Moyen-Orient et Afrique du Nord

Coup de pression d’Israël

Annonce d’une loi fondamentale définissant Israël comme État-nation du peuple juif

Céline Tabou / 5 mai 2014

Alors que les négociations entre la Palestine et Israël ont pris fin, dans la tension, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu a décidé « de défendre le statut de l’Etat d’Israël comme l’Etat national de notre peuple ». Pour cela, « je vais promouvoir une loi fondamentale qui définit Israël comme l’Etat-nation du peuple juif ».

A l’occasion d’une allocution à Tel-Aviv, le 1er mai, le Premier ministre israélien a assuré que « l’une de mes principales missions (...) est de défendre le statut de l’Etat d’Israël comme l’Etat national de notre peuple », ajoutant que pour cela, il a l’intention de « soumettre une loi à la Knesset, qui constituera un ancrage constitutionnel pour le statut d’Israël comme Etat national pour le peuple juif ».

Empêcher un « Etat binational »

L’annonce de Benjamin Netanyahu intervient quelques jours après la déclaration du chef de la diplomatie américaine, John Kerry, prévenant qu’Israël pouvait devenir un « Etat d’apartheid ». Désireux d’empêcher la création d’un « Etat binational », ce dernier a défendu devant ses ministres son projet de loi pour « ancrer » l’Etat juif dans les lois fondamentales israéliennes.

Israël est régit par 14 lois fondamentales adoptées par la Knesset entre 1958 et 2001, celles-ci définissent la nature des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, mais aussi les droits civiques voir même le statut de Jérusalem comme capitale indivisible de l’Etat hébreu.

« On ne peut pas dire d’un côté, que l’on veut se séparer des Palestiniens pour empêcher l’installation d’un état binational, ce qui est valable, et d’un autre côté exiger un Etat binational, juif et arabe, dans les frontières d’un Etat d’Israël réduit », a déclaré le Premier ministre à l’ouverture de la réunion hebdomadaire du gouvernement.

D’après le quotidien Le Monde, pour justifier sa décision, Benjamin Netanyahu a expliqué que « la racine du conflit » entre Palestiniens et Israéliens vient du « rejet arabe d’un tel Etat, et non l’occupation des Territoires palestiniens depuis 1967 ». Arguant que les Palestiniens ont reconnu Israël en 1993, le Premier ministre assure qu’ils auraient alors de fait accepter de renoncer « sans contrepartie au droit au retour des réfugiés, ainsi qu’à leur propre histoire ».

Pour le président de la coalition de Bejamin Nétanyahou, Yariv Levin, il s’agit d’une « décision historique, qui ramènera Israël sur une voie sioniste après des années de brèches juridiques infligées aux principes fondamentaux sur lesquels l’Etat a été fondé ». Ce dernier a été missionné par le premier ministre « de faire avancer une législation sans délai ».

Division assurée au Parlement

Bien loin de l’enthousiasme de Yariv Levin, la ministre de la Justice, Tzipi Livni, également membre de la délégation israélienne chargée de négociateur avec les Palestiniens, a assuré qu’elle ne laisserait pas passer une telle loi. Une position partagée par Claude Klein, professeur de droit à l’université hébraïque de Jérusalem, qui a expliqué au quotidien Le Monde, que le projet de loi n’a « aucune chance de trouver une majorité favorable au sein du Parlement israélien, et donc d’être adopté ».

A l’annonce de cette décision, Mohamed Barakeh, député arabe israélien du parti Hadash (gauche) a vivement critiqué ce projet de loi, expliquant à l’agence de presse, Reuters, que cette quinzième loi « chercher à enterrer la paix ». « Je dois avouer que j’ai été surpris qu’il veuille en faire une loi fondamentale. J’ai observé ses actes pendant les négociations de paix. Je sais qu’il ne veut pas la paix et qu’il veut mettre des bâtons dans les roues du processus. Mais cette fois, il va trop loin » a-t-il ajouté.

D’après Claude Klein, « il y a dans ce projet un arrière fond de paranoïa répandue dans l’opinion publique israélienne sur ce qu’il se passera le jour où la population arabe d’Israël et des Territoires palestiniens dépassera en nombre la population juive ». D’autant plus que la population arabe d’Israël représente 20.7% des 8,2 millions d’habitants, selon une étude du Bureau central des statistiques publiée dernièrement.

Pour les Palestiniens définir l’Etat d’Israël comme un « Etat national pour le peuple juif » serait discriminatoire envers la minorité arabe israélienne et reviendrait à nier le droit au retour des réfugiés palestiniens chassés par la guerre israélo-arabe de 1948.

Céline Tabou


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