Monde

Ukraine : élection présidentielle anticipée

Après les affrontements meurtriers, les négociations

Témoignages.re / 22 février 2014

Sous pression pour stopper le bain de sang qui a fait une centaine de morts depuis mardi, Viktor Ianoukovitch, à l’issue de longues négociations avec l’UE et la Russie débutées jeudi, a finalement lâché du lest.

Dans un communiqué publié sur le site officiel de la présidence, le président ukrainien a en effet annoncé vendredi à la mi-journée qu’il accédait à plusieurs revendications des leaders de l’opposition : la tenue d’une présidentielle anticipée (le scrutin devait avoir lieu en 2015), le retour à la Constitution de 2004 où les pouvoirs du président sont plus faibles qu’aujourd’hui et la formation, dès maintenant, d’un gouvernement d’union nationale.
Quelle attitude pour les radicaux ?
Après avoir consulté leur base, les leaders de l’opposition qui participent aux pourparlers ont décidé de signer l’accord, sous réserve que les actuels ministres de l’Intérieur et procureur général soient exclus du gouvernement à venir. Le texte a été signé dans l’après-midi en présence des médiateurs européens.
Cela met-il pour autant fin à la crise ?

La crise ukrainienne rappelle la guerre froide


La tension est montée d’un cran depuis mardi dernier, date à laquelle les manifestants et les forces gouvernementales se sont affrontés à Kiev, capitale ukrainienne, faisant des dizaines de morts et plus de 600 blessés.
Une situation difficile à la fois pour le président Viktor Ianoukovitch et l’opposition, qui peinent à trouver un moyen de sortir de la pagaille actuelle. Or, cette situation est d’autant plus difficile à gérer qu’une intervention externe est en cours.

Le gouvernement ukrainien semble perdre l’emprise sur la situation, les concessions qu’il a prises n’ayant pas réussi à apaiser les manifestants en colère, tandis que l’opposition, qui cherche à transformer les sentiments anti-gouvernementaux publics en ses propres gains politiques, n’est non plus parvenue, à son tour, à contrôler les cours de l’événement.

La scission qui s’aggrave à l’intérieur du pays est un miroir du dilemme tant diplomatique que géopolitique auquel fait face ce pays d’Europe orientale. Celui-ci est constamment obligé, depuis son indépendance en 1991, de choisir son camp entre l’Occident et la Russie.
La crise en Ukraine a été déclenchée suite à la réticence affichée en novembre dernier par le président Ianoukovitch sur un accord d’association avec l’Union européenne (UE), et ce, en signe de rapprochement avec la Russie.

Le président a justifié sa décision par des considérations économiques, un motif qui est pourtant interprété par l’opposition pro-occidentale comme un stratagème en faveur de Moscou. Sous l’effet de la propagation par des médias occidentaux, la fracture politique de la nation a bientôt dégénéré en manifestations violentes et affrontements sanglants.
Coincé entre la Russie et l’UE, l’Ukraine est depuis bien des années tiraillée et essaye de trouver un équilibre entre les deux géants.

Pourtant, la politique d’équilibre de l’Ukraine n’a pas bien fonctionné ces derniers temps et des signes croissants d’une intervention extérieure directe sont apparus. Jeudi, les ministres des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et de la Pologne se sont rendus à Kiev pour rencontrer M. Ianoukovitch avant de retourner à Bruxelles, pour y prendre part à une réunion des ministres des Affaires étrangères des 28 pays membres de l’UE sur les éventuelles sanctions imposées à l’encontre de l’Ukraine suite à la violence qui a éclaté mardi soir.

D’un point de vue plus large, la crise ukrainienne rappelle la guerre froide, car beaucoup d’Occidentaux considèrent toujours la Russie comme un étranger et sont désireux d’absorber les pays qui maintiennent des liens traditionnels avec cette dernière, comme l’Ukraine, dans leur orbite d’influence.
Cette attitude ne fera que croître le sentiment d’insécurité de la Russie, et l’effet de contagion des affrontements de titans dans un pays de taille moyenne comme l’Ukraine donnera lieu à l’instabilité politique.

Bien que l’Ukraine s’enfonce dans le chaos actuel, très peu de personnes s’attendent à l’adoption d’une politique étrangère purement unilatérale à l’avenir.
En Ukraine, des appels ont été lancés pour une politique étrangère indépendante basée sur les intérêts nationaux qui font écho dans d’autres pays en voie développement, qui revendiquent également l’autodétermination et l’autonomie.

L’évolution des événements montre que l’intervention externe envoie de mauvais signaux aux parties prenantes en Ukraine et divise davantage le pays.
Pour conclure, dénoncer la violence, mener un dialogue sincère et comprendre ce qui est le mieux pour le pays est le rôle des Ukrainiens. Bien que le processus puisse être long et douloureux, il caresse le meilleur espoir.

 (Source Xinhua) 


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