Moyen-Orient et Afrique du Nord

L’enlisement politique continue

Tunisie

Céline Tabou / 8 août 2013

Les Tunisiens attendent depuis le mercredi 7 août, un message de la part du parti au pouvoir Ennahda, après la mobilisation massive des détracteurs et la suspension de la Constituante après l’assassinat d’un député de l’opposition.

Cette attente survient après l’annonce du président de la Constituante tunisienne de suspendre les travaux de l’Assemblée, tentant de forcer Ennahda au pouvoir et ses opposants à se réunir pour débattre afin de sortir de la crise politique, dans laquelle s’engouffre le pays. En dépit de cette annonce, le parti islamiste Ennahda, la présidence et le gouvernement d’Ali Larayedh n’ont pas réagi mercredi 7 août.

Contestation contre légitimité

Pour Ennahda, sa légitimité est issue de l’élection de la Constituante en octobre 2011. Le parti exclut toute démission du cabinet ou dissolution de l’Assemblée nationale constituante, revendiquée par les opposants. Ces derniers ont proposé une coalition élargie, un scrutin le 17 décembre et un projet de référendum de sortie de crise. Ce projet est freiné par les deux années et demie de retard, depuis la fin de la révolution, en effet le pays ne possède pas de Constitution, ni de loi électorale.

Face à ces propositions, le syndicat UGTT a tenu son plus grand rassemblement dans la nuit de mardi à mercredi. Celui-ci a réuni plusieurs milliers de personnes, un record depuis le début de la crise, le 25 juillet, avec le meurtre du député Mohamed Brahmi. Cette manifestation s’est déroulé six mois après l’assassinat de l’opposant Chokri Belaïd, deux crimes attribués à la mouvance jihadiste, selon les autorités tunisiennes.

Cette manifestation répondait à celle organisée par les partisans d’Ennahda, samedi 3 août 2013. Depuis la mort de Brahmi, les opposants au gouvernement ont organisé chaque nuit des rassemblements afin de maintenir la pression, en dépit des quatre jours chômés qui débutent jeudi pour célébrer la fin du mois de jeûne du ramadan.

L’impasse politique

Le président de l’Assemblée nationale constituante, Mustapha Ben Jaafar, allié laïque des islamistes, attendait également une réponse de part de ses partenaires, mais aucun signe n’a été envoyé. Pour l’opposition, composée de l’extrême gauche au centre-droit, cet acte est jugé positif, mais insuffisant. Mustapha Ben Jaafar a appelé l’UGTT a joué « son rôle historique » et à «  réunir autour de la table du dialogue tous les partis  ».

Le syndicat a proposé le départ du gouvernement, mais pas la dissolution de l’ANC, cette position a été rejointe par Utica, le syndicat patronal. Les observateurs pensent qu’il est temps pour les deux camps de se rassembler pour exposer leurs positions. « La position de Mustapha Ben Jaafar a pris les dirigeants d’Ennahda par surprise, ils sont dans l’impasse et ne peuvent supplanter le président de l’ANC » , a indiqué à l’Agence France Presse, le politologue Slaheddine Jourchi.

Certains journaux tunisiens ont expliqué que face à la division au sein du pays, les deux camps devaient faire des concessions pour pouvoir avancer. Pour le quotidien La Presse, « la Tunisie est dans une situation explosive » , implorant la classe politique à « passer du bras de fer sur les places et dans les rues à un affrontement qui est celui des arguments » .

De son côté, l’armée, qui avait appelé à la mobilisation et a destitué Mohammed Morsi, a lancé une vaste opération « aérienne et terrestre » contre un groupe peut-être lié à Al-Qaïda au Mont Chaambi (à la frontière algérienne) et responsable de la mort de dix soldats depuis le 29 juillet.

 Céline Tabou  


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