Moyen-Orient et Afrique du Nord

Couvre-feu décrété en Tunisie

Répression contre des manifestations

Céline Tabou / 14 janvier 2011

La communauté internationale si prompte à condamner la situation en Côte d’Ivoire prend le temps pour dénoncer les attaques policières contre les manifestants tunisiens. De même, le gouvernement a arrêté brutalement un des dirigeants de l’opposition, Hamma Hammami, et décrété le couvre-feu, au moment où l’armée se déploie à Tunis.

Depuis le 8 janvier, les étudiants tunisiens sont dans les rues pour manifester contre le chômage et la pauvreté. Dénonçant également la politique autoritaire et policière de Ben Ali, les manifestations s’étendent dans tout le pays. Le dernier bilan fait état d’une cinquantaine de morts, et les manifestations ont atteint la capitale.

Malgré le limogeage du ministre de l’Intérieur, Rafik Belhaj Kacem, et la libération de certains manifestants, le Président Ben Ali a annoncé le couvre-feu, et fait arrêter « violemment » le leader du Parti communiste des ouvriers (PCOT, parti interdit par le pouvoir), Hamma Hammami. Alors que le gouvernement règle ce mouvement social de manière économique, en annonçant la création de 50.000 emplois, puis 300.000, lundi 10 janvier, le pouvoir en place ne prend pas en compte les 60.000 jeunes diplômés au chômage (14,7% en 2009).

Une révolte sociale devenue politique

La répression subie par le peuple tunisien et la montée en puissance de la violence de la part des autorités ont conduit des milliers de manifestants à protester contre Ben Ali. Hélène Flautre, députée européenne, a expliqué au “Monde” que « la dérive du pouvoir tunisien éclabousse ses protecteurs occidentaux et amène leur opinion publique à leur demander des comptes ».

En effet, la manifestation étudiante contre le chômage a évolué en un grand mouvement de protestation demandant des changements, notamment en ce qui concerne « la paupérisation, la confiscation des deniers publics, la prise en otage du pouvoir par la mafia, la corruption à outrance, le système policier, la torture généralisée, les procès pipés, l’omerta, la dépendance de toutes les institutions (…) », a résumé “Le Monde”.

La communauté internationale, empressée de soutenir les Droits de l’Homme, réagit parcimonieusement aux attaques policières contre le peuple tunisien. Dirigés par un gouvernement qui a interdit la presse indépendante et mis sous tutelle toutes les institutions susceptibles d’être un contre-pouvoir : la magistrature, le Parlement, les associations, les syndicats, les partis politiques, l’Université, etc., force est de constater le peu d’égard auquel ont droit les Tunisiens.

Céline Tabou


Kanalreunion.com