Moyen-Orient et Afrique du Nord

L’Egypte, un symptôme d’une révolte mondiale

L’impact de la mondialisation remet en cause des régimes politiques

Céline Tabou / 4 février 2011

L’onde de choc tunisienne s’est étendue au monde arabe. Les jeunesses algérienne, égyptienne, jordanienne, mais aussi syrienne ont décidé de se révolter et, à terme, cette révolte du monde arabe pourrait bien s’étendre au-delà.

Le monde arabe vit les conséquences de la mondialisation et de la globalisation des échanges, qui enrichit les plus riches et appauvrit les plus pauvres. Alors que la colère grandit, les violences s’intensifient. Mardi 1er février, la place Tahrir, dans le centre du Caire, a vu la situation dégénérer avec l’arrivée des partisans du Président Mohamed Hosni Moubarak qui ont franchi le cordon de sécurité formé par l’armée pour séparer opposants et partisans du régime. Les deux camps se sont violemment opposés, les partisans du régime auraient jeté des cocktails Molotov alors que des coups de feu étaient entendus.

Les responsables pointent du doigt les manifestants

Américains et Européens ont appelé à la fin des violences, ou au moins à mot couvert à l’arrêt des manifestations qui remettent en cause des monopoles étrangers en Egypte. Les chefs de la diplomatie, Hillary Clinton (USA) et Catherine Ashton (UE), ont réclamé au nouveau gouvernement égyptien — contesté par le peuple — une enquête sur les violences survenues dans les manifestations mercredi 2 février au Caire.
Du côté français, Nicolas Sarkozy s’était dit surpris par l’ampleur de la révolte populaire en Tunisie qui a fait effet boule de neige, avec les mouvements de protestation algériens, égyptiens, et aujourd’hui jordaniens et yéménites. Ceux qui doivent être les plus surpris sont incontestablement les Israéliens, considérés comme les « médiateurs pacifiques » dans le monde arabe. Mais aujourd’hui, face à l’instabilité de toute la région, le gouvernement israélien est dépassé, appelant à « renforcer la puissance d’Israël » en réponse aux troubles actuels en Egypte, a annoncé l’AFP jeudi 3 février. Ce durcissement de ton est une preuve qu’Israël pensait pouvoir manipuler les dirigeants arabes contre les Palestiniens, mais aujourd’hui, la jeune génération, dans la rue, a décidé de changer l’ordre des choses.

Les jeunes n’admettent plus le mépris d’Israël contre leurs frères Palestiniens. Cette jeunesse désabusée et brimée par les conséquences économiques et politiques américaines mises en place par l’État d’Israël réclament vivement le pouvoir. D’où l’inquiétude des Israéliens face à la contestation, et qui ne parviennent pas à avoir des appuis solides avec les modifications de la diplomatie américaine, et subissent de plein fouet la crise économique et financière qui découle de la globalisation des échanges.

Céline Tabou


Des régimes tombent au Yémen, en Jordanie, et bientôt en Syrie

La jeunesse yéménite est parvenue à faire renoncer le Président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans, à briguer un nouveau mandat. Une "Journée de la colère" était prévue jeudi, à l’appel de l’opposition, qui dénonce la révision de la Constitution qui allait permettre au président d’être élu à vie en mars prochain.
Des dizaines de milliers de partisans de l’opposition ont manifesté passivement jeudi 3 février à Sanaa. Les membres de l’alliance de l’opposition parlementaire, intitulée Forum commun, ont annoncé devant plus de 100.000 personnes : « Nous poursuivrons notre lutte pacifique jusqu’à la chute de ce régime injuste ».
La Jordanie en pleine récession économique voit sa jeunesse dans la rue contre le Premier ministre Samir Rifaï, remplacé deux semaines après le début des protestations par le roi Abdallah II de Jordanie. Le nouveau Premier ministre, Maarouf Bakhit, aura la tâche « de prendre des mesures rapides et claires pour mener des réformes politiques réelles (...) soutenant notre action en faveur de la démocratie ». Cependant, cette nomination ne fait pas l’unanimité, le Front de l’Action Islamique (FAI) réclame que le nouveau chef du gouvernement « se retire pour laisser la place à une personnalité nationale acceptable qui pourra conduire des réformes ». Le FAI reproche à Maarouf Bakhit d’être impliqué dans des fraudes électorales et des affaires de corruption. L’opposition islamiste et la Gauche jordanienne ont organisé plusieurs manifestations pour protester contre la vie chère et réclamer des réformes.
En Syrie, un appel à manifester le vendredi 4 février contre la « monocratie, la corruption et la tyrannie » du régime de Bachar el-Assad a été lancé sur Facebook, dont l’accès est bloqué, a annoncé le correspondant de l’AFP. Plus de 7.800 membres ont répondu à l’appel mardi 1er février, et ont décidé de défiler dans les rues sous le slogan la « Révolution syrienne 2011 ». Il invite les jeunes à participer à « la première journée de la colère du peuple syrien et de rébellion civile dans toutes les villes syriennes ». « Vous ressemblez aux jeunes de Tunisie et d’Egypte. Haussez la voix d’une manière pacifique et civilisée, car exprimer ses opinions est garanti par la Constitution », a indiqué le groupe dans un communiqué.


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