Monde

Un possible dénouement politique en Italie

Un mois après les élections

Céline Tabou / 26 avril 2013

Enrico Letta est chargé de former un gouvernement après les consultations qu’il va réaliser pour former au plus vite un exécutif alliant gauche et droite. Figure de la gauche modérée, Enrico Letta a été désigné mercredi 24 avril par le Président Giorgio Napolitano.

Le Président italien s’est rendu à la Chambre des députés, le jour de sa nomination, où il a débuté sa série de rencontres avec une délégation du petit parti "Gauche, Écologie et Liberté". Il devrait, selon les agences de presse, rencontrer des représentants de tous les autres partis, dont le Peuple de la Liberté (PDL) de Silvio Berlusconi, et terminera avec le Mouvement 5 Étoiles (M5S) de l’ex-humoriste Beppe Grillo.

Etablir une liste rapidement

Enrico Letta devrait établir d’ici à samedi 27 avril une liste resserrée des membres du gouvernement de 18 ministres, dont 12 avec portefeuille. Ce dernier la présentera mardi 30 avril au Parlement pour un vote de confiance. Si le gouvernement d’Enrico Letta est adopté, l’Italie pourrait sortir du blocage politique dans lequel elle se trouve depuis les élections des 24 et 25 février, qui n’ont pas donné de majorité claire de gouvernement au Parlement. La gauche possède la majorité absolue à la Chambre des députés, alors que le Sénat est divisé en trois blocs : Parti démocrate (PD, gauche), PDL et M5S.

« Il faut une personnalité qui ait de l’expérience, mais qui donne aussi un signal d’innovation », avait averti Giorgio Napolitano avant de faire son choix. Prudent, Enrico Letta a néanmoins précisé jeudi 25 avril que son gouvernement « ne naîtra pas à tout prix » et qu’il reste à vérifier concrètement l’appui des forces politiques à un gouvernement de coalition, a expliqué “Les Échos”. Enrico Letta a accepté « avec réserve » sa nomination, désireux de vérifier ses soutiens au sein de la majorité au Parlement. Européen convaincu, il était devenu le plus jeune ministre de l’histoire de l’Italie lorsqu’il fut nommé ministre des Politiques communautaires en 1998 dans le premier gouvernement de gauche de Massimo D’Alema.

La crise économique italienne persiste

La nomination d’Enrico Letta a détendu les marchés financiers mercredi 24 avril, selon les sites spécialisés. Si bien que l’opération de refinancement du Trésor italien a été un succès, avec la vente de 2,5 milliards d’euros d’obligations à échéance de 2 ans, à un taux d’intérêt de 1,17% contre 1,75% il y a un mois. Il s’agit du niveau le plus bas atteint par le taux de rendement de la dette italienne à échéance de 2 ans depuis la création de l’Union monétaire européenne en 1999. Cependant, la Bourse de Milan a clôturé en baisse de 1% mercredi en cours de séance, en raison des prises de bénéfices observées sur les titres bancaires.

Pour Francesco Saraceno, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), l’économie du pays est « dans le coma », car il existe une crise conjoncturelle, avec un taux de chômage élevé de 11,6%, selon l’Istat en février. De plus, le taux de chômage des jeunes est en particulier très élevé avec 37,8%.

L’Italie est l’un des pays de la zone euro qui enregistreront une des baisses les plus importantes de son Produit intérieur brut (PIB) cette année avec -1,3%, selon les prévisions de l’OFCE. A cela s’ajoute une crise structurelle, notamment dans le secteur industriel. Le pays a perdu en compétitivité depuis 1999, année d’entrée de l’Italie dans la zone euro, a expliqué l’économiste. D’ailleurs, « les politiques d’assainissement des finances publiques, menées depuis 2010 sur fond de crise économique, ont eu un gros effet récessif. Aujourd’hui est venu le temps de la relance, mais l’Italie ne peut pas la faire seule, car elle en paierait le prix sur les marchés ; il s’agit donc d’un problème européen », a-t-il conclu.

Céline Tabou


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