Moyen-Orient et Afrique du Nord

15 milliards de dollars débloqués en échange de la "démocratie" en Libye ?

Sarkozy et Cameron promettent des milliards qui appartiennent au peuple libyen

Céline Tabou / 3 septembre 2011

En mars 2011, le Conseil de sécurité des Nations Unies annonçait le gel des avoirs du gouvernement libyen, après l’annonce du début de la guerre contre le régime de Muammar al-Kadhafi. Cette situation a entrainé le gel des comptes des proches du dirigeant libyens. De plus, l’ONU a également annoncé le gel des ressources économiques du pays.

Un à un, les États membres de l’ONU ont annoncé le gel des avoirs, dont certains étaient détenus par le gouvernement libyen. En effet, le Trésor américain avait gelé 30 milliards de dollars d’actifs, en mars, qui appartenaient à la banque centrale et aux fonds souverains libyens contrôlés par le chef de l’État libyen. Au Canada, en Australie, en Norvège et en Suisse, les avoirs ont été gelés après l’annonce de la résolution du Conseil de Sécurité.
Six mois après le début du coup d’état contre le colonel Kadhafi, 60 pays et organisations internationales se sont réunis à Paris, le 1er septembre, pour préciser leur stratégie sur la Libye. Ils se sont engagés à débloquer immédiatement 15 milliards de dollars d’argent appartenant au peuple libyen pour aider la Libye. Mais, en contrepartie, ils attendent des rebelles du Conseil national de transition (CNT) qu’ils promettent d’instaurer la démocratie, la stabilité et la réconciliation dans ce pays meurtri par des mois de guerre et de bombardements.
Officiellement créé le 27 février à Benghazi, Le Comité national de transition se veut être un « comité de gestion des crise » depuis début mars. Présidé par Moustapha Abdeljalil, ancien ministre de la Justice du Guide libyen, le CNT est reconnu par les dirigeants occidentaux et vise à assurer la transition politique. Toutefois, cette transition ne pourra se faire lorsque la guerre sera terminée. Ce qui n’est pas encore le cas.

Kadhafi introuvable

Entrés à Tripoli, les rebelles ont prit le contrôle du QG de Kadhafi, toutefois, le dirigeant de la Libye reste introuvable pour l’OTAN et son allié du CNT. Muammar al-Kadhafi appelle ses partisans à « poursuivre la résistance » dans deux messages sonores diffusés par la chaîne syrienne Arrai, et annonce la guérilla.
Après avoir refusé de reconnaitre le CNT, la Chine et la Russie avaient annoncé leur véto contre l’intervention de l’OTAN en Libye. Un mois et demi plus tard, les deux pays se sont alignés sur les décisions du président français, Nicolas Sarkozy et de David Cameron, Premier ministre britannique. Seul grand pays à conserver ses réticences, l’Afrique du Sud. Son gouvernement désapprouve l’intervention militaire de l’OTAN et son ingérence dans la révolution libyenne.
Malgré la prise de Tripoli, Kadhafi reste introuvable et la guerre continue. Cela n’a pas empêché les dirigeants occidentaux de décider de dégeler les avoirs du gouvernement libyen au profit de rebelles. « A la suite des différentes interventions autour de la table, c’est une quinzaine de milliards de dollars d’avoirs libyens dans nos pays qui sont immédiatement dégelés », a déclaré Nicolas Sarkozy, jeudi 1er. Sous l’égide du président de la République pour établir la feuille de route qui devrait conduire la Libye sur la voie de la démocratie selon lui.
La communauté internationale réduite à une soixantaine de pays organise l’après-Kadhafi selon ses vœux. Mais quelle légitimité donner à ce dégel des avoirs quand le CNT n’est reconnu qu’en majorité par les pays occidentaux, et que la guerre n’est pas terminée ?

Céline Tabou


Information bien embarrassante pour Sarkozy

Le pétrole, l’énergie de toutes les convoitises

Principale réserve de pétrole d’Afrique et quatrième producteur du continent, la Libye exportait avant la révolte contre le régime de Mouammar Kadhafi 80% de son or noir vers l’Europe, en particulier en Italie et en France. En 2010, le pays a produit 1,55 mbj, selon l’Agence internationale de l’Energie (AIE).
Selon le journal "Libération" daté du 1er septembre, la France aurait passé un accord avec le Conseil national de transition (CNT) libyen, promettant une part du pétrole libyen aux compagnies françaises. Le journal cité par l’Agence France Presse a reproduit une lettre datée du 3 avril, intitulé "Front populaire pour la libération de la Libye". Ce courrier était adressé à l’émir du Qatar, dans laquelle était évoqué, selon le journal, un "accord attribuant 35% du total du pétrole brut aux Français en échange du soutien total et permanent à notre Conseil". Du côté du gouvernement, Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, dément avoir eu connaissance de cette lettre et son porte parole affirme qu’il n’y avait aucun accord. De même, l’envoyé spécial du CNT, Mansour Sayf-al-Nasr, a démenti l’existence d’un tel accord de partage avec la France, ajoutant n’avoir "jamais entendu parler de ce front". "Tous les documents, tous les traités valables sont signés CNT", a-t-il précisé.
Du côté britannique, une celle secrète a, selon certains médias, étranglé le régime Kadhafi en le privant de pétrole, et a par la suite livré aux insurgés – à crédit - du carburant par l’intermédiaire de Vitol, une société de trading suisse pour laquelle Alan Duncan, ancien trader spécialiste du pétrole et dirigeant de la cellule, avait travaillé dans le passé.


Aussitôt débloqués, aussitôt transférés à l’OTAN

Les avoirs serviront à acheter du blé aux Européens

Le CNT a annoncé l’achat de blé français avec des avoirs débloqués. Le Conseil national de transition en Libye aurait conclu deux contrats pour un volume de 60.000 tonnes chacun, l’un avec le groupe français Soufflet, l’autre avec le céréalier hollandais Nidera, selon des sources, citées par l’AFP. La France n’aura pas tardé pour se faire rembourser ses actions en Libye. « Il s’agit de deux contrats que le CNT a signés pour environ 60.000 tonnes de blé chacun », a déclaré à Reuters, un haut dirigeant du négociant français de céréales Soufflet. Chacun de ces contrats s’élève à au moins 22 millions de dollars, a-t-il ajouté.
C’est avec l’argent du peuple libyen que Paris compte donc être payé.


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