organisation n’avait pas donné lieu à un ancrage politique local et populaire et n’avait pas fait l’objet de débat public, ce qui a entraîné alors l’implication mitigée des chefs d’État d’Afrique du Nord.
« Ils (les chefs d’État) font attention à ne pas aller trop loin dans cette organisation. Ils y sont allés sur la pointe des pieds et, jusqu’à présent, plusieurs questions ne sont pas encore réglées. Il y a toujours la question d’Israël qui est perçue comme une entité oppressive », a-t-il ajouté.
Il a également exprimé son scepticisme sur les gains géostratégiques que l’Afrique engrangerait dans cette organisation.
« Les relations déterminantes ne sont plus seulement avec l’Europe. C’est aussi avec l’Asie, l’Amérique latine, les États-Unis. Se donner un nouvel espace dominé par l’Europe, c’est un peu aller à contre courant de l’Histoire », a-t-il affirmé.
Évoquant la situation des pays d’Afrique du Nord par rapport à la constitution des États-Unis d’Afrique, le secrétaire général du Forum social africain a estimé qu’ils ont une identité africaine, mais ils appartiennent à plusieurs polarités.
« Leur premier espace naturel, c’est bien sûr leur continent, l’Afrique. Mais, du fait de l’histoire et d’un tas de choses, ils ont une appartenance au monde arabe et ils ont une appartenance au monde méditerranéen », a ajouté M. Abdallah.
« Cette appartenance à plusieurs aires culturelles est une richesse et non un obstacle à la réalisation de l’intégration politique du continent », a-t-il dit, citant en exemple l’Île Maurice, Madagascar, les Seychelles et l’Éthiopie.
« Chacun de ces pays représente une spécificité, des caractéristiques géographiques, culturelles et géopolitiques qui peuvent être une richesse pour le continent », a poursuivi M. Abdallah.


Kanalreunion.com