Monde

USA-Cuba : premières rencontres historiques

Une délégation américaine conduite par une vice-ministre à la Havane

Céline Tabou / 23 janvier 2015

Pour la première fois depuis 35 ans, des responsables américains et cubains ont échangé lors d’une réunion sur la question migratoire. Du 21 au 22 janvier, les deux parties ont également débattu de la normalisation de leurs relations diplomatiques.

Ces pourparlers résultent d’une décision commune des présidents américain, Barack Obama, et cubain, Raul Castro, annoncée publiquement le 17 décembre. Les deux hommes avaient confirmé dans deux discours prononcés simultanément, le rapprochement diplomatique entre les deux pays, dont les relations diplomatiques sont rompues depuis 1961.
Ces deux jours ont été les premières rencontres officielles, après 18 mois de négociations secrètes entre Washington et La Havane, sous l’égide du Vatican et du Canada.

Vers une normalisation des échanges

La sous-secrétaire d’État pour l’hémisphère occidental, Roberta Jacobson, est devenue le premier responsable américain à fouler le sol cubain depuis 1980. Son prédécesseur Peter Tarnoff, secrétaire d’État adjoint, s’était rendu à trois reprises à Cuba, sous l’administration de Jimmy Carter.
Cette fois-ci, les deux camps ont échangé sur le rétablissement des relations diplomatiques, en vue de concrétiser ses premiers échanges, il sera question de la réouverture d’ambassades. À la veille de la rencontre, le 20 janvier, le président Barack Obama avait appelé à « tendre une main amicale au peuple cubain ».
De son côté, la Maison-Blanche a indiqué qu’elle présenterait aux parlementaires la levée de l’embargo commercial et financier imposé à l’île depuis 1962. Une levée qui devrait se heurter à la majorité républicaine au Congrès qui a annoncé son opposition au projet.
Toutefois, le gouvernement américain avait déjà levé une série de restrictions commerciales et sur les voyages, assouplissant également les transferts de fonds de migrants cubains. De son côté, La Havane a libéré 53 prisonniers politiques figurant sur une liste remise par les États-Unis.
Mais « nous n’entretenons aucune illusion sur ce gouvernement et sa volonté d’appliquer ces droits universels », a indiqué le département d’État, ajoutant que « les engagements sur les droits de l’homme et la démocratie resteront au centre » des discussions.
D’après l’Agence France Presse, un responsable cubain du ministère des Affaires étrangères mettait lui l’accent sur le respect des « conceptions politiques différentes », exigeant des discussions dépourvues « d’entraves à la souveraineté » de l’île.

Des défis à relever

Après plus d’un demi-siècle d’hostilité et de défiance, les États-Unis et Cuba devraient pouvoir renouer des liens diplomatiques et commerciaux pacifiés, en dépit des nombreux obstacles qui se dressent devant eux.
En effet, la première phase des discussions a été l’occasion pour les deux parties de marquer leurs positions, concernant en premier lieu à la révision des accords migratoires signés en 1994. Ainsi, les représentants cubains ont rappelé leur hostilité envers la « loi d’ajustement » américaine, qui établit un statut spécial et exclusif.
Cette loi stipule que tout étranger né à Cuba ou au bénéfice de la nationalité cubaine peut bénéficier d’un statut de résident permanent aux Etats-Unis. Les autorités cubaines dénoncent également la politique des « pieds secs, pieds mouillés » qui permet des facilités d’installation aux Etats-Unis pour les immigrés illégaux cubains.
Ces règles « portent atteinte à la lettre et l’esprit » des accords migratoires de 1994, a dénoncé la directrice des Etats-Unis au ministère cubain des Affaires étrangères, Josefina Vidal, assurant qu’elles « continuent de constituer le principal stimulus de l’immigration illégale, du trafic d’émigrants et des entrées irrégulières aux Etats-Unis via des pays tiers de citoyens cubains qui voyagent légalement » dans ces pays.
Cette dernière a expliqué que « tous les migrants illégaux cubains interceptés en haute mer ne sont pas » renvoyés vers leur pays. Raison pour laquelle « Cuba aspire à une relation normale avec les Etats-Unis, au sens large mais aussi sur les questions migratoires ».
Face à ces critiques, Alex Lee a accusé une fin de non recevoir à la partie cubaine, préférant mettre l’accent sur la portée historique de ces discussions. « Nous avons expliqué au gouvernement cubain que mon gouvernement est décidé à continuer à appliquer la loi d’ajustement sur Cuba, et de faire en sorte que (…) la politique ’pieds secs-pieds mouillés’ reste en place », a-t-il indiqué.
Ce dernier a d’ailleurs expliqué que ces discussions « reflètent l’accent mis sur l’engagement et le dialogue » entre les parties. « Nous avons hâte de continuer à progresser sur ces sujets », a-t-il conclu lors de son allocution.


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