Monde

Une occasion manquée.

Coup d’arrêt au bouclier antimissile.

Témoignages.re / 23 septembre 2009

Le règlement de la crise de système qui assaille l’humanité appelle à repenser l’ensemble des rapports économiques, culturels et environnementaux au plan global. Aucune solution durable ne pourra être trouvée à l’échelle du monde sans un véritable désarmement qui puisse à la fois libérer les forces de production et lever l’hypothèque sur la liberté des peuples.

Le Président des Etats-Unis vient d’annoncer l’assouplissement du dispositif anti-missile qui devait être déployé en Europe centrale. Prétendument destiné à protéger l’Europe d’hypothétiques tirs de missiles iraniens, celui-ci visait en réalité, dans l’optique définie par les théoriciens de l’entourage de Georges. W. Bush, à poursuivre la stratégie d’encerclement de la Russie de la Guerre Froide.
Si elle signale un semblant de détente à l’Est et envers l’Iran, la décision de Barak Obama ne doit pas pour autant être surévaluée. Dans l’arrière-plan de crise économique, démographique et environnementale, de vraies mesures de désarmement global doivent être prises. Les possibilités d’une telle dynamique existent au plan international : on ne peut que regretter que le Président des USA, qui bénéficie d’une aura internationale que n’a eu aucun de ses prédécesseurs, n’ait pas choisi d’ancrer le monde sur la voie du désarmement et de la paix.

Une rupture stratégique…

Sur le plan symbolique, l’élection de Barak Obama a signifié une rupture qui va au-delà de la personnalité du candidat : sitôt installé à la Maison-blanche, le Président des Etats-Unis a multiplié les gestes d’apaisement envers la Russie et l’Iran, tous deux cibles directes de la stratégie hégémonique de la stratégie de Georges Bush.
L’Histoire a sans doute quelque peu forcé la main au dirigeant américain : celui-ci a dû prendre acte de l’échec militaire de l’intervention engagée depuis 2003 en Irak, où la résistance inflige de lourdes pertes aux armées coalisées.
Il y eut aussi la défaite-éclair de l’allié Géorgien face à l’armée Russe, l’impossibilité renouvelée de renverser les régimes populaires en Amérique Latine… Autant que les convictions et la volonté de changement, le reflux historique de la puissance américaine imposait au nouveau dirigeant d’infléchir la ligne d’affrontement mise en œuvre par son prédécesseur. Depuis sa prise de fonctions, le monde résonne des discours tenus par le Président Obama, en faveur d’un règlement pacifique et global des conflits ; mais les mots sont une chose, les décisions en sont une autre.
En l’occurrence, si les mots sont grands, la tyrannie des petites décisions maintient le monde à l’ombre des armes.

..qui n’atteint pas les problèmes fondamentaux.

Le gel —au moins temporaire— du projet de bouclier antimissile est dicté par des intérêts stratégiques. S’il témoigne d’une baisse d’intensité de la stratégie de tension qui oppose la Russie et les Etats-Unis, ainsi que de la recherche de nouvelles pistes dans le conflit avec l’Iran, ce geste est loin d’être à la hauteur des défis que pose la crise du système-monde.
Celui-ci est miné autant par les problèmes strictement économiques et écologiques que par la prolifération des armes et des armées. Au plan environnemental, on n’a pas encore complètement identifié les conséquences des essais nucléaires des 40 dernières années, dont bon nombre ont eu lieu dans les océans et dans l’atmosphère. Les conflits eux-mêmes sont extrêmement destructeurs pour l’environnement et les êtres humains qui y survivent – les dégâts n’épargnant pas les soldats victorieux, comme l’a montré l’explosion du "mal du Désert" au cours des guerres du Golfe. Enfin, le fonctionnement des engins militaires occasionne d’immenses dépenses d’énergies et de graves atteintes écologiques.
Sur le plan économique, l’activité militaire est la moins productive qui soit : les armes sont en effet des "produits" très particuliers, qui ne sont consommés et remplacés qu’au prix de la guerre et de la mort. La logique de l’industrie de l’armement, dont l’influence est immense, pèse d’un poids mort sur la politique internationale des Etats… et plus particulièrement sur celle des Etats-Unis.

La responsabilité historique des Etats-Unis.

Le colonialisme et l’impérialisme ont utilisé les armes pour garantir l’exploitation continue des ressources naturelles du Sud au profit des pays riches.
A la fin de la Guerre froide, les Etats-Unis ont reconverti leur gigantesque appareil militaire dans ce qu’il faut bien nommer des guerres de brigandage, visant les réserves d’hydrocarbures et de métaux des pays du Sud. La pression militaire exercée sur le monde, et plus particulièrement sur les pays pauvres, a eu pour conséquence une montée des tensions sur tous les continents : les grands Etats du Sud se sont lancés dans la course aux armements pour protéger leurs approvisionnement et leur intégrité territoriale ; les plus démunis, qui n’ont plus rien à perdre, fournissent les recrues du terrorisme. C’est ce système de production et de reproduction de la violence armée qui doit aujourd’hui aboli : aucune solution globale ne pourra être trouvée tant que les peuples du monde vivront sous la menace de la guerre.
Le statut d’hyper-puissance militaire donne aux Etats-Unis la responsabilité historique de faire le premier pas véritable en direction du désarmement et de l’émancipation de l’humanité vis-à-vis de structures militaires et d’industries d’armements parasitaires.
Barack Obama dispose aujourd’hui d’une période d’opportunité unique : force est de constater que, restant dans la demi-mesure, il ne l’a pas saisie.


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