Monde

Un sommet des Amériques inédit

Cuba et les États-Unis à la même table de discussions

Témoignages.re / 11 avril 2015

Pour la première fois, Cuba participe au Sommet des Amériques, créé en 1994, ce sommet réunit 34 pays d’Amérique du Nord, Amérique centrale et d’Amérique du Sud. L’enjeu est la présence des Cubains, preuve d’un réel rapprochement entre le pays et les États-Unis, instauré en décembre 2014.

Après l’annonce commune, le 17 décembre, du dégel des relations entre cubains et américains, l’administration de Barack Obama a assoupli les restrictions dans les domaines touristique, commercial et financier. Et une communication téléphonique directe a été mise en place. La reprise des relations diplomatiques et l’ouverture d’ambassades devraient être engagées.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, une rencontre a été organisée entre le secrétaire d’État américain John Kerry et son homologue cubain Bruno Rodriguez. Un événement historique, entre responsables de ce niveau depuis 1958. Les échanges entre les deux hommes ont permis de faire des “progrès” en vue du rapprochement entre les deux pays.

John Kerry et Bruno Rodriguez sont « tombés d’accord sur le fait qu’ils avaient réalisé des progrès et que nous allions continuer à travailler pour régler les questions en suspens », a expliqué un haut responsable du département d’État américain, d’après La Croix.

Cuba retiré de la liste des États soutenant le terrorisme

Ce sommet est inédit en raison de la présence de Cuba, écarté des institutions continentales par les États-Unis et l’Organisation des États américains (OEA). D’ailleurs, jeudi soir, le Département d’Etat aurait entamé les démarches pour la levée d’un premier obstacle : la présence de Cuba dans la liste américaine des pays soutenant le terrorisme.

Ben Cardin, démocrate le plus haut placé de la commission des Affaires étrangères du Sénat, a fait état du dépôt d’une « recommandation du département d’Etat de retirer Cuba de la liste des États soutenant le terrorisme », auprès de l’Agence France Presse. Ce dernier a espéré que « cette annonce lèvera les obstacles au rétablissement des relations diplomatiques ».

Ce retrait de cette liste était la principale condition posée par Cuba à la réouverture d’ambassades dans les deux pays. Cette liste est « juste un début » sur le chemin de la normalisation, a expliqué Mark Weisbrot, directeur Centre de recherche économique et politique basé à Washington. En effet, le président cubain, Raul Castro avait assuré que la normalisation des relations « ne sera pas possible » si l’embargo était maintenu en vigueur.

Autres points de tension, la base navale américaine de Guantanamo (est), occupée par les troupes américaines depuis 1903, les compensations mutuelles demandées par les deux pays pour les dégâts de l’embargo et la nationalisation de biens américains après la révolution castriste. Pour Carlos Alzugaray, ancien diplomate et universitaire cubain, « la présence de Raul Castro au sommet n’est pas un aboutissement, mais un début ».

Le Venezuela, un centre des débats

Au-delà de l’accent mis sur la relation cubano-américaine, de nombreux pays latino-américains sont irrités par la décision de signer un décret qualifiant le Venezuela de “menace” pour la sécurité intérieure des États-Unis.

La crise vénézuélienne « résonne dans l’antichambre de l’inauguration de cet événement », a révélé le quotidien de Caracas, El Universal. D’anciens présidents d’Amérique latine et d’Espagne ont décidé de rompre le silence sur le « manque de garanties démocratiques » au Venezuela et de « présenter une déclaration exigeant la remise en liberté des prisonniers politiques ainsi que la mise en œuvre d’élections ‘libres et justes’ », a noté le quotidien espagnol El País.

« Bien que cette prise de position soit purement symbolique, elle contribue à démonter le récit officiel de la solidarité entre pays latino-américains face à l’impérialisme américain », a expliqué le politologue Daniel Lansberg-Rodriguez dans la revue américaine Foreign Policy, cité par Courrier International.

Pour Barack Obama, la dépendance de la région caraïbe au pétrole du Venezuela, qui a une diplomatie centrée sur le pétrole, a servi à ce dernier de plaider pour un renforcement de la coopération énergétique avec cette région.

Enfin, lors du dernier sommet des Amériques à Carthagène (Colombie) en 2012, la plupart des chefs d’État ont déploré l’inefficacité des politiques de luttes contre le narcotrafic dans la région et les effets d’une dépénalisation des drogues. Cette déclaration commune met en exergue l’émancipation croissante de l’Amérique latine envers Washington.

S.L.


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