Moyen-Orient et Afrique du Nord

Fusion entre Al-Qaida et l’EIIL

Extension du conflit irakien en Syrie

Céline Tabou / 26 juin 2014

Le Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, s’est associé à l’ État islamique en Irak et au Levant (EIIL) dans la nuit de mardi à mercredi 25 juin, permettant aux jihadistes irakiens d’être des deux côtés de la frontière syro-irakienne.

Le Front Al-Nosra contrôle déjà la localité irakienne d’Al-Qaïm en Irak, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Qualifié d’"acte d’allégeance », il s’est mis en place au moment où l’EIIL continue sa progression dans la province de Deir Ezzor, dont fait partie Boukamal, dans l’Est de la Syrie sur la frontière avec l’Irak, a indiqué l’OSDH.

Une alliance confirmée

Selon l’Agence France Presse, un jihadiste de l’EIIL a confirmé la fusion sur Twitter en publiant une photo d’un commandant égyptien du Front al-Nosra avec un chef tchétchène de l’EIIL. Ces deux organisations sont issues du réseau Al-Qaïda en Irak, mais devenues rivales en Syrie, où elles se confrontent.

Pour le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane, Front Al-Nosra et l’EIIL sont rivaux mais sont tous les deux des jihadistes et des extrémistes. « Cette allégeance créera des tensions avec les autres groupes rebelles, y compris les islamistes, qui contrôlaient la ville et ses environs », a-t-il précisé.

De leur côté, un militant de Front Al-Nosra à Boukamal, a affirmé à l’AFP que « la tension est vive dans la localité et la situation va empirer car cette fusion causera de graves problèmes avec les tribus locales qui ne vont pas accepter ces changements, car elles sont hostiles à l’EIIL ».

D’autres personnes interrogées, disent que « cette fusion est intervenue après une déclaration des chefs de brigades islamistes locales excluant le Front al-Nosra du tribunal islamique, qui exerce de facto le véritable pouvoir dans beaucoup de régions rebelles ».
L’allégeance à l’EIIL est arrivée dans un climat de tension entre Al-Qaïda et les rebelles locaux, a-t-il indiqué à l’AFP.

Vers un gouvernement national d’urgence

A l’annonce de cette allégeance, plusieurs personnalités ont appelé les autorités irakiennes à former un gouvernement national d’urgence, incluant toutes les communautés de la société irakienne. Le but est de lutter contre les insurgés sunnites progressant rapidement dans le pays. La tension est vive en raison des divisions confessionnelles dans le pays, qui sont alimentées par le chaos dans lequel s’est engouffré l’Irak.

Le Premier ministre, Nouri al-Maliki, est accusé d’alimenter ces divisions, à travers sa politique « confessionnelle », rejetant les sunnites. Ces derniers ont d’ailleurs rapidement avancé en raison des défections de l’armée et des forces de sécurité, dont il est le chef suprême. Ce dernier a exclu la formation d’un nouveau gouvernement, rejetant les pressions de ses alliés occidentaux. Il a expliqué mercredi, dans la presse, que « les objectifs, dangereux » de la création d’un gouvernement national d’urgence « ne sont pas cachés. C’est une tentative de ceux opposés à la Constitution, d’éliminer le jeune processus démocratique et de voler le vote des électeurs », a-t-il assuré.

Céline Tabou


Kanalreunion.com