Moyen-Orient et Afrique du Nord

BHL, l’ami fidèle de Sarkozy l’affirme : l’armée française est intervenue directement au sol pour faire tomber Kadhafi.

Témoignages.re / 9 novembre 2011

Nous n’avons cessé de le dire et BHL le confirme dans un livre à paraître : les forces spéciales françaises, en violation de toutes les conventions internationales comme de la résolution 1973 de l’ONU (17 mars 2011), sont intervenues en nombre sur le sol libyen et ont joué un rôle décisif dans l’issue de la guerre civile.

La résolution 1973 était pourtant claire : « Autorise les États Membres […] en coopération avec le Secrétaire général, à prendre toutes mesures nécessaires pour protéger les populations et les zones civiles menacées d’attaque en Jamahiriya arabe libyenne, y compris Benghazi, tout en excluant le déploiement d’une force d’occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n’importe quelle partie du territoire libyen » .

BHL rapporte que, le 16 avril 2011, alors que l’aviation libyenne est détruite, Nicolas Sarkozy répondant à une demande des insurgés représentés par le général Younès (qui sera assassiné quelques semaines plus tard par ses propres "amis" insurgés), s’interroge : « Nous en avons combien, au juste, des instructeurs français au sol ? » Le Président enchaîne à l’adresse du général Younes : « Peu importe le nombre exact. Des Français parlant arabe, on vous en a mis un certain nombre. On va, dans les jours ou les semaines qui viennent, en mettre encore ».
Nous sommes le 16 avril, un mois tout juste après le vote de la résolution 1973, et BHL nous apprend ainsi que les dispositions de cette résolution sont déjà violées depuis des semaines.

Peu de temps après le 16 avril, recevant le président du CNT, Mustafa Abdeljalil, BHL écrit que Nicolas Sarkozy aurait accepté l’envoi « de commandos d’élite ». Combien ? BHL (qui n’est rien sur le plan institutionnel) dit avoir suggéré à Mustafa Abdeljalil de « demander trois cents Forces spéciales, à partager avec la Grande-Bretagne , pour guider les frappes, entraîner les commandos d’élite libyens et, le moment venu, prendre Koufra ». Selon BHL le président de la République a donné « satisfaction partielle » à cette requête.

La résolution 1973 édictait également un strict embargo sur les armes à destination de la Libye et l’interdiction d’acheminer des mercenaires vers le territoire libyen.
Le 16 avril, toujours, Nicolas Sarkozy déclare au général Younès : « nous vous aidons déjà. Nous avons livré, nous vous livrons, beaucoup de choses… […] Nous livrons à travers le Qatar, bien sûr. Mais cela ne trompe personne. Tout le monde sait que les armes livrées par le Qatar sont des armes livrées par la France. Est-ce que quelqu’un, parmi vous, imagine une seule seconde que, quand on dit « des armes livrées par le Qatar », c’est le Qatar qui envoie les armes ? »

BHL l’écrit dans son livre : les soldats français ont joué un rôle considérable dans la chute de Tripoli. Non seulement l’aviation française, sous contrôle de l’OTAN, a bombardé une vingtaine de cibles identifiées en commun avec le CNT, mais les forces spéciales françaises ont participé à l’opération sur le terrain. Le 17 août, Nicolas Sarkozy téléphone à BHL. « Il m’annonce que des armes sont arrivées, la nuit dernière, par la mer, de Misrata à Tripoli et que le Jour Zéro approche ». Quatre jours plus tard, c’est le soulèvement de la capitale libyenne. BHL écrit : « éléments des Forces spéciales françaises, émiraties et, dans une moindre mesure, anglaises à la manœuvre », c’est-à-dire à la direction des opérations.

Ces révélations ne font que mettre un terme à un secret de Polichinelle, tant il était clair que les troupes insurgées étaient incapables, du fait de leur inexpérience d’une part et de leurs divisions fratricides d’autre part, de résister aux forces libyennes et encore moins d’avoir la capacité de vaincre.

Le nouveau pouvoir libyen est donc un pouvoir mis en place par les forces armées spéciales françaises et britanniques, elles-mêmes appuyées par des mercenaires.

L’anarchie régnant dans les forces insurgées est telle que les militaires français, britanniques et italiens ne cachent pas leur inquiétude : ainsi, le président du Comité militaire qui regroupe les chefs d’état-major des pays de l’OTAN, l’amiral Giampaolo Di Paola, a tenu une réunion secrète avec des députés allemands le 26 septembre, au cours de laquelle il a exprimé les inquiétudes de l’OTAN. « Plus de 10.000 missiles sol-air » qui représentent « une sérieuse menace pour l’aviation civile » pourraient sortir de Libye et se retrouver dans de mauvaises mains « du Kenya à Kunduz » (Afghanistan).

Mouamar El Kadhafi n’était certainement pas un ange mais que peuvent espérer de bon les Libyens de la part d’un pouvoir installé par des étrangers préoccupés avant tout de maîtriser les riches champs pétroliers libyens ? Quelle "démocratie" lorsqu’on sait que les luttes pour le pouvoir sont exacerbées au sein même de l’attelage hétéroclite soutenu — quand il n’a pas été suscité — par la France et l’Angleterre ?

Qui a vaincu par le mensonge, le complot et la violation du droit international périra par le mensonge, le complot et la violation du droit international.

Cet adage ne manquera pas de se vérifier — hélas pour les gens qui en seront les victimes — bien plus tôt que MM. BHL, Sarkozy et consorts ne se l’imaginent.

La violation patente de toutes les règles du droit international et des résolutions de l’ONU fera, n’en doutons pas, hélas, jurisprudence. Alors, que le monde change de base, en toute irresponsabilité, des individus parvenus au pouvoir dans des pays n’ayant plus aucune boussole idéologique ni aucun repère, ni projet politique à long terme, ont ouvert la voie au pire.

Jean Saint-Marc


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