Monde

Tant de sang pour du pétrole… et ce n’est pas fini

Guerre Irak-Iran ; Invasion du Koweit par l’Irak ; Guerre du Golfe

Témoignages.re / 28 juillet 2010

Londres, 15 Juin 2009, le Dr Muhammad Ali Zainy, ancien ministre du Pétrole de Saddam Hussein, a accepté de donner une interview à Arnaud Hamelin et Frédéric Tonolli.
En 1982, le Dr Muhammad Ali Zainy représente l’Irak à la conférence de l’OPEP qui se tient à Vienne. Il décide d’abandonner ses fonctions et s’installe aux USA avec sa famille et travaille dans l’industrie pétrolière. En janvier 1999, il rejoint à Londres le Center for Global Energy Studies en tant que spécialiste de l’énergie. Le CGES a été créé par le Sheikh Yamani, ancien ministre saoudien du Pétrole, véritable "patron" de l’OPEP au long des années 1970.

Extraits de l’entretien :
« … En y réfléchissant, la guerre Iran/Irak a mis face à face deux superpuissances pétrolières que le conflit a empêché de produire autant qu’auparavant. Une limitation des rendements qui a plutôt servi les intérêts des compagnies américaines et britanniques d’ailleurs. Quels ont été les dégâts ?

La guerre entre l’Iran et l’Irak a détruit l’industrie des deux pays. Un conflit long et larvé de 8 années qui a détruit l’économie des deux pays. Les infrastructures pétrolières ont été réduites en miettes…

… Quant aux autres compagnies pétrolières, la situation leur a profité de deux manières : Tout d’abord, le début de la guerre a provoqué une diminution de l’approvisionnement du marché du pétrole. À cela on ajoute la forte hausse du prix du pétrole au lendemain de la Révolution Islamique. Deuxièmement, la chute de la production pétrolière tant au Koweït pendant une période assez courte qu’en Irak pendant plus longtemps a permis à d’autres pays comme le Venezuela ou l’Arabie Saoudite d’occuper le terrain…

… Lorsque la guerre Iran/Irak prit fin en 1988, l’Irak était tombée dans une grande pauvreté. Avant le conflit, l’Irak un était un pays riche dont le montant des réserves de change allait jusqu’à 35 ou 40 milliards de dollars par an, capable de produire et d’exporter de grandes quantités de pétrole.

Après 8 ans de guerre, tout cela avait disparu. L’Irak était devenu totalement dépendant de son pétrole. La moindre fluctuation du prix du baril frappait le pays très durement. En outre, au sortir de ces années de guerre, l’Irak avait des dettes très importantes vis-à-vis d’autres pays, Arabes ou non Arabes d’ailleurs. C’est à cette époque cruciale que le Koweït, les Émirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite ont commencé à surproduire et à submerger le marché de leur pétrole. Si les Émirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite ont vite accepté de cesser la surproduction, de réduire la voilure, le Koweït a longtemps refusé d’obtempérer, et ce, de manière assez intransigeante.

Tout cela a beaucoup pesé sur Saddam. Il avait vraiment besoin d’argent pour le pays . A chaque fois que le prix du pétrole chutait de 1 dollar, l’Irak perdait 1 milliard de dollars, selon les cours de l’époque . Ce qui faisait beaucoup de mal au pays. Et quand le Koweït, sous la pression des pays de l’OPEP, a fini par consentir d’arrêter la surproduction, il était déjà trop tard pour Saddam. Ce dernier a envahi le Koweït très peu de temps après.

Mais l’on est également en mesure de se demander si Saddam n’a pas été encouragé dans cette direction. La question mérite d’être posée, car dans un sens, la réponse est positive.
Comme on le sait maintenant, il avait rencontré quelque temps auparavant l’Ambassadrice américaine de l’époque, April Glaspie. Au cours de cet entretien, Saddam lui avait fait part de la situation, de ses problèmes avec le Koweït et de la nécessité d’y trouver une solution. Ce à quoi April Glaspie avait répondu que tout cela était un éternel problème arabe qui ne concernait pas les USA. Et d’ajouter que les États-Unis n’avaient passé aucun accord de défense ou autre avec le Koweït. Saddam en a donc conclu qu’il avait carte blanche pour régler son différend avec le pays voisin. Peu de temps après cet entretien, il envahissait le Koweït. Si vous me demandiez : “Est-ce que c’était un piège ?”, je vous répondrais oui. Et Saddam est tombé en plein dedans…

… A la fin du conflit armé avec le Koweït, l’Irak était complètement détruit, militairement comme économiquement. L’intention des États-Unis était probablement d’affaiblir le pays et de ruiner sa force militaire.

C’est vrai que les réserves de pétrole prouvées de l’Irak représentent environ 10% des réserves mondiales.

Dire que l’Irak est l’Eldorado du pétrole est vrai dans une certaine mesure. Pour des raisons historiques que j’ai probablement déjà énoncées, l’Irak est le pays qui a été le moins exploité en termes de production pétrolière et d’exploitation de ses réserves. Dans un sens, l’Irak représente le dernier bastion, le dernier lieu où les grandes compagnies internationales pourraient encore découvrir des champs de pétrole comme il n’en existe plus dans le reste du monde. Les majors peuvent venir et les exploiter… ».
Fin de citations

Ces propos sont à comparer avec la soupe que les médias nous ont servie des mois durant pour justifier la guerre du Golfe. Dans tous les discours, il était question de libération du Koweït, de respect du droit international, etc. Et quasiment toutes les opinions publiques bien décervelées par ce matraquage ont mangé de cette soupe.
Rappelons que celui qui nous ouvre les yeux, le Dr Muhammad Ali Zainy, s’il est un ancien ministre du Pétrole de Saddam Hussein, s’est opposé à sa politique en quittant ses fonctions et l’Irak en 1982, 9 ans avant la guerre du Golfe. On ne peut donc pas le suspecter de tendresse pour Saddam Hussein et ce qu’il dit montre à quel point les citoyens occidentaux se sont laissés berner… et se font encore berner de nos jours.

Jean Saint-Marc


• Quand la télé fait son boulot
Pour la saison télé 2010-2011, France 5 — la chaîne publique du savoir — poursuit son aventure documentaire pour accompagner les téléspectateurs dans leur ouverture sur le monde. Fidèle à ses ambitions, France 5 s’attache à fournir à son public les clés lui permettant de mieux décrypter le monde réel à travers la dissection des faits de société, de la géopolitique et des principales tendances du monde contemporain. France 5 a dévoilé ce que seront les documentaires qu’elle diffusera dès la rentrée.

• Pétrole : La Véritable et Inavouable histoire du pétrole
Le Secret des sept sœurs
En 1928, le Hollandais Henri Deterding, patron de la Royal Dutch Shell, réunit dans son château d’Achnacarry les présidents des six compagnies pétrolières : Standard Oil of New Jersey, Texaco, Anglo-Persian Oil Company, Gulf, Chevron et Mobil. Afin d’exploiter « fraternellement et le plus profitablement » les réserves mondiales de pétrole, les convives concluent alors l’Accord d’Achnacarry, dit aussi « des sept sœurs ». Il va sceller la prospérité de leurs sociétés. Soixante-dix ans plus tard, ces sept compagnies figurent toujours parmi les dix plus puissantes... Mêlant interviews de spécialistes, images d’aujourd’hui, archives et reconstitutions, cette série montre comment le contrôle du pétrole a modelé les relations entre les États et nourri de multiples conflits. Quatre épisodes : “Tempêtes et fortunes du désert” ; “Le Grand Jeu, les Sœurs et l’Ours” ; “Safari dans l’eldorado noir” ; “La Conspiration des milliardaires”. Quatre documentaires de 52 minutes chacun.
Les auteurs-réalisateurs sont Arnaud Hamelin et Frédéric Tonolli. Ces quatre épisodes sont produits par Sunset Presse, avec la participation de France Télévisions.

Pour nous mettre en appétit, les auteurs-réalisateurs Arnaud Hamelin et Frédéric Tonolli nous livrent sur leur blog*, quelques-unes des nombreuses “pépites” qu’ils ont recueillies dans leur quête des secrets de l’or noir.

* http://secretdes7soeurs.blogspot.com/


Kanalreunion.com