Moyen-Orient et Afrique du Nord

L’armée israélienne sur la sellette

Une ONG d’Israël publie d’accablants témoignages d’exactions de l’armée d’occupation

Témoignages.re / 6 mai 2015

Un rapport sur la guerre de Gaza met en cause l’armée israélienne, qui aurait infligé des « préjudices massifs et sans précédent » sur les civils palestiniens au cours de l’été 2014. Ses soldats tiraient à l’aveugle et négligeaient les règles d’engagement, a indiqué l’ONG israélienne « Breaking The Silence ».

JPEG - 55.6 ko
À Gaza, l’armée d’occupation a laissé un champ de ruines. (Photo Basel Yazouri)

D’après les témoignages récoltés par l’ONG israélienne « Breaking The Silence », soldats et officiers tiraient pour tuer lors de l’offensive d’Israël à Gaza. L’association publie un document de 240 pages regroupant les témoignages de plus de 60 officiers et soldats engagés dans la guerre à Gaza en juillet-août 2014, au cours de l’opération « Bordure protectrice ».

Une armée sans morale

Les résultats de cette enquête portant uniquement sur l’opération « Bordure protectrice » a mis en exergue les dérives croissantes du code moral de l’armée israélienne, Tsahal. L’opération « Bordure protectrice » a démarré lors de son premier conflit contre le Hamas en 2008-2009, mais entre juillet et août 2014, la guerre s’est soldée par 2 200 morts côté palestinien, en majeure partie des civils, et 73 côté israélien dont 67 militaires.

Une différence a choqué la communauté internationale et les associations sur place, qui ont été touchées par des raids aériens et des tirs au sol. Raisons pour lesquelles, l’ONU a entamé une enquête sur la mort de plusieurs Palestiniens dans ses locaux. Il en résulte qu’au moins 44 Palestiniens ont été tués dans des locaux onusiens.

Dans son rapport « Breaking The Silence », les soldats racontent, sous couvert d’anonymat, comment Tsahal a mené des attaques de manière indiscriminée sur le territoire palestinien, montrant pourquoi la conduite de la guerre « suscite de graves doutes sur la morale » de l’armée israélienne.

D’autant plus que « la politique d’ouvrir le feu particulièrement permissive qu’il y a eu à Gaza ne vient pas d’un officier qui est devenu fou. C’est un changement substantiel, fondamental de la doctrine d’engagement de Tsahal à Gaza », a expliqué Yehuda Shaul, fondateur de « Breaking The Silence ».

Pour ce dernier, « la doctrine qui se cache derrière ce comportement est ce qu’on appelle “zéro danger pour nos forces” à n’importe quel prix », a indiqué ce dernier. L’association a démontré que le mode opératoire de l’armée est pervers. Ainsi, après avoir prévenu la population d’évacuer les quartiers jugés stratégiques par les forces armées, toute personne qui s’y trouvait encore était considérée comme suspecte et très souvent abattue.

Des témoignages accablants

Il est possible de télécharger le rapport en anglais sur le site de l’ONG, et des déclarations ont été retranscrites dans différents médias. Le site suisse RTS a relaté le témoignage de trois militaires, qui ont raconté qu’ils se trouvaient dans une maison, située dans une zone évacuée quand ils ont vu s’approcher un homme âgé.

« Après lui avoir crié de s’arrêter sans succès et craignant qu’il ne porte sur lui des explosifs, l’un des soldats lui a tiré dessus. L’homme a été grièvement blessé. Mais après avoir constaté qu’il s’agissait d’un civil, et âgé, personne n’a voulu se risquer à le soigner. Un soldat explique : « Soit on le laissait mourir lentement, soit on mettait fin à ses souffrances. » Ils l’ont donc achevé ».

Ce rapport pourrait apporter des éléments de preuve aux autorités palestiniennes, dont le pays est devenu membre de la Cour Pénale Internationale, en janvier 2015. D’ailleurs, à l’annonce de son admission, la Palestine avait annoncé qu’elle allait présenter un projet de résolution pour la fin de l’occupation israélienne, au Conseil de sécurité de l’ONU.

Cependant, les Palestiniens pourront désormais poursuivre les autorités israéliennes pour les crimes commis depuis le début de la guerre. D’ailleurs, en mars 2014, le ministre des affaires étrangères, Riyad Al-Maliki, avait expliqué que « nous ne cherchons pas la vengeance, mais la justice ».

Une justice qui pourrait se justifier face aux témoignages poignants et aux révélations faites sur les ordres donnés aux soldats. « Une fois qu’il était décidé que les civils avaient, dans leur majorité, fui un théâtre d’opérations, (…), il n’y avait plus vraiment de règles d’engagement », a expliqué un sergent d’infanterie. « L’idée, c’était : quand vous repérez quelque chose, tirez. Si vous tirez sur quelqu’un à Gaza, ça va, ce n’est pas un drame », a ajouté ce dernier.

L’ONG « Breaking The Silence » a demandé une enquête indépendante « qui puisse examiner la conduite au plus haut rang de la hiérarchie politique et militaire ». Du côté de l’armée israélienne, la méthodologie de l’enquête et les motivations de l’ONG sont remis en cause, car « Breaking the Silence a refusé de fournir à l’armée des preuves de ses affirmations ». L’armée israélienne a lancé plusieurs enquêtes en interne sur le conflit et estime qu’elles devraient suffire.

SaiLin


Kanalreunion.com