Monde

Une famille au Vietnam

Vécu

Témoignages.re / 28 décembre 2009

Un envol de Saint-Denis Gillot, un décollage de Paris Roissy, c’est une même famille qui se retrouve au Vietnam pour un périple de trois semaines.

Les Hoarau, frères et sœurs en majorité, accompagnés de leurs conjoints et amis, ont dès ce 24 octobre 2009, parcouru cette terre lointaine où leur père Léonus avait séjourné, désigné pour servir au sein de l’armée française en Indochine.
1937-2009, un même monde, une même coutume, un même engagement : l’amour du pays, l’existence dans la dignité, l’honneur dans le travail, c’est bien de cela dont nous parlait souvent notre père.
Cette fourmilière sans cesse en mouvement donne l’impression de ne jamais se lasser du klaxon, accessoire essentiel des deux ou quatre roues, mélange hétéroclite de moyens de transport qui se nomment vélos-cargos, vélo-pousse, deux-roues adaptés en fonction des besoins quotidiens, scooters voués aux déplacements de la famille (4 personnes à bord n’est pas chose exceptionnelle).
C’est à Hanoï que commence cette virée et les premières impressions n’ont de cesse que louer la splendeur de l’Asie, une origine de courage, de rusticité, d’imagination aux facettes multicolores, un univers de temples, de pagodes.
Visite de la ville, promenade en vélo-pousse, arrêt à la pagode Tranquoc, imposant mausolée de Ho Chi Minh, nous sommes déjà trempés de la moiteur du chef-lieu. Un spectacle nocturne de marionnettes sur l’eau nous imprègne un peu plus de la perfection dans les gestes et de l’harmonie orchestrale.

Rue du cuir

Et puis, c’est ici, au N°1 de la rue du Cuir (Pho Anh Gia), que le soldat Hoarau profitait de ses loisirs pour humer les saveurs des marchands de ti-jacques, de fruits de lotus, de nems ou autres, heureux d’être hébergé par une famille vietnamienne durant son affectation dans cette région lointaine.
Un arrêt s’impose naturellement, une pensée pour l’homme nous imprègne d’une solennité que nul n’ose troubler. Une photo, des regards, c’est là, oui, que le militaire a laissé son empreinte, il y a de cela 72 ans.
Et le périple continue vers la baie d’Ha Long. Une nature luxuriante, magique, à laquelle l’Unesco n’a pu résister, inscrivant le site au patrimoine mondial. Ses îlots et ses grottes offrent un spectacle d’une imposante grandeur. 24 heures passées à bord d’une jonque dans un espace onirique nous procurent la sensation d’un univers virtuel. N’oublions pas cette croisière sur la baie d’Ha Long terrestre où, au travers de trois belles grottes, les sampans nous ont conduits au paradis du silence.
Parcourant les collines calcaires parsemées de villages thaï, c’est dans une ambiance bien typique que les habitants de Lat nous accueillent avec repas à même le plancher en bambou, danse traditionnelle, alcool de riz, et vente de tissu local. Broderies et poteries complétent nos achats.
D’un saut de puce, le 30 octobre 2009, nous voilà à Hué. De la rivière des Parfums à la pagode de la Dame Céleste en passant par le mausolée de l’empereur Minh, la fortification à la "Vauban" ne nous laisse pas insensibles.

Une certaine émotion

Un trajet emprunt néanmoins d’une certaine émotion, après le passage récent d’un typhon et de pluies diluviennes qui ont causé d’innombrables inondations, dévastant les rizières et laissant une population isolée, parfois perchée sur le toit de leurs maisons, dans l’attente d’un hypothétique secours.
Une route coupée nous contraint alors à passer une nuit improvisée à Tuy Hoa. Notre guide (Lou) nous rassure par sa grande compétence et sa présence.
Ici c’est la ligne de démarcation du 17ème parallèle, à Tonk Hoï précisément. Accoudée à un pont de bois au Nord, elle est le symbole d’un lieu stratégique, tandis que l’imposant monument de la rive sud porte en sa périphérie le symbole de la réconciliation.
L’étape suivante nous mène à Da Nang. Une ville qui, malgré la pluie, nous donne l’impression d’une métamorphose. Les enseignes lumineuses des bars et des cinémas de l’esplanade côtière sont encore frappées du sceau américain.
Le musée Cham, de culture hindouiste, marque une confession parmi toutes les croyances religieuses qui cohabitent au Vietnam. Deux édifices en briques rouges, érigés au 11ème siècle, témoignent encore du passage des Chams dans la région de Nha Trang et veillent majestueusement sur ce qui fut un empire le long de la côte d’Annam.
Plus au sud, à Hoï An, le pont couvert japonais du 17ème siècle est le symbole unique et admiré de la ville. La vieille rue estampillée de l’épopée chinoise nous conduit vers le dieu de la richesse ou de l’amour dont les adeptes se ruent sur les baguettes d’encens. Le marché aux odeurs de poissons ou de nombreux fruits ne laisse pas de répit aux touristes qui vont, d’étal en étal, découvrir les saveurs, toucher du doigt le savoir-faire asiatique.

Marché nocturne

Après la visite du musée des Ethnies minoritaires à Thuot-Lak, la promenade à dos d’éléphant ou la navigation en pirogue sur le lac Lak sont d’une telle originalité que l’émotion est palpable, ressentie jusqu’au village ethnique M’nong où cohabitent basse-cour et population dans des maisons sur pilotis. Un spectacle des gongs nous entraîne à nouveau dans une interminable farandole, alcool de riz aidant.
La poursuite de notre périple vers Saïgon nous laisse le choix, à Nha Trang, de vagabonder au marché nocturne ou de visiter une pagode où bonzes et Boudha se côtoient quotidiennement ; ce dernier culminant à 24 mètres, marqué dans ses flancs de 13 gravures de bonzes immolés pour la bonne cause.
Cap vers Da Lat, mais avant, arrêtons-nous à la vallée d’Amour. Les rubans rouges noués ou simplement accrochés à l’arbre éternel sont les témoins d’un amour fervent dont l’âme sœur attend le prince charmant. C’est ici qu’un honneur particulier est rendu à la Reine du Danemark, dans des fastes des plus distingués de belles colombes aux plumages flamboyants. La maison de la broderie nous donne à voir une dextérité parfaite, un travail minutieux pour un résultat quasi artificiel qui trompe l’œil du quidam non averti. Là, ce n’est pas l’empirisme mais la volonté de bien faire, la magie de la soie dont le ver nous a montré la grandeur du produit.
Da Lat, voilà la ville où les marques architecturales françaises sont omniprésentes. Citons simplement la gare, sœur jumelle de celle de Deauville ; quelques villas à l’architecture coloniale, en haut de la colline.

Apothéose

Un homme, s’exprimant bien dans la langue de Molière, ainsi qu’une nonne du couvent si proche, nous rappellent la présence de la France, ancienne mais réelle. Le catholicisme s’exprime dans de nombreuses églises et dans la cathédrale.
Plein sud, c’est Saïgon, où tout semble plus occidental. Ses monuments, ses grandes avenues, ses grands immeubles flambants neufs côtoient, là encore, des édifices d’architecture française tels la cathédrale, copie conforme de celle de Toulouse ; la gare ferroviaire ; l’Opéra, la Poste, le tout dans un parfait état de conservation.
C’est de là que nous nous dirigeons vers le delta du Mékong. C’est époustouflant ! Une noria d’embarcations disparates, de transports hétéroclites - de la barque de fruits aux barges de sable, de la jonque de riz aux supers ferries – embouteille ce monde fluvial qui ne connaît pas de répit. La chaleur est pesante, mais le rythme est soutenu. Mais pas question de partir sans découvrir les professionnels du pétale de riz, de la nougatine, ou ces jeunes filles attelées à la fabrique de galette de riz dans une chaleur à peine supportable.
Accrochés aux neuf tentacules du monde Mékong, ces amphibiens, perchés sur leurs pilotis nous saluent avec ferveur et s’accommodent bien du terrien que nous sommes. Des immensités des rizières aux étendues de caféiers, de la forêt d’hévéas aux jardins de bonzaïs, de la céramique à la poterie, de la dentelle à la broderie, c’est une épopée qui s’offre à nous. Une fin de voyage en apothéose, marquée par un dîner à bord d’un majestueux restaurant flottant qui, pendant une mini croisière, nous a projeté dans un monde de lumière, de bonheur, de chants et… d’au revoir.
L’aventure se termine. Que de souvenirs ! Direction l’aéroport, ce 12 novembre 2009, la compagnie Vietnam Airlines ramène les "métros" vers Paris Roissy, tandis que Air Austral se charge des Réunionnais pour Saint-Denis Gillot.

Alain


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