Moyen-Orient et Afrique du Nord

22 ans de conflit en Somalie

Attaque d’un centre commercial à Nairobi au Kenya

Céline Tabou / 23 septembre 2013

La Somalie a sombré dans une guerre civile en 1990, celle-ci s’est intensifiée avec la destitution du Président Siyaad Barre en 1991. Expulsés de Mogadiscio par les milices des tribunaux islamiques, les chefs de guerre, qui se disputent des territoires, sont revenus avec le gouvernement provisoire, réinstallé par l’Éthiopie.

La tension en Somalie s’est répercutée en Nairobi, pays missionné par l’ONU pour intervenir sur le sol somalien afin de faire cesser les violences du groupe armé appelé "shebabs" (jeunes). Point d’orgue du conflit, les shebabs, alliés à Al-Qaïda, ont attaqué le centre commercial Westgate de Nairobi, où plus de 50 personnes ont trouvé la mort, parmi lesquelles des étrangers.

Les raisons des attaques contre Nairobi

En 1991, l’indépendance du pays est proclamée, Somaliland, et un gouvernement de transition est mis en place par l’État voisin, l’Éthiopie. L’ONU, sous la pression de la Ligue arabe et de l’Union africaine, refuse de reconnaître l’indépendance de l’ex-colonie britannique. Mais les chefs de guerre, ne voulant pas s’effacer face à ce nouveau gouvernement, s’emparent de Mogadiscio et du pouvoir en 2006. Ils instaurent la charia (ordre moral), séparant hommes et femmes, interdisant la musique, les danses, les chants et la télévision.

D’après l’islamologue Mathieu Guidère sur Francetvinfo, les shebabs ont décidé de réagir à la décision de la communauté internationale de mandater le Kenya, dans le cadre de la force africaine de l’Union africaine et de l’AMISOM (Mission africaine en Somalie) de l’ONU, afin d’intervenir par la force en Somalie. Avec près de 4.000 hommes, les autorités kenyanes ont repris le Sud de la Somalie et une ville clé du centre, un des fiefs des shebabs.

« Depuis cinq ans, les actions terroristes sont quotidiennes un peu partout dans les pays de la région où les shebabs exportent leurs opérations. Ce qui était au départ une insurrection islamiste est devenu une entreprise terroriste à grande échelle », a expliqué l’expert. Ce dernier a ajouté que les shebabs se sont alliés à Al Qaïda, prenant le nom de « tribunal islamique » un certain temps, « avant d’être chassés d’une partie du pays par les troupes kenyanes ».

« Les shebabs restent la menace principale à la survie du nouveau gouvernement somalien », a estimé dans un rapport l’Institut pour les Etudes de sécurité (ISS), basé en Afrique du Sud. Leur objectif serait de « rendre le pays ingouvernable » et non plus de le diriger, a noté l’ISS.

Les attaques se sont multipliées depuis l’engagement militaire du Kenya en Somalie, en 2011. En mars 2012, une grenade lancée dans un bus à Nairobi a fait 6 morts et 70 blessés. Huit mois plus tard, un bus avait de nouveau été la cible d’une explosion meurtrière, tandis qu’en décembre, des grenades ont été lancées dans un bar du quartier somali de Nairobi, ne causant cette fois que des blessés. Cette année, ils ont mené deux spectaculaires opérations dans la capitale contre un tribunal puis contre le principal complexe de l’ONU, en avril et juin. Début septembre, les shebabs ont tendu une embuscade au convoi du président somalien Hassan Cheikh Mohamoud, qui en est sorti indemne. Quelques jours plus tard, ils ont revendiqué un double attentat qui a fait 18 morts à Mogadiscio.

« Justice punitive » pour les shebabs

L’attaque du centre commercial Westgate de Nairobi a été revendiquée, via Twitter, par des shebabs somaliens, pour « punir » le Kenya de son intervention militaire en Somalie. Les shebabs somaliens, liés à Al-Qaida, ont parlé de « justice punitive » pour « les crimes commis par les soldats (...) contre les musulmans » en Somalie.

L’attaque du Westgate, fréquenté par les classes aisées et les étrangers, est destinée à détruire le « symbole de la société de consommation ».

Selon le bilan du ministre kényan de l’Intérieur, Joseph Ole Lenku, 59 personnes sont décédées et 175 autres blessées. D’après les dernières informations fournies par le ministre, des Canadiens, deux Françaises et un Chinois figurent parmi les victimes.

Ce dernier a indiqué à la presse que les assaillants, retranchés dans les locaux 24 heurs après le début de l’attaque, seraient entre dix et quinze.

De son côté, le président kényan, Uhuru Kenyatta, a assuré que ses forces de sécurité avaient de bonnes chances de « neutraliser avec succès les terroristes » , qui seraient dimanche regroupés dans un seul endroit du bâtiment. Les forces israéliennes sont venues soutenir l’armée kenyane qui n’est pas parvenue à déloger les terroristes. Interpol a également offert son aide.

Sur la scène internationale, le Premier ministre canadien, Stephen Harper, a déploré la mort de ses ressortissants, dont une diplomate, et condamné « avec la plus grande fermeté ce geste lâche et haineux ». « Les attaques terroristes comme celle-ci visent à miner les valeurs et le mode de vie qui sont chers aux Canadiens, et elles confirment que nous devons continuer à prendre des mesures vigoureuses pour protéger la sécurité des Canadiens où qu’ils soient dans le monde », a précisé ce dernier.

Le ministre a assuré les autorités kényanes de l’aide canadienne pour que les assaillants « soient traduits en justice ».

De son côté, le Royaume-Uni a annoncé dimanche la mort d’au moins trois de ses ressortissants — un bilan qui « risque d’augmenter ».

Le ministre des Affaires étrangères, William Hague, a condamné « une attaque particulièrement impitoyable, lâche et brutale, prenant pour cibles des personnes innocentes de tous âges et d’origines très diverses ».

Le Premier ministre, David Cameron, a également proposé l’assistance de la Grande-Bretagne au président kényan.

Céline Tabou

Témoignage sur LeMonde.fr

Toute la zone autour du centre commercial a été sécurisée par les forces de sécurité, policiers et forces spéciales de l’armée, qui ont évacué les personnes prises au piège. Des unités d’élite de l’armée kényane ont également été déployées en renfort des nombreux policiers.

Selon le témoin cité par LeMonde : « Soudain j’ai entendu des coups de feu et tout le monde s’est mis à courir. Je me suis allongé au sol. J’ai vu deux personnes tomber et saigner, je pense qu’elles ont été touchées par des balles », a-t-expliqué.

Une femme a indiqué avoir passé six heures à se cacher avant d’être secourue : « J’étais dans un café lorsque j’ai entendu des coups de feu et des explosions. Ensuite j’ai couru pour me cacher dans un magasin. J’ai passé six heures là-dedans ».

Une autre survivante a raconté avoir « vu trois des attaquants vêtus de noir, les visages masqués, et ils avaient de gros fusils ».

Des Américains figurent parmi les blessés de cet acte qualifié d’ « ignoble » par Washington.

« Seuls les infidèles ont été tués », se sont félicités les shebabs sur internet, ajoutant que « tous les musulmans présents sur place ont été escortés hors du centre par nos moudjahidins ».


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