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Tribune libre de Vladimir Poutine dans le "New York Times" : Le choix de la solution politique au conflit syrien se confirme

Incroyable : une tribune libre sur la Syrie de Vladimir Poutine dans le New-York Times

Témoignages.re / 13 septembre 2013

Publiée le jour de la commémoration des attaques du 11 septembre 2001 dans le journal de référence de la presse des États-Unis, la tribune libre du président de la Russie traduit le basculement définitif vers le choix d’une solution politique en Syrie. Cette adresse de Vladimir Poutine au peuple américain et à ses dirigeants va aider Barack Obama à se sortir de l’impasse dans laquelle deux de ses alliés européens l’ont placé.

Aux États unis, le 11 septembre est la date de la commémoration des attaques de 2001 qui firent 3.000 victimes. La responsabilité est attribuée à l’organisation Al-Qaïda. C’est précisément ce 11 septembre que le "New York Times" a publié une tribune libre de Vladimir Poutine, président de la Russie.

Ce n’est pas tous les jours qu’un chef d’État peut s’exprimer dans le quotidien dit de référence des États-Unis. Qui plus est, Vladimir Poutine est le président d’un pays avec qui les relations des États-Unis sont tendues. De plus, le 11 septembre est une date très importante aux États-Unis, car les attaques de 2001 firent autant de victimes que le bombardement de Pearl Harbor qui permit l’entrée en guerre des États-Unis en 1941.

Le 11 septembre 2001 marque le début de l’offensive des États-Unis dans le Moyen-Orient qui aboutit avec l’occupation de l’Afghanistan puis de l’Irak. Un des objectifs officiels de cette réaction était de combattre Al Qaïda.

Or, dans son message aux Américains publié dans le "New York Times", le président de la Russie affirme que bombarder l’armée syrienne ne fera que renforcer des membres d’Al Qaïda, précisément considérés comme organisations terroristes par les États-Unis.

Il donne même des cours de politique étrangère au gouvernement des États-Unis !

Nul doute que ce message va définitivement retourner la totalité de l’opinion américaine contre l’aventure guerrière en Syrie. Nul doute que cet article va permettre au président des États-Unis de trouver une porte de sortie honorable afin de se désolidariser de l’attitude des dirigeants français et britanniques vis-à-vis du gouvernement syrien.

Voici quelques extraits de cette tribune.

Deux alliés contre le nazisme

« Les relations entre nous sont passées par différentes étapes. Nous étions dressés l’un contre l’autre pendant la guerre froide. Mais nous étions aussi alliés une fois, et avons défait ensemble les Nazis. (…) Les fondateurs des Nations-Unies ont compris que les décisions affectant la guerre et la paix doivent se concevoir seulement par consensus, et avec l’assentiment de l’Amérique, le droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité a été consacré dans la Charte des Nations-Unies. »

Qui veut l’effondrement de l’ONU ?

« Personne ne veut que les Nations Unies subissent le sort de la Société des Nations qui s’est effondrée parce qu’il lui manquait une réelle influence. C’est possible si des pays influents contournent l’ONU et entreprennent une action militaire sans l’accord du Conseil de sécurité.

Les possibles frappes des États unis contre la Syrie, malgré la forte opposition de nombreux pays et des principaux responsables politiques et religieux dont le pape, se traduiront par plus de victimes innocentes, et une progression du potentiel de propagation du conflit au-delà des frontières de la Syrie. Une frappe pourrait augmenter la violence et déclencher une nouvelle vague de terrorisme. Il pourrait saper les efforts multilatéraux visant à résoudre le problème nucléaire irakien et le conflit israélo-palestinien, et déstabiliser davantage le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Cela pourrait déséquilibrer l’ensemble du droit international. »

Le renforcement des adversaires de l’Amérique

« Le département d’État des États-Unis a désigné le Front Al-Nusra et l’État islamique de l’Irak et du Levant, qui combattent avec l’opposition, comme organisations terroristes. Ce conflit interne, alimenté par des armes étrangères fournies à l’opposition, est l’un des plus sanglants dans le monde.

Des mercenaires des pays arabes combattent là-bas, et des milliers de combattants en provenance des pays occidentaux et même de Russie, sont un sujet de notre profonde inquiétude. Ne pourraient-ils pas retourner dans nos pays avec l’expérience acquise en Syrie ? Après tout, après avoir combattu en Libye, les extrémistes sont passés au Mali. Cela nous menace tous. »

Le respect du droit international

« Nous ne protégeons pas le gouvernement syrien, mais le droit international. Nous avons besoin d’utiliser le Conseil de sécurité des Nations Unies et croyons que préserver la loi et l’ordre dans le monde complexe et turbulent d’aujourd’hui, est une des seules voies pour préserver les relations internationales d’un glissement vers le chaos. Le droit reste le droit, et nous devons la suivre, que cela nous plaise ou non.

Dans le cadre du droit international, l’usage de la force est seulement permis comme self-défense, ou par une décision du Conseil de sécurité. Toute autre chose est inacceptable dans le cadre de la Charte des Nations Unies, et constitue un acte d’agression. »

Après les Syriens, les rebelles menacent Israël d’attaque chimique

« Il ne fait pas de doute que des gaz ont été utilisés en Syrie. Mais il y a tout lieu de croire qu’ils ont été utilisés, non pas par l’armée syrienne, mais par les forces de l’opposition, afin de provoquer l’intervention de leurs puissants protecteurs étrangers, qui seraient du côté des fondamentalistes. Les rapports selon lesquels ses combattants préparent d’autres attaques, cette fois contre Israël, ne peuvent pas être ignorés. »

Pour le monde, l’Amérique est « une force brute », pas une démocratie

Il est inquiétant de constater que les interventions militaires dans des conflits internes de pays étrangers soient devenues des lieux communs aux États-Unis.

Est-ce dans l’intérêt à long-terme des États-Unis ? J’en doute. Par millions dans le monde, les gens voient de plus en plus l’Amérique non pas comme un modèle de démocratie, mais comme s’appuyant uniquement sur la force brute, pour bricoler des coalitions sous le slogan : "vous êtes avec nous ou contre nous".

Mais la force a prouvé son inefficacité. L’Afghanistan est sous le choc, et personne ne peut dire ce qui se passera après le retrait des forces internationales. La Libye est divisée entre des tribus et des clans. En Irak, la guerre civile continue, avec des douzaines de morts chaque jour. Aux États-Unis, beaucoup font une analogie entre l’Irak et la Syrie, et demandent pourquoi leur gouvernement voudrait répéter les erreurs récentes.

L’alternative à la guerre

« Le monde réagit en demandant : si vous avez la bombe, personne ne vous touchera. Nous nous sommes quittés en parlant du besoin de renforcer la non-prolifération, alors qu’en réalité c’est en train d’être fragilisé.

Nous devons arrêter d’utiliser le langage de la force et reprendre le chemin d’un règlement diplomatique et politique civilisé.

Une nouvelle possibilité d’éviter une action militaire a émergé ces derniers jours. Les États-Unis, la Russie et d’autres membres de la communauté internationale doivent tirer parti de la volonté du gouvernement syrien de placer son arsenal chimique sous le contrôle international pour destruction ultérieure. À en juger par les déclarations du président Obama, les États-Unis voient cela comme une alternative à une action militaire. »

Petite leçon de modestie à Obama

« Ma relation de travail et personnelle avec le président Obama est marquée par une confiance croissante. J’apprécie cela. J’ai étudié attentivement son discours à la Nation de mardi. Et je serais plutôt en désaccord avec un propos qu’il a tenu sur l’exceptionnalisme américain, déclarant au sujet de la politique des États-Unis que « ce qui rend l’Amérique différente. C’est ce qui rend exceptionnel ». Il est extrêmement dangereux d’encourager les gens à de voir eux-mêmes exceptionnels, quelle que soit la motivation. Il y a des grands et des petits pays, riches et pauvres, ceux qui ont de longues traditions démocratiques et ceux qui en sont encore à chercher leur chemin vers la démocratie. Leurs politiques diffèrent, aussi. Nous sommes tous différents, mais quand nous demandons la bénédiction du Seigneur, nous ne devons pas oublier que Dieu nous a créés égaux. »


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